D ALGER À BOUÏRA
Le train, avec des allures, hélas ! vite modérées, de grand rapide, passe devant Mustapha où se sont entassées, disgracieuses, les constructions lourdes et les cités ouvrières, devant les
coteaux boisés et constellés de villas de Mustapha- Supérieur et du Hamma ; puis traverse les cités industrielles de Husseindey et de Maison Carrée et prend la direction de l'est. Une fois de plus, nous emportons avec nous la vision de cette baie dont jamais on ne se lasse :
vagues frangées d'écume, mer nacrée, sur laquelle semblent dormir des bateaux dont la voile teintée de rose se reflète comme dans un lac.
Nous voici dans la partie orientale de la plaine de la Mitidja : Rouïba, la Reghaïa.
C'est toujours le même aspect: des fermes entourées d'eucalyptus, de vastes champs de vignes, des terres grasses et bien cultivées. Tout
y témoigne d'une activité, d'une constance dans l'effort et d'une intelligence qui aboutissent à la prospérité et à la richesse.
On s'éloigne ensuite de la plaine de la Mitidja pour pénétrer dans la vallée du Bou Douaou, et le train s'arrête successivement à l'Aima, à l'Oued-Corso, à Belle-Fontaine et à Ménerville. Quand une station est pourvue d'un buffet, les voyageurs descendent en masse pour se munir de provisions abondantes, mais peu variées, et reviennent, les mains encombrées de pain, d'œufs durs et de saucissons. C'est alors, pendant quelques instants, sur les quais de la gare, un grouillement de types disparates : des colons coiffés de larges feutres, des touristes anglais, des collégiens en vacances, des zouaves en congé, des chasseurs haut guêtres, avec le fusil en bandoulière, y coudoient des Arabes, des Espagnols et des Italiens; les appels se croisent, les jargons se mêlent. . . . C'est d'un cosmopolitisme amusant.
Apres les Beni-Amran, le train s'engage dans les gorges de Palestro qu'il traverse, tantôt sous des tunnels, tantôt à découvert, entre de hautes parois rocheuses au pied desquelles coule Tisser.
Aux champs de vignes succèdent des bois, des terrains argileux. 123 kilomètres sont franchis et le train stoppe à Bouïra.
Apres le déjeuner en gare de Rouira, nous nous installâmes dans la diligence qui devait nous transporter jusqu'à Aumale, première étape de notre voyage.
De Bouïra à Aumale. le paysage n'a rien de pittoresque. Sur le parcours, deux centres de colonisation Aboutville et Bertville. On a donné le nom d'Edmond About et de Paul Bert à ces villages naissants. Un peu plus loin, Aïn-Bessem, par l'importance de son marché, par l'extension de ses cultures et la richesse de ses vignobles, est en voie de prospérité.
Arrivés à 6 heures du soir à Aumale, l'antique Ausia des Romains, le Ksar R'ozlan (le rempart des gazelles) des Arabes, nous trouvâmes à l'hôtel Raveu un gîte confortable et une excellente nourriture.
Le lendemain, toujours dans la même diligence, nous partîmes pour Sidi-Aïssa. Des brumes épaisses masquaient presque le massif montagneux; et le sommet neigeux du Dira, qui s'élève à 1812 mètres d'altitude, se montrait comme une tache dans la brume. Le pays commençait à prendre du caractère et tic la grandeur. On croisait dans le brouillard des chameaux charges, des Arabes derrière leurs bourriquots, un petit soldat conduisant deux mulets.
Aptes une rude monter où nos sept chevaux tirent preuve d'une rare vigueur, nous commençâmes à descendre les contreforts du Dira vers Sidi-Aïssa et la région des Hauts Plateaux.
A ce moment-là, les rayons du soleil trouèrent la masse épaisse des brumes et éclairèrent l'immensité qui se déroulait sous nos yeux. Nous eûmes une première sensation de la solitude sans fin. En un val verdoyant un pasteur indigène faisait paître ses moutons.
Au loin, (huis la limpidité de l'atmosphère, apparaissaient, avec des dimensions d'une vraie cite, une kouba blanche, des maison-, des arbres. En realite, ce n'était que la petite agglomération qui est forméi: par les bâtiments militaires, une auberge et quelques habitations.
C'est là (pie nous fumes reçus avec beaucoup d'empressement et de courtoisie par le capitaine Pouget, le lieutenant Claverie et le docteur Miramond.
de bouïra à sidi-aïssa
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