tmérti)tu du Buîr
semblait rayonner d'une clarté' lucide et s'epandre comme la douce lumière dont se couronne la reine des nuits. Les jeunes habitants de Nyéva en recherchaient le suifrage comme le but de leurs espérances.
Mais où la séduction ne se mbntre-t-elle pas. La tendre Zoraï n'avait point encore ressenti les premières atteintes de l'amour , que le hasard conduisit au lieu de sa naissance un des officiers de Tarme'e libe'ralrice. Lancé dans une carrière avantureuse , il avait pris , dès ses jeunes ans , l'habitude des vives e'motions , et les recherchait à tout prix. Des manières étudiées et un discours plus mesure que ne l'étaient ses sentiments , furent les moyens dont il se servit pour te faire bien venir de la mère de Zoraï, et entretenir la jeune vierge de l'auteur de ses jours et de l'espoir de son retour*
Lxxvm.
Au nom de son père , la tète penchée et les paupières humides, la jeune adolescente posait ses mains dans celles de sa mère , comme pour
lui demander* quelles étaient ses espérances
Mais Gorréguagès (ainsi se nommait l'étranger)
Cl)«sit 153
ayait déjà préparé la sédactîon, et, habile à émouvoir le cceur de Tinnocence , il savait que chaque larme qui s'échappait de ses yeux était pareille à Teau qui tombe d'une roche et va grossir la source à laquelle le voyageur se désaltère. Zoraï était d'ailleurs aussi naïve que ses pleurs étaient purs. Elle les laissait couler , et n'avait garde de penser que les soins de Gorréguagès dussent lui préparer de longs chagrins.
^étranger devint pressant et insidieux ; Zorai resta simple et inhabile ; elle pleurait , et une teinte sombre donna à son regard cette langueur que porte presque toujours avec lui le
premier désir d'un amour innocent De ce
moment , elle eut un secret , et elle regarda comme un acte de vertu de le celer au fond de son cœur , tant étaient pénibles les tourments qu'elle éprouvait.
Le succès de Gorréguagès a fait fuir la foule, et Zoraï ne compte plus cette suite nombreuse d'adorateurs qui forma son premier cortège, à son entrée dans le monde. Un homme , dont
154 %métiqat in fSub,
les fleurs de la jeunesse commençaient à tomber fanées sous le souffle des ans , était seul resté attaché à ses pas. Ami d'enfance du père de la jeune fille, il avait obtenu de lui Tespoir d'une alliance de famille. — Dire que la belle Zorai n'était pas sensible à ses hommages , est ne rien apprendre. Incessamment sacrifié au rire public , le malheureux n'avait d'autre honneur que d'être l'objet des sarcasmes de Gorréguagès.
Mais l'amant fortuné appartenait k l'armée de la Colombie. L'ordre de partir lui a été signifié : ni les larmes , ni le désespoir de Zoraï ne peuvent le retenir.... Quand viendras-tu ? — Toujours trop tard, a dit la naïve habitante des Andes...» Et deux années s'écoulèrent sans que le nom de Gorréguagès. ait été vu que sur l'écorce des arbres.... Qu'est-il devenu celui en qui Zoraï avait mis toutes ses espérance^ , celui qui avait disposé de ses premiers ans , celui qui avait eu son cœur et sa pensée , celui qui avait vu couler ses larmes.
Douleurs , plaintes , accents lugubres et long»
.€r0tethne €i)ûnt; 155
gémissements , les échos ont tout répété. — Ils se taisent depuis la saison nouvelle. Zoraï ne prise plus ni la douceur d'un jour serein , ni la fraîche rosée dont elle humectait nagnères ses pieds légers , quand elle se rendait à la grotte voisine pour s'entretenir de Tingrat Corréguagès. A quoi reste-t-elle attachée; elle a épuisé tout ce qu'elle avait de larmes, et ses joues creusées ne s'humectent qu'à de longs intervalles , quand elle sent encore la douce pression des mains de sa mère , et qu'elle se rappelle celui à qui elle doit le jour. — Hélas ! ce père que j'ai tant aimé , disait-elle , ne le reverrai-je plus. Mais ce serait pour l'offenser , et elle gardait le silence....
Lxxxin.
Si au moins j'avais rempli ses intentions , si j'avais pu lui présenter celui que son amitié me destina ? •— Telles furent ses paroles au moment où on annonça le retour de celui à qui elle devait le jour. — Que le dévouement est noble et sa résolution sublime ! si tu ne te fusses im« posé un devoir de rigueur , jamais tu n'aurais été heureuse , ô Zoraï , mais celui que tu as repoussé est devenu ton époux. Cette seule épreuve t'a réhabilitée , et proteste de ton courage en effaçant tes faiblesses.
156 IXmtxùptt in duîr»
Oui , il y a de la vertu dans ce devouemenC d*une jeune femme ^ dans eette consécration de la beauté au culte de Vinfirmitë et de la vieillesse. Honneur à la prétresse qui a su s'oublier pour se dévouer au service d'un temple qui tombe en ruine ; car, si l'erreur est dans sa résolution, on y trouve aussi la magie du devoir alliée à la poésie la plus sublime , à cette poésie qui fait naître les grandes résolutions ,^ et qui allège le poids d'une obligation quand elle ne doit finir qu'avec l'existence.
Jetés , pour quelques jours , sur une terre déserte 9 où nous consommons un pèlerinage de rigueur , quel est donc ce plaisir , cette idée de contentement et de satisfaction qui s'attache au mot de sacrifice , quand , si faibles de nous-mêmes , tout nous échappe , et que nous ne semblons vivre que de privations ? Serait-ce que, luttant avec la nécessité, nous nous plaisons à ajouter le sacrifice aux concessions que nous sommes forcés de lui faire comme pour la braver et nous dire qu'il existe , dans la pensée et sa résolution, quelque chose au-dessus des. faits et de la matérialité.
Zvms&m Cl)ant. 157
Mais la faiblesse s'arrête devant le sacrifice. Combien cette même idée est puissante, au contraire, pour Fhomme qui apprit, de bonne beure , qu'il est en lui quelque chose de supérieur. Quoi ! des lois , des coutumes , des habitudes , des nécessités : telles sont les obligations qui me sont prescrites ! La vie est donc un fardeau , et on me l'imposa ? — Non : avec elle , je reçus la liberté , et il me reste une ressource ; pressé par les sens , mais plus fort qu'eux , î'ai le sacrifice pour m' exercer : je saurai lutter et le faire avec avantage.
Âh l c'est sans doute , dans ces réflexions , promptes comme le sentiment et pénétrantes comme lui , qu'il faut chercher ces pensées mâles et résolues qui rendent le sacrifice si doux et la privation si facile à des êtres qui n'ont souvent , pour résister aux épreuves les plus rudes , que la faiblesse et la conviction d'une pensée intime.
Quelle haute idée ne donnent pas d'eux-mêmes ceux qui savent se les imposer. Qui n'a vu des hommes , en réunion nombreuse , consommer
158 %mmqat in J8m>.
ainsi les sacrifices les plus pénibles et lutter contre leurs propres désirs. Qu il est sublime alors ce triomphe de la pensée, et qu'elle est éloquente cette voix qui s'élève dans les forêts de l'Amérique et dans l'enceinte de Rome , dans le temple des Incas et dans celui des Vestales , sur les bords de l'Orénoque et sur les rives de la Seine ; car, partout où s'exhale son onction sublime se renouvelle l'idée du dévouement et l'oubli de soi-même , seuls sentiments à l'aide desquels la vie humaine atteint sa destination.
Lxxxvin.
Quand l'en train ement a tant de puissance ,
faut- il demander aux mortels , dont le cœur a tressailli , s'il est un sentiment élevé , une
passion noble et généreuse à laquelle le sacrifice
n'ajoute encore. J'ai souvent entendu parler des
plaisirs de l'amour ; j'en ai trouvé partout des
peintures plus ou moins brûlantes ; mais , quand
je recueillais , de la bouche de mes aines , ces
narrations qui occupent la jeunesse et embrasent-
ses sens , quand je comptais les heures , en assis-^
tant aux détails que le loisir amène sur la chute
et la faiblesse des femmes. Hélas ! dîsai-je , faut-
il que le nombre des victimes soit égal à celui
des triomphes.
"ivmOm €l)ant* 159
Infâme séducteur , te faut-il donc des pleurs et des ' remords pour le bonheur que tu as conçu ? Ah ! si telle est l'ardeur atroce dont tu te sens embrasé , ne profane pas du moins le nom sacré de Famour. Cherche, cherche d'autres expressions pour rendre ta brutalité ; car , ou tu n'as pas aimé , ou tous les sacrifices ont dû témoigner de l'élévation de ta pensée. — Mais le délire , l'exaltation des sens , le désordre de l'esprit, l'entraînement du coeur et de l'imagination... • Qui saurait résister à ces puissances ?
Ah ! si ce cœur, auquel tu en appelles « avait eu de la noblesse , tu aurais senti qu'il est quelque chose de plus fort que les sens , tu aurais senti que le plus grand des sacrifices , celui du dernier plaisir qu'on s'est promis , ce sacrifice qui conserve l'honneur, est le calme de la conscience ; douce abstinence qui fait la joie des âmes pures. Oui, s'il avait pu être que tu eusses su te l'imposer : quel charme nouveau tu eusses trouvé dans ce mot d'amour si tendre et si persuasif, dans cette expression d'un sentiment élevé qu'une bouche pure et exempte de souillures