‹ Excursion dans l'Amérique du Sud: esquisses et souvenirsChapitre 13 sur 27 · merû|ur î^u fiuî · texte numérisé non relu

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tout le luxe de la palette d'ua peintre : serait-ce que le génie de la nature vint là se recueillir comme dans le sanctuaire des arts , et y chercher les tons animés du brillant coloris dont il embellit ses tableaux. — D'un autre côté, quelle harmonie de couleurs et quel éclat splendide de lumière dans ces berceaux où les lianes et T épais feuillage des arecs forment des massifs auxquels pendent des guirlandes que décore la fleur pourprée de la maravilla*

Mais un accent plaintif fait remarquer à Pextrémité d'une branche Fimpassible toucan. Pareil à Toisean sinistre de la fable, les gémissements qu'il fait retentir dans les longues canneltires de son bec, sont comme le cri de détresse d'un être souffrant et malheureux. — Cependant, une troupe nombreuse d'oiseaux agiles , en embuscade et comme une légion en escarmouche , bourdonnent et s'élancent sur les insectes qui s'agitent dans le feuille de la forêt. Au même moment, et dans le lointain , on crpit entepdre les coups redoublés ^ui tombent sur l'enclume. Le souvenir de la patrie se réveille spontanément : c'est cette pointe , de laquelle on reconnut ^i souvent le bruit animé d'une fabrique ; encore quelques

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instants, et Ton y arrive Erreur trop courte.:

les sons métalliques de la voix de Turaponga ont seuls abuse' le voyageur.

Ainsi s'égare la pensée , quand le pic neigeux des Andes , grand et majestueux comme unç solennité de Tordre moral , se montre tout-àcoup et vient agiter puissamment le cœur du voyageur. Etonné , on s'arrête pour parcourir avec ravissement cet arrière {dan du tableau sur lequel le soleil , en pénétrant l'atmosphère , déverse une pluie d'or et de feu qui semble adoucir sa lumière et rendre jQottante la courbe qui dessine 9 par ses molles inflexions, la série continue des escarpements de la Cordillière; on dirait l'écharpe brillante du monde que l'invisible tient suspendue dans les airs. Approchezvous de cette scène ; c'est un autre spectacle : sous des formes solides et gigantesques, la chaîne des monts se présente comme les rudiments de la création , ou les fragments épars , et non encore ordonnés d'une édification colossale dont l'ensemble va envahir la voûte céleste.

Cependant , des arbres jetés d'tm côté à Taulte

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du torrent , et dont les extrémités posent snr des blocs de granit , que les tremblements de terre ont détacbés de la rive , prouvent que des mortels ont passé là. Où sont leurs habitations ? Perdues sous le feuillage , elles pendent sur la croupe escarpée d'une colline 9 gissent dans renfoncement d'un fleuve, ou au bord tranquille d'une anse. C'est là que l'indien du Condina- Marca a resserré ses affections domestiques ; ses dieux animent encore cette nature à laquelle il emprunte toutes ses émotions. Incessamment excité par les obstacles qui Tirritent et par uu amour naturel des hasards , il porte dans le geste et le regard cette activité bouillonnante , faculté rare et peu commune aux nomades qui l^guissent S0U8 le feu des tropiques.

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Une cabane formée de joncs et de bambous; un châssis revêtu de fourrures , pour reposer leurs membres; un métier pour tresser des nattes; des filets, des dards; quelques écailles de tortue pour sièges, d'autres pour vases; une haché; un sabre ; des calebasses; la liberté de poursuivre le jaguar et d'attaquer le reptile, de percer le vagré et de creuser sa pirogue : voilà le bonheur de ces* hommes. Mais au milieu des cacaotiers et des

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ananas qui décorent ces retraites , j'aperçois queI-< ques fleurs ; je n'en puis douter, elles ont reçu des soins , et Fart de plaire a séduit le cœur na*if des enfants de la nature. Les Indiennes de la Magdalena ont-elles le même amour pour la parure que les belles de nos cités?

Cet art si recherché des habitantes de nos contrées ; cet art d'aviser à l'outrage des ans , qui supplée à tant d'imperfections et console de tant de désastres ; cet art enchanteur qui donne la fratcheur et la vie à des appas déjà, fannés; qui répand je ne sais quel charme , aussi séduisant pour les yeux que pour le cœur; cet art y enfin, qui absorbe toutes les pensées d'une femme à la mode, aurait- il eu aussi ses progrès dans les lieux où. le besoin est à peine connu et les désirs presque sans irritation,... ?

j'arrive à Bogota. Soumise aux Espagnole pendant trois siècles entiers , tu portas le joug , ô malheureuse cité ! Quesada posa la première pierre de ton enceinte. Cette période n'eut rien sans doute qui soit digne de tes souvenirs. Que tu n'aies

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pas inscrit le nom de tes mattres , je le conçois. — Mais celui de ton fondateur : où est- il ? — Quoi ! pas une pierre , une seule fontaine , un édifice qui dise quel il fut , et en quelle année tu sortais de ses mains. — Ses cendres au moins où sont-elles?.... Cache ta honte, car tu as profané tes mains filiales en livrant ces restes au vent deVastateur des révolutions. Apprends qu'un père ne doit jamais être jugé par ses enfants : telles que soient ses fautes , il leur a donné le jour (3).

Qu'il est funeste cet esprit de changement et de réforme qui, pour créer, s'attache à tout détruire et qui ne sait rien réaliser sans y procéder par le désordre et la dévastation. Empressons-nous donc ; et , si nos yeux doivent rencontrer des ruines , qu'ils les aient promp- ' tement parcourues, et que l'obséquieuse pensée,' qui devra nous affliger, soit sans remise. C'est toujours vers les temples que l'émeute populaire va éclater, comme l'orage qui atteint les lieux élevés : portons-y nos pas !....

De quel poids je me sens soulagé. : tout est .

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intact dans ces enceintes. Le sacrilège ne les a pas souillées : le nom de Dieu est resté sans outrage.... Que ces dieux ' te soient propices , ô Bogota ! Cette fois , au moins , les ennemis de la liberté seront sans prétextes , car tes enfants sont exempts de souillures , et l'on pourra dire à la postérité que tu essuyas un pillage et que tes temples furent respectés (4)«-« Arrêtonsnous un instant pour nous recueillir. Mais , que vois-je, Tor et l'argent s'étendent en lames sur les parois de l'édifice : que reste -t-il pour la pensée où tout a été donné à Tœil et aux sens ?

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