LA CHASSE
fauconnier ramenait vite auprès de lui les oiseaux en agitant la dépouille du lièvre et en poussant son cri d'appel.
La chasse terminée, on tourna bride et, au petit trot, on revint vers le campement. LE RETOUR. On avançait dans un cirque sans fin, sous un ciel de féerie, d'un bleu pâle sous la voûte qui
LE SOIR. s'abaissait vers l'horizon en teintes dégradées jusqu'au violet fauve, avec les bords extrêmes frangés
de longs nuages calmes, léviathans colorés de rose, masses floconneuses ourlées de sang vermeil, ou iceberg figés dans l'immensité.
Le soleil descendit majestueusement derrière les nuages dont les contours se teignirent de pourpre, en une sorte d'apothéose, puis les tons s'atténuèrent, se noyèrent peu à peu, et la première étoile s'alluma dans le ciel pur.
De longues gerbes de flammes, s'éparpillant en paillettes d'or, en bouquets de gemmes ignées, s'empanachant de torsades de fumée, éclairaient l'animation du camp et les derniers préparatifs du repas du soir et du coucher.
Un dernier mouton bêlait encore. On l'entraîna près d'un foyer; et, pendant que deux hommes lui maintenaient la tête et les pattes, un troisième, d'un coup sec, lui ouvrit la gorge. De lueurs brutales, la flamme éclairait le tableau; le sang qui s'épandait sur le sol ressemblait à des coulées de rubis. Les hommes qui, le couteau aux dents et les mains rouges, se démenaient pour dépecer la bête, ressemblaient aux acteurs d'une scène démoniaque. Dans les alternatives de lumière crue et d'ombre profonde, un éclair brillait sur les lames, une flamme s'allumait dans les regards, et les saillies et les lignes de visages sataniques s'accusaient sinistrement.
Dans la nuit, on voyait confusément les entassements de selles, les rangées de chevaux et de mulets entravés. En un coin, les faucons encapuchonnés demeuraient inertes. Près d'eux un lièvre, les yeux crevés et la gorge ouverte, était encore secoué par des spasmes d'agonie. On mit fin à son supplice.
Le repas terminé, nous allâmes nous coucher sous la tente. Au dehors, on n'entendait plus que les aboiements des chiens, les ébrouements des chevaux, et les chuchotements de quelques serviteurs qui terminaient leur besogne.
ENTRE AÏN-HADJEL ET BOU-SAÂDA.
Dis l'aube, l'animation régnait dans le campement.
Les étoiles brillaient encore de tout leur éclat; le temps était pur, mais une bise aigre donnait une sensation de froid vif. Apres avoir termine les préparatifs du départ, nous saluâmes le caïd, et la diligence roula avec de durs cahots à travers les ornières.
Entre Aïn-Hadjel et Aïn-Kerman, le terrain est accidenté et la piste mauvaise. Ce ne sont que montées et descentes, tantôt dans du sable, tantôt dans des terres détrempées où les roues de notre voiture s'enfonçaient profondément. Dans ce pays des oulad Sidi-Brahim, qui fait face à la plaine du Hodna, les mamelons succèdent aux plateaux suivant des pentes souvent très déclives.
Les chevaux avançant avec peine, nous descendîmes du coche pour marcher et réagir contre le froid qui nous envahissait. Le thermomètre, a 600 mètres d'altitude, marquait, en effet, 5 degiés audessous de zéro; le givre avait constellé de gemmes les maigres touffes d'alfa et de drinn. Dans ce paysages désolé, sous un ciel pâle, on ne voyait que les ondulations du terrain, un sol presque nu dont la monotonie n'était interrompue que par quelques pistachiers sauvages, et, de loin en loin, par un npement composé de deux ou trois tentes noircies par la fumée, seuls indices de vie humaine.
Après une dernière descente. Aïn-Kerman apparut enfin. Aïn-Kerman est situe a 5N4 mètres d'altitude, a 94 kilomètres d'Aumale, et a 30 kilomètres d'Ain- 1 ladjel. C'est une ancienne oasis abandonnée. Le site en est pittoresque. Sur le monticule, au pied duquel une source donne une eau abondante, s'élèvent le bord] et quelques ruines. Dans le ravin qui contourne la colline, des bouquets de lauriers-roses et des palmier- mêlent encore leur verdure. Sur le bord de la route, quelques constructions servent d'écuries, de remises, et d'habitation. De ce point, la vue s'étend sur toute la partie occidentale du Hodna, sur ce vaste triangle forme par le chott, le massif des Haouamed et les collines des oulad Sidi-Brahim. C'est â la pomte sud-ouest de ce triangle que se cache Bou-Saâda.
Il était n heures du matin, la marche, le froid vif avaient si bien creusé les estomacs (pie tous nos compagnons axaient les dents longues et criaient famine. C'est dire que l'on fit honneur aux provisions étalées sur des banquettes de sable, à proximité de la source. Le café nous manquait, 1 e si agréable dans la vie ordinaire, si nécessaire en excursion. On allait se lamenter sur le mode mineur, lorsque la Providence envoya a notre secours une brune tille d'Espagne qui nous offrit un liquide très noir mais très peu parfume. Était-ce du café? A quoi bon approfondir? Il est des