‹ Excursion à Bou-Saada et M'Sila. Racontée par de Galland, illustréeChapitre 7 sur 28 · LES DEUX SORCIÈRES · texte numérisé non relu

LES DEUX SORCIÈRES

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Soudain, sortant de je ne sais où, deux vieilles sorcières en haillons se dressèrent devant nous ; l'une avec des yeux clos à la lumière, une bouche édentée, un visage parcheminé, l'autre avec des yeux papillotants et un museau de fouine. Aux coups de fusil, au bruit du galop des chevaux quadrupédant et sonore sur le sol sec, elles mêlèrent leurs stridents "you-you." Cris de joie ou glapissements d'hyène en quête de proie? Je ne sais pourquoi, mais je crus voir deux mauvais génies protestant à leur façon contre la présence d'intrus profanes et inharmonieux. . . . Plus que jamais, en effet, par notre accoutrement, nos allures, notre véhicule, nous paraissions altérer la grande synthèse des choses.

Une aumône rapidement donnée, un geste impérieux écartèrent les vieilles qui disparurent, comme par enchantement, derrière un accident de terrain. aïN-Hadjel. Nous rejoignîmes la petite troupe. Nous étions à Aïn-Hadjel, situé à 16 kilomètres de Sidi-Aïssa.

Aïn-Hadjel est, dans le sud, un point d'arrêt pour les troupes en campagne. On l'a choisi parce qu'il y a une source dans le voisinage, un plateau spacieux pour le campement, et une colline d'où la vue s'étend au loin, et qui peut devenir, le cas échéant, un poste d'observation. De ce point culminant on aperçoit le pays des oulad Ali ben Daoud, des Adaoura Gueraba et des oulad Moktar.

L'autorité militaire y a fait construire un bordj clos de hautes murailles, dans lequel se trouvent trois chambres et une écurie. Autour, c'est la solitude, le prolongement infini des terres jaunes, sablonneuses, mouchetées de touffes d'alfa.

Tout était déjà préparé pour le déjeuner et disposé pour la chasse au faucon. Des tentes, les belles tentes du sud, s'érigeaient déjà avec leurs lignes harmonieuses et leurs bandes à deux couleurs alternées où le noir et le rouge s'accouplent si bien. C'est le complément parfait du décor. En groupes, ou sur une ligne, les chevaux étaient entravés. De grands feux s'allumaient çà et là.

Quelques moutons, victimes destinées au déjeuner du matin et au repas du soir, étaient attachés à des piquets.

faucons Adosses à leurs selles et au mur du bordj, les fauconniers se tenaient à l'écart, indifférents à ce

ET qui se passait autour d'eux.

fauconniers. A quelques pas, le long d'un bâton sur deux pierres, les sept faucons de l'équipe étaient perchés,

sous la lumière crue, coupée d'ombres claires.

Au repos, entravés avec des attaches en laine et de fines lanières en filali, les oiseaux avaient la tête recouverte de leur capuchon " kembid " en cuir rouge brodé d'or et surmonté d'un petit macaron pointu.

C'est l'équipe gracieusement prêtée au caïd par le bach-agha des oulad Naïl.

A notre approche, le vieux fauconnier du Bach-Agha, s'étant levé, prit un faucon, "thayer," le débarrassa de ses entraves et de son capuchon et le plaça sur sa main gantée du " guefass " (le gant du fauconnier).

L'homme et l'oiseau nous apparurent alors avec toute leur noblesse.

Le faucon est bien l'oiseau de combat, armé pour la lutte et l'attaque soudaine. Il est à la fois élégant et fort. Son bec, quoique petit, est acéré comme des cisailles ; ses yeux, ronds, au regard fixe et cruel, sont cerclés d'or ; ses ailes éployées donnent un sentiment de force étonnante ; ses griffes jaunes, dures comme de l'acier trempé, pointues comme l'extrémité d'un stylet, pénètrent

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