‹ Excursion dans l'Amérique du Sud: esquisses et souvenirsChapitre 17 sur 27 · liiiàru|ttt 2ht Biùi · texte numérisé non relu

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contre l'Espagnol arec la lance dont ils pour-suivaient les fauves , dans Fe'paisse profondeuif des forêts de la plaine.

LVin.

Né sous la tige ombrageuse du palnûer sauvage , le pasteur de Casanare a pris son premier sommeil sur l'escarpement déchiré des roches élevées. De bonne heure , habitué au danger , son œil roussâtre et d'un fauve transparent mesure , sans émotion , Ta sombre profondeur des fondrières. Dès ses premiers ans , il entendit les longs mugissements que fait retentir le jaguar quand , rassasié de carnage , il vient humecter , dans Teau courante du fleuve , ses lèvres pendantes d'où tombent des soies encore humides du sang dont il aspira la fumée , en promenant y sur ses naseaux, la large palme de sa langue qu'on voit halter entre un double rang de crochets dont l'émail étincelant le disputo au feu de ses prunelles.

Tels on voit ces jeunes habitants des airs, dont la demeure est appendue aux runeaux d'un céibas , suivre dans l'espace les moindres agitations du vent , tels on vit aussi ces Indiens ,

tr^idthne tl)Am. 141

l^OrSqii' encore à la mamelle et retenus sur le dos de leur mère par la bande légère d'un tissu d'écorce, ils supportaient tons les mouyements précipités d'une marche brusque et rapide sous i-e feuille de la forêt ou an travers des Ilanos. Passionnes pour la liberté , souvent ils contem^ plèrent le lever du soleil du sommet de la Gordillière , par-delà les régions où sont suspendues les vapeurs condensées de la terre. Mais ki plaine , comme leur première demeure \ les vit toujoui*s le lendemain du danger. <— Là^ s*écouh;nt la plus grande partie de leurs années, et 9 posant la plante du pied sur le sol brûlant, dont les ardentes exhalaisons se répercutent en teintes cuivrées sur leur visage , ils s'essayèrent 5 dès la plus tendre enfance , à manier la lance et le. filet , à lutter de vitesse avec le daim , et ^ rompTQy dans une course rapide « les herbes touffues qui embarrassent les pampas de leurs nœuds flottants et répétés,

Rangés sous les ordres de Paezi , dont la chevelure cotoûeuse annonce que le soleil tomba d'aplomb sur la tête de ses pères , les Indiens de Casanare abandonnèrent les riches pâturages

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des bords de la Meta (a) pour se rallier à lu voisc du libérateur. Endurcis à la fatigue , iU ont porté au camp cette rertu mâle d'une rési-; gnation à toute épreuve , dont le principe est dans le respect qu'ils professent pour la vieillesse et le silence auquel ils se réduisent en présence de leurs atnés. Fiers et indépendants de carac^ tère , l'obéissance passive n'est pas , toutefois » ce qui les recommande. Confondus entre eux , le rang qui les distingue est nul ou n'existe qu'au jour du combat.

Egaux et frères , ils supportent les mêmes fatigues , partagent les mêmes plaisirs. Assis k la même table, lé sol reçoit leurs mets peu apprêtés ; quelques tortillas formés de la fine fleur du blé des Indes , après avoir subi Faction du feu sur un plat de terre grossière , suffisent à ces hommes simples. Le cfdcha y ou l'essence du maïs , que l'art donne limpide comme Teau qui coule de l'Erable , oïl les larmes qui tombent d'une vigne , quand elle a été. touchée par le fer , excite leur courage -et les porte à braver le danger.

(a) RiTicra qui forme une branche de IXkénoqae^

tvmim Cf)««. 143

LXHi

Xa douce lumière du croissant des nuit»

tommënce-t-elle & étendre sa nappe blanche sur le sommet agité des forêts , après que le soleil les a dorés de ses derniers rayons : cou-* ehés sur le sol , les enfants de la plaine déroulent les plis d'une étoffe grossière, dont la trame , formée de la toison de leurs troupeaux, fut filée de ta main de leurs compagnes. La tête et le haut du torse euTeloppés dans cette panne , ils attendent le sommeil et se livrent au repos au milieti de leurs armes, les rênes de leurs chevaux au bras , ne redoutant ni les frimas , ni l'ennemi.

LXm.

Au camp et dans la plaine, la même ardeur l^nime • ces fiers enfants . |d^ rindépendance. . Habiles à monter les coursiers les plus rapides ^ qu'ils poursuivent leurs troupeaux à demi-sau* vages ou qu'ils cou]*ent â l'ennemi , la lance et le lasso suffisent à leur adresse^ Formée d'une branche de nopal , la première de ces armes se trouve partout » et , sans briller des gerbes éclatantes que jette l'acier quand il sort poli des piains de l'ouvrier , une bande de fer affilée

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sur l'obsidienne la rend terrible. Non moins redoutable , le lasso , composé d'une bande de ctiîr , que l'Indien porte roule'e entre ses doigts , est comme le nœud fatal dont il enveloppe sa Tictime.

tTn Espagnol parait^il sépare du gros de sa troupe : l'agile Indien Tépie et calcule le moment de r attaque. Penché sur la crinière pou* dreuse d^une cavale ardei^te , dont il presse les flancs tachetés de feu , il s'élance , arrive à son adversaire » lâche le fatal lasso^ s'éloigne , fait tomber sa victime , l'enlève de toute la course de son cheval ; revient , saute à terre , perce Son ennemi et jouit de ta victoire avant le combat. Tel tombe le buffle , au menton chevelu , dan» tine journée de chasse; le cèdre quand une avalanche roule du sbitimet escarpé du Chimborazo.

Bolivai^ eât k la tété de Ceâ légionsl , que commande après lui rimpétueuic Paez , dont là voix, connue dans la plaine', réunit autant de lances qu'il y a de pasteurs. Refoulés jusque dans les marais , le Sertorius de la nouvelle

^voiBum €l)ant* 145

Ci'enade a résolu d'échapper à ses ennemis , et d'arriver au siège de la puissance espagnole. Le pillage et la prise de Santa-Fé sont les promesses qu'il a faites à ses soldats. Silencieux comme l'heure de la nuit , chaque cavalier relève , sur le côté de sa tête , ses cheveux dénoués pour goûter le sommeil ; presse , de la courroie , les flancs de sa mcmture , et suspend au pommeau de la selle une sabredache ^ formée de la peau soyeuse du daim ^ sur laquelle il répose sa tête au camp, et où sont ses provisions et ses rechanges.

Quelques otdres , transmis k voix basse , circulent sans bruit : déjà des giroilpes s'avancent à la faveur de l'ombre ; chaque soldat tient pressé contre sa cuisse la lame qui bondit dans son fourreau. Les lances elles-mêmes y fixées à l'épaule , sont immobiles , et les pas des coursiers , sans écho dans ces solitudes , n'émeuvent que fortuitement le silence qui protège cette fuite, premier gage de la victoire.

Cependant Barreira , chef des troupes espagnoles , s'aperçoit , aux premiers rayons de l'aubé matinale , que son adversaire lui échappe. Il est sur ses traces , force de vitesse , et l'atteint

lO

146 2lttwrû|tte îm ôuïï»

près de Tunja. D'une part , c'est l'orgueil Irrite de rancienne Gastille ; de l'autre , la mâle fierté des naturels chargés de l'outrage de trois siècles d'avilissement.... Il n'est plus de remise : la vice-royauté et la dictature vont se mesorer. Quelle transaction eût été possible : il n'en fut jamais entre lé républicain et l'habitué des cours.... Repos aux victimes ! la victoire est aux armes du libérateur.... Bogota l'a reçu dans son sein (7).

Lxvn.

De quelles idées contraires n'est pas assailli l'homme qui a quitté sa patrie , quand , partagé entre ces scènes sanglantes et l'aspect d'une nature éloquente , il revient à ses souvenirs et demande à comparer les . produits de la science avec les modèles , types primitifs de cette nature. — Oui, j'ai donné mon attention à l'art, et je suis resté surpris de ses efforts; mais mon admiration n'a pas été entière , et mon étonnement ne s'est soutenu que vis-à-vis ces hautes conceptions d'une création surhumaine , qui , neuve comme dans ses premiers essais , entraîne la pensée et domine la réflexion.

Lxvin.

Au sein des plus grandes populations , et au

tvmïtm €ïfint. 147

milieu des Cordillières , je me suis trouva préoccupé ; mais , alors que je parcourais les capitales et que j'énumérais , dans le cercle rétréci d'uDe cité , les efforts pénibles dans lesquels s'épuise l'esprit humain pour élever quelques monuments, je me suis toujours senti tourmenté comme d'une suite de problèmes, dont il fallait chercher la solution. Aujourd'hui, mes pensées semblent s'agrandir avec les lieux qui m'environnent : je ne sache plus rien qui doive m'importuner , j'admire et reste ému : la satisfaction , sans la jalousie , et le contentement , sans le désir de primer , s'insinuent dans tout mon être et y jettent le trouble indicible du sublime,

Deux fois le soleil - s'était couché depuis que j'apercevais à Thorizon comme deux promontoire qui s'élèvent au loin sur la surface mobile des eaux , quand , à la première lueur du jour , je me trouvai à l'ombre du Pakandè, On dit aussi que les Pyramides du Caire s'aperçoivent à deux journées de marche : qiielle distancé de ce monument de la main des hommes à celui que j'avais devant les yeux. La pente insensible d'une pltiine prolongée s'écoulait entre le Palcandé et

'Xmm^at bu fSvib,

une autre branche des Gordillières ; sur les deux côtes sortaient , en saillie , les courbes majestueuses qui profilaient ces hautes montagnes. On eût dit des talus immenses ; ils n'avaient ni fonds, ni points de perspective ; le ciel recevait la ligne qui dessinait leur vaste projection , et Fespace s'ouvrait , sans aucun accident , à toute l'étendue de la vue.

Le soleil venait de se lever : je crus poser le pied sur le parvis d'un temple dans lequel je m'avançais. Je ne sais quoi d'auguste et de monumental paraissait animer cet ensemble. Des montagnes , entasse'es les unes sur les autres y formaient les parties latterales de cette édification gigantesque ; légèrement pourprées par les premiers feux de l'aurore , elles se déroulaient comme des draperies bleuâtres et frangées d'or , auquel la transparence de l'atmosphère ajoutait quelque chose de flexible et de moelleux... On eût dit la riche tenture d'un des temples de Balbeck ou de Palmjre.

Mais des nuages qu'un souffle caressant sm^

blaît écarter, laissèrent voir , tout-à-coup , le globe radieux du jour.... Et le temple fat inondé d'une lumière vive et resplendissante. Ainsi brille » de l'éclat d'une fête , le sanctuaire que la piété a décoré au moment où le saint des saints se découvre aux yeux de la multitude.

Tel et plus imposant encore sera aussi l'univers entier lorsque, réunissant le passé et le futur , un Dieu viendra qui dispensera l'éternité et la répandra comme une lumière qui n'aura point d'ombre !

Lxxn.

Précipices , roches escarpées , enfractuosités sinistres , tel était l'aspect des derniers plans. — Sur un point , s'élevait la croupe hideuse d'une montagne; on eût dit un de ces animaux dont répine dorsale décrit une courbe brisée , et dont la fourrure , altérée par la misère , laisse voir des taches dartreuses et d'un aspect aride ; ailleurs , c'étaient des pierres entassées sur des sommités dégarnies de toute végétation ; elles gisaient comme les scories vitrifiées qui sortent de la fournaise , ou les sédiments d'un feu souterrain qui s'est appaisé,

Lxxm.

Mais ce gjroupe de pierres , dont les arrêtes

150 2lnirrti)ur du JSuîr.

aiguës se dessinent en aiguilles , qui en a ainsi varié le)eu bizarre , et quelle main a disposé ces ornements aux contours flexibles qui ressortent pareils aux moulures qui décorent la base d'un trophée. — Me trompai -je : j'ai retrouvé ici ces • miâmes ornements dont le relief, sous la forme impérissable du bronze , rappelle ce que la

gloire des nations eut de plus prodigieux

Oui , c*est un aigle ; il entr'ouvre ses ailes gigantesques , et on le croirait au moment de prendre son vol pour lutter contre Voragfe , ou remonter à la demeure des Dieux.

Jeu bizarre et inconcevable de l'imagination , douce émotion , tiraillement du cceur ; je m'arrête.... Cette pierre m'a retracé le souvenir de la patrie. Mes jeux sont éblouis, peut-être, et je me livre à leur mensonge. Mais ce sont là cependant ses atles , ici ses serres , et le foudre

des Dieux Je n'en puis douter , c'est cet

insigne que je suivais aux journées de Smolensk et du Kremlin, Hélas ! je le cherchai aussi au passage de la Beresinal!!

J'ai détourné les yeux et je suis venu me

^tmvtm €l)atit» 151

reposer au milieu des habitants de Nye'va. La vertueuse Zoraï y a pris le )our : c'est une fleur que le souffle de la civilisation na pu flétrir. Le parfum qu'elle exhale est aussi pur que les essences les plus subtiles. — Zoraï avait la beauté et un nom illustre ; les vertus de sa mère étaient le modèle qu'elle s'était donné. On la voyait souvent, dans les fêtes et les lieux publics , toujours aux côtés de celle à qui elle devait le jour. Vêtue d'une mandille , ses cheveux d'ébène , dont les boucles retombaient sur son front , étaient comme le diadème , d'une candeur juvénile qu'elle conservait pure au lieu de s'abandonner à la recherche et aux manières d'un âge plus avancé.

Cependant les habitants de Gommana avaient levé l'étendard, et Garracais venait de proclamer son indépendance , quand , après quelques échecs , les patriotes de Nyéva furent appelés à seconder les soldats qui s'étaient réunis dans la /plaine. Le père de Zoraï répondit au cri de la patrie et s'éloigna du tott domestique. Dans le court espacQ d'une année f Zoraï devint un modèle de grâce et d^élégance : on admirait surtout ses yeux , où l'étincelle du tropique

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