D'ALGER A SIDI-AÏSSA
Le vendredi 24 janvier 1897, nous nous retrouvions, au nombre de douze, réunis en gare d'Alger, Ce groupe sympathique représentait, non pas les douze apôtres, mais tout simplement douze amis désireux de visiter le Sud algérien vers lequel ils se sentaient attirés depuis longtemps. Ils ne cédaient pas seulement au plaisir banal que procurent le voyage et le déplacement, mais à la séduction qu'exerce l'inconnu. Parmi nous, dois-je le dire? il y avait de vieux Algériens qui ignoraient ces régions du sud. Des lectures et des récits nous avaient bien donne un avant-goût de cette excursion, quelques sensations mal définies, des notions incomplètes et des idées vagues. Nous supposions que le voyage serait agréable; mais aucun de nous n'eût été en état d'imaginer, dans leur ensemble, les impressions profondes et variées que la realite devait nous donner dans ce pays.
On ne saura jamais assez combien notre Algérie est ignorée et des Français de France et des Algériens qui vivent el se confinent dan- les grands centre-. Pour beaucoup d'entre eux, l'Algérie entière se circonscrit sur la place du Gouvernement et sur les boulevards; aussi le seul écho <|ui traverse la Méditerranée provient du bruit discordanl des luttes et des compétitions politiques, si mesquines et si stériles dan- leurs résultats. El pourtant les régions si riches du Tell et de la Mitidja, les massifs montagneux de la grande Kabylie, les Hauts Plateaux, les ksour, les oasis, les vastes solitudes elles-mêmes s'ouvrent devant non- connue autant de champ- d'étude et d'exploration. Le paysage, le coloris, les habitants ne sont-ils pas faits pour éveiller l'intérêl et excitei la curiosité de l'artiste et de l'observateur ?
Plus on parcourt l'Algérie, plus on s'v attache et plus on l'aime. Tel est mon cas: il y a plusieurs années que je voyage a travers ce pays; et je me suis toujours efforcé, dans ma sphère d'action, de pr< et de ci >mmuni< pier les sentiments d'admiration que j'éprouve. C'est du lyrisme,
dira-t-on ! Non, c'est tout simplement un devoir que j'accomplis avec bonne foi et sincérité.
J'allais pouvoir enfin, en bonne et joyeuse compagnie, combler une lacune qui existait encore dans mon programme. C'est vous dire la joie avec laquelle nous entendîmes le signal du départ.
Avec de sourd- halètements le train -'ébranla pour s'engager sur la combe gracieuse qui suit le rivage jusqu'à Hussein-dey. La mer, dans la rade, avait <\v<. irisations métalliques; l'atmosphère. lavée par des pluie- récentes, était d'une limpidité telle, que l'on apercevait nettement, sur les rives opposées du golfe, connue des taches blanche- et lumineuses, les fermes et les maisons du Fort de l'Eau et du cap Matifou.