‹ Excursion à Bou-Saada et M'Sila. Racontée par de Galland, illustréeChapitre 25 sur 28 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

DE

M'SILA

Un autre marabout de la région fut Sidi Hamla qui, lui aussi, commandait aux éléments et devint le fondateur de la fraction des oulad Sidi Hamla.

Les descendants de Bou Djemlin furent la souche de la fraction des Djaafra.

Mais de 1318 à 1346, et de 1394 jusqu'en 1510, il y eut toute une série de révoltes contre la dynastie Hafsite de Tunis dont un des membres, souverain de Bougie, étendait son autorité jusqu'à M'Sila.

En 1510, les Turcs s'emparèrent de Bougie et mirent une garnison à M'Sila. Ces soldats s'unirent à des femmes du pays. Aujourd'hui encore, les habitants de trois quartiers de la ville prétendent être les descendants directs de ces Turcs qui s'étaient constitué à M'Sila un véritable apanage avec des prérogatives spéciales.

Au début de l'année 122g de l'hégire (janvier 1824), les gens de Bou-Saâda s'étant révoltés, deux corps de troupes partirent simultanément pour réprimer la sédition, l'un de Constantine sous le commandement de Mohammed Naâman-bey, l'autre d'Alger sous les ordres du bach-agha Omar. Les troupes turques, repoussées par les rebelles, durent se réfugier à M'Sila. Omar en profita pour mettre à exécution un projet longuement mûri dans son esprit : depuis longtemps, il voulait se débarrasser de Naâman, pour mettre à sa place, comme bey de Constantine, son favori Tchakeur. Il tenait sa victime que les soldats, fatigués par de longues étapes et découragés par la défaite, étaient incapables de défendre. Le lieu était propice, l'occasion favorable : une nuit, deux serviteurs étranglèrent le malheureux bey, auquel succéda Tchakeur. Le corps de Naâmam fut inhumé à l'entrée de la mosquée de Bou-Djemlin, et deux rangées de briques marquent actuellement, sans une seule épitaphe, la sépulture de celui qui fut un personnage important.

Depuis longtemps, le çof des Mokrani prétendait étendre sa suzeraineté jusqu'à M'Sila, et les beys de Constantine durent, à plusieurs reprises, repousser les attaques des oulad Mokrane. A la suite du combat de Merdja Zerga, à l'ouest de Sétif (2g juillet 1840), El Hadj Mostefa, beau-frere d'Abd-el-Kader, s'était réfugié à M'Sila où il ne resta qu'un an, jusqu' en 1841, époque à laquelle le général Négrier vint camper sur ce point. En 1845, le général Bedeau, qui commandait la division de Constantine, rétablit l'autorité des Mokrani à M'Sila ; et, dans le courant du mois d'août de l'année suivante, le colonel Eynard, chargé d'organiser l'administration de toute cette région, confia le khalifat du Hodna à Si Ahmed ben Mohammed El Mokrani. En 1848 arriva le colonel Canrobert ; en 184g, le colonel Carbuccia réprima la rébellion de quelques tribus, et le pays fut à peu près pacifié. Mais le Hodna fut encore éprouvé, en 1867, par la famine et le typhus, en 1871 par l'insurrection.

M'Sila pendant M'Sila joua un rôle important, du 3 juillet au 24 octobre 1871, pendant l'insurrection. Apres le

L'insurrection combat de l'oued Bou-Assakeur, qui eut lieu le ig juin, Saïd ben Bou Daoud, caïd du Hodna de 1871. et oncle du bach-agha Mokrani, s'était retiré à M'Sila avec les femmes des oulad Mokrane.

De ce point stratégique important, en dépit de son indolence naturelle, il organisa la résistance et poussa les tribus à la révolte. Maître de M'Sila, il tenta d'occuper Sidi-Aïssa et Bou-Saâda, pour agir librement dans toute la partie occidentale du Hodna et s'opposer aux marches offensives du côté de l'est. Son plan témoignait d'une certaine habileté ; mais il fut vite déjoué et réduit à néant par les opérations de nos chefs militaires et la promptitude qu'ils mirent dans l'action.

C'est en vain qu'il assiégea Bou-Saâda et qu'il chercha à détacher de la France les oulad Naïl ; il ne parvint à entraîner qu'une fraction des oulad Ameur. Le 3 juillet, à Roumana, à 10 kilomètres de Bou-Saâda, il enleva 2000 moutons aux Haouamed. Le capitaine de Beaumont, qui ht une sortie subite avec le goum de Si Zakri ben Boudiaf et un peloton de spahis, lui reprit tout ce bétail sur les bords du chott.

Apres cet échec, le chef insurgé attaqua de nouveau Sidi-Aïssa, dont il tenta de s'emparer avec l'aide du caïd Ali ben Tounsi des oulad Ali ben Daoud. Repoussé, le 7 juillet, par le colonel Trumelet, qui était parti d'Aumale: avec ses troupes, il marcha de nouveau sur Bou-Saâda avec le concours, cette fois, des oulad Medja. Du 19 au 21, â la tête de 1500 hommes, il fit plusieurs démonstrations hostiles sous les murs de la ville ; et, le 23, il se décida à lancer 3,000 cavaliers dans l'oasis. Embusqués derrière les murs, les oulad Naïl et les hommes, commandés par le lieutenant Menetret et le caïd Sakri ben Boudiaf, les reçurent avec un feu bien nourri et habilement dirige. A la première décharge, ils mirent 50 hommes hors de combat. Jugeant la partie trop inégale, l'ennemi se replia en désordre. De son côte, le général Céres, â la tête d'un corps composé de 1200 hommes d'infanterie, de goum s et de 4 pièces d'artillerie, partit d'Aumale le 4 août, pour se rendre maître définitivement de Sidi-Aïssa et aider au ravitaillement ■ il- Bou-Saâda. Par une vigoureuse et brillante attaque, le colonel Méric, le commandant Carrit et le capitaine Abd-el-Kader, placés sous les ordres du gênerai, refoulèrent El Hadj ben Bouzid, frère de Saïd

Boudaoud, et les Mokrani qui occupaient les villages d'Oum-el-Louza et de Kef-el-Ougab avec 2500 fantassins du Ksenna et 300 cavaliers des Eiachem et du Hodna. La route de Sidi-Aïssa jusqu'aux oulad Naïl une fois déblayée, le colonel Trumelet put ravitailler Bou-Saâda, avec 1200 chameaux et 500 mulets chargés de vivres et de munitions, non sans avoir engage un combat sérieux dans le djebel Soltat près d'Aïn-Kerman.

Le général ("ères poursuivit sa marche sur M'Sila où, de nouveau, Saïd ben Boudaoud s'était retranché avec les contingents. Mais le caïd, en présence de la défection (\c> M'Sili, abandonna la ville; le général entra à M'Sila le 10 août, et le 14 repartit pour Au maie, ou il arriva le 20.

Le 24, Boumezrag, Saïd ben Boudaoud et les autres Mokrane, profitant du dêparl de nos troupes, axaient de nouveau pénètre dans M'Sila, d'où il leur devint aisé d'envahir le Hodna et de commettre des actes de brigandage. Ils prirent et incendièrent le bordj de Megra, pillèrent et rançonnèrent toutes les tribus soupçonnées de fidélité a l'égard de la France. Le général Saussier, parti de Setifavec sa colonne, pénétra le 10 octobre dan- M'Sila, où il fut rejoint, le 2g, par le général Lacroix. Ce fut la tin de l'insurrection dans cette zone. Réduit a l'impuissance, Saïd ben Boudaoud se réfugia avec

siens dans le djebel Maadid. (Pour de plus amples renseignements, nous renvoyons le lecteur à l'histoire de l'insurrection, par Louis Rinn. Ad. Jourdan, éditeur. 1871.)

Les M'Sili furent frappés du séquestre collectif et payèrent une contribution de 47,000 francs. Le quartier El-Kouch, ou s'étaient groupés nos adversaires les plus acharne-, fut rasé. Dans la suite, les habitants furent autorisés â racheter leurs terres. Une partie de la ville, située sur la rive droite de l'oued Ksob et destinée à la création d'un centre de colonisation, demeura la propriété de l'Etat.

Le territoire de M'Sila, qui dépendait, depuis le 13 novembre 1N74, de la commune indigène de la COMMUNE Bordj-bou-Arreridj, lut érige en commune mixte par arrête du Gouverneur général en date du 29 mixte.

septembre 1884. lin vertu d'un nouvel arrête du ±2 mai 1890, la superficie de ce territoire fut accrue par l'annexion de trois autres tribus.

Telle qu'elle est constituée actuellement, la commune mixte de M'Sila est située, dans le Hodna occidental, entre 2° 40' et i° 33' 30" de longitude est, et entre 34° 58' 30'' et 350 58' de latitude nord. Elle est limitée au nord par les communes mixtes des Bibans et des Maadid ; à l'est, par l'annexe de Barika ; au sud, par les oulad Derradji Chêraga et par le cercle militaire de Bou-Saâda ; à l'ouest, par l'annexe de Sidi-Aïssa et la commune mixte d'Aumale.

La superficie de la commune est de 383,963 hectares, 85 ares, 81 centiares. Sa population s'élève à 30,000 habitants environ, tous indigènes répartis en tribus ou douars. les habitants: Les tribus peuvent être classées en deux groupes distincts: les nomades et les sédentaires.

nomades Les nomades, comme les oulad Derradji, par exemple, réunis en " nezlat " (groupes de quatre à

ET huit tentes), font, en automne, des labours et des semailles sur les terres qui leur sont attribuées et

SÉDENTAIRES, qu'ils confient, ces travaux achevés, à des Khammes. Puis, au début de la période hivernale, ils partent avec leurs chevaux, leurs chameaux et leurs moutons sur les bords de la sebkhat du Hodna, où leurs troupeaux trouvent des pâturages suffisants. Ils reviennent au printemps pour vendre leur orge, leur blé et la laine de leurs moutons ; enfin, pendant la saison d'été, nouvelle émigration dans le Tell, entre Saint Arnaud, Sétif, Constantine et M'Sila, où bêtes et gens se répandent en quête de verdure, d'eau et d'ombre.

En général, ces nomades sont illettrés et n'ont que de rares tolba. Le chef de famille dispose sur ses enfants d'une grande autorité. Les filles n'héritent pas des terres, qui sont soumises au régime " arch " ; elles ne peuvent prétendre, à ia mort du père, qu'à une faible partie des biens meubles.

Les oulad Derradji sont, en particulier, très fanatiques et ont une grande vénération pour leurs marabouts thaumaturges, sur les restes desquels ils édifient des koubas. Ils suivent, dans leurs pratiques religieuses, le rite malékite. Les anciens Africains de la Numidie et de la Gétulie paraissent avoir contribué à la formation de ces tribus qui, avant leur fusion avec l'élément arabe envahisseur, au Ve et au XIe siècle, adoraient le soleil, le feu et les astres.

Les sédentaires, comme à Bou-Saâda et à M'Sila, habitent des demeures construites rarement en pierres, le plus souvent en pisé ou en boue argileuse desséchée. Leurs matériaux de construction sont simples et élémentaires : ils pétrissent de la terre dans laquelle ils incorporent de la paille hachée, et mettent dans des moules en bois le mélange qu'ils font sécher au soleil. Les bois pour les supports, les plafonds, les encadrements leur sont fournis par les palmiers, les thuyas ou les genévriers.

Ils n'ont ni moutons ni chameaux, mais des chèvres, des bœufs, des mulets, des juments et des bourriquots pour la reproduction.

Ils se livrent presque uniquement à des travaux horticoles. Pour l'aménagement des eaux et les irrigations de leurs jardins plantés de figuiers, d'abricotiers, de pêchers, ils établissent des barrages élevés avec des fascines comprimées sous des amas de pierres et de terre battue. Si une crue subite enlève ces obstacles relativement fragiles, ils se remettent avec patience à la besogne pour réparer le mal.

Leurs terres " melk " sont transmissibleset les filles ont droit à un huitième de la succession.

A M'Sila, il y a plusieurs industries dont quelques-unes révèlent un certain sens artistique: ils fabriquent des socs de charrue en bois et des ustensiles de ménage " gueçaa," plats; " metsred," plats à pied ; " stal," bol ; " mgharef," cuiller) ; dans l'industrie céramique, des " tadjin," plats en terre ; des " bermat,"

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