‹ Excursion à Bou-Saada et M'Sila. Racontée par de Galland, illustréeChapitre 12 sur 28 · PEIN · texte numérisé non relu

PEIN

Désireux de donner un nom à ce douar, mais ne pouvant s'entendre, ils avaient résolu de s'en rapporter au hasard, lorsqu'une négresse, qui suivait une caravane, passa en appelant sa chienne " Saâda ! Saâda ! " "bonheur! bonheur!"

Le mot leur parut d'un bon augure et les trois hommes décidèrent, d'un commun accord, que la ville s'appellerait Bou-Saâda (le père du bonheur).

Suivant une autre opinion, cette dénomination proviendrait de la situation même de la ville, qui, bordée, d'un côté, de dunes arides, adossée, de l'autre, aux parois d'une montagne, apparaît, dans un cadre de désolation, comme la terre promise avec ses ombrages et ses eaux abondantes.

La bourgade ne tarda pas à prospérer et à s'agrandir, bien qu'elle fût inquiétée par une tribu de pillards, les Bidarna, d'origine inconnue, qui vivaient dans le djebel Kerdada et auxquels les habitants de Bou-Saâda durent donner go chamelles pour acheter leur tranquillité. Les Bidarna disparurent, en abandonnant leur village qui finit par tomber en ruines.

De Sidi Dehim descendent les Cheurfat, fraction actuelle de Bou-Saâda; de Sidi Tsameur, les oulad Sidi Arkhat, les Achacha, les oulad Atiz et les oulad Hamida.

Sidi Azouz, originaire des Laghouat-Ksal, qui était venu s'installer auprès de sidi Tsameur, fut le père des Zeroum.

Enfin les Mouamin descendent d'un Saharien qui, lui aussi, s'était implanté à côté des trois fondateurs.

Ces Mouamin, après quelques luttes intestines avec les oulad Sidi Harkhat, finirent par avoir le dessous; mais ils obtinrent la paix et s'installèrent définitivement dans le quartier de Bou-Saâda qu'ils occupent encore aujourd'hui.

Les Français firent en 1843 une première apparition à Bou-Saâda, mais sans y rester. En 184g, lorsque Bou Zian et son lieutenant Si Moussa soulevèrent les tribus du sud et se fortifièrent avec des munitions, des vivres et des partisans fanatiques, dans l'oasis .de Zaatcha considérée comme une forteresse imprenable, les habitants de Bou Saâda et les oulad Naïl s'agitèrent d'une façon inquiétante. Un marabout de Bou-Saâda, Ben Chabira, qui correspondait avec Bou Zian, était parvenu à entraîner une notable partie de la ville.

"Le marché, dit le colonel Pein dans ses lettres familières, devint le rendez-vous des révoltés; "ils y achetaient, pour la guerre sainte, des armes et des munitions; partout, dans les rues, dans les maisons, on fabriquait de la poudre. . . ." On frappa un grand coup.

L'assaut, le sac de Zaatcha, le massacre de tous les révoltés, la mort de Bou Zian et de tous les siens mirent un terme à l'insurrection. Epouvanté, Bou-Saâda rentra dans le devoir. Ce n'est pas sans émotion que je songe à ce fait d'armes si glorieux et que j'évoque le souvenir de ceux qui succombèrent, des braves parmi lesquels se trouvait mon oncle Rosetti, tué d'une balle en plein cœur.

C'est avec fierté que je rappelle ici les noms de Canrobert, de Bourbaki, de du Barrai, de de Lourmel, du général Herbillon, qui commandèrent les opérations en cette journée du 26 novembre 184g.

Le colonel du Barrai, à la tête de ses troupes décimées par les balles et le choléra, s'arrêta à Bou-Saâda, avant de rentrer à Sétif. Le 14 février 1850, il y installa le capitaine Pein en qualité de commandant supérieur du cercle militaire, avec une compagnie du 38e de ligne et un peloton de spahis. Il avait paru indispensable de fortifier ce point stratégique et de soumettre les tribus arabes à l'action immédiate et énergique d'un chef militaire.

Le capitaine Pein demeura à son poste pendant deux années consécutives, du 14 février 1850 au 13 février 1S52, jusqu'au jour où il passa au 2e régiment de zouaves.

Pendant cette période, sa vie ne fut pas une sinécure. Sur l'ordre du général de Mac-Mahon et d'après les indications du général Bosquet, on commença la construction du fort; et la direction de ces travaux fut confiée à un capitaine du génie dont le nom devint célèbre, au capitaine Faidherbe. Pein v installa tous les services du commandement militaire.

Entre temps, avec une infatigable activité, le capitaine parcourait le pavs, pénétrait dans les régions montagneuses, ramenait sur le marché de Bou-Saâda les oulad Naïl, qui, par crainte de notre autorité ou par naturelle méfiance, restaient confinés dans leur pays et se tenaient sur la réserve.

Par sa fermeté et son infatigable activité, il maintint ses administrés dans le devoir, malgré toutes les tentatives faites par Mohammed ben Abdallah, chérif de Ouargla, pour entraîner dans un mouvement insurrectionnel les tribus du sud. Ce chérif d'ailleurs eut beau s'appeler pompeusement " Moul-es-Saa," le maître de l'heure, il fut battu, à sept lieues de Biskra, par les chasseurs d'Afrique du lieutenant Andrieu et ne se releva pas de ce coup porté à son prestige.

De son côté, le capitaine Pein, concurremment avec M. Boudeville, commandant supérieur du cercle de Biskra, s'opposa à la défection des oulad Athia, réprima la révolte des oulad Sassy et, pour ce brillant succès, fut cité à l'ordre du jour, le 19 juillet [852, par le général Bosquet, qui commandait alors la subdivision de Constantine.

Aux heures de loisir, il établissait la carte topographique de son cercle avec le lieutenant lîoutet, du 2-' régiment de la légion étrangère, et le sous-lieutenant Thomassin, dont la carrière militaire fut si brillante, et enfin, en des lettres familières, il écrivait ses impressions avec beaucoup d'humour et une verve endiablée. (Lettres familières du colonel Pein, chez Ad. Jourdan, Alger.) En ces récits se retrouvent les qualités de notre race: l'esprit, la belle humeur et le courage chevaleresque. Son nom fut donné, en 1897, a la place principale de Bou-Saâda.

Le commandant supérieur Crochard, par une longue expérience acquise en pays arabe, par une le cercle connaissance parfaite des mœurs locales, est le digne successeur de ces brillants officiers. militaire.

Le cercle militaire qu'il administre dépendait autrefois de la subdivision de Sétif: il relève les tribus. aujourd'hui de la subdivision de Médéa et de la division d'Alger. LES oulad

11 a une superficie de 1,484,725 hectares. Sur ce vaste territoire, en plaines et en montagnes, sont disséminées 21 tribus, dont 7 font partie de l'annexe de Sidi-Aïssa. Dans le cercle de Bou-Saâda; oulad Sidi Brahim, les oulad Gherib, les oulad Sidi Zian, les Roumana, les oulad Sliman, les Cheurfat El Ilamel, les Messaad, les o. Ali ben M'hamed, les o. Khaled, les o. Ameur Dahra, les o. Ameur Guebala, les o. M'hamed Mebarek, les o. Amara, dont l'effectil s'élève a 29,820 habitants. L'annexe de Sidi-Aïssa comprend les Adaoura Cheraga, les Adaoura Gheraba, les o. Abdallah, les o. Ali ben Daoud, les o. Sidi Aïssa, les Sellamat, le- o. Sidi Hadg o-. soit un efîectii de 20,822 habitants: et, dans l'ensemble, une population totale de 56,237 indigène-.

Les Arabe- i|ui vivent dans la région montagneuse sont confondus sous la dénomination commune

d'oulad Naïl. Les monts de- oulad Naïl, prolongement géographique des monts des ksour et du

djebel Amour, s'étendent dans le département d'Alger, au sud de- Haut- Plateaux. Leur altitude

ima esl de 1500 mètres et le djebel Bou-Khaïl semble en être le noeud central. Les oulad Naïl sont

de- montagnards vigoureux, de- marcheurs infatigables et de- guides excellents. Pendant la période de

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