XIV
tt L'inquiétude aussitôt s!emparade8^, Péruviens. Le vase. sacré q\{p portç l'Inçf^ sa^rî^oa* leur, et dont la concavité f^est à réfléchir leSv rayons du soleil pour embraser les aromates qui sont sur l'autel , s'est échappé de ses mains et roule sur le parvis. Le peuple entier a les yeux au ciel et suit le mouvement d'un aîgle en but à des milliers de faucons et se défendant à peine. — Le combat n'a pas été long : le malheureux oiseau vient tomber au milieu de rassemblée, non foin de Vobélisque que les enfants de la nature vénèrent comme
Ctttatttrme €l)ant. 173
le siège o& se repose le soleil k Tépoque du solstice. »
c< Les devins se souviennent qu'on vit , à la dernière lune , trois disques voiler de leur opacité l'astre des nuits. Vainement ils en ont fait un mystère au peuple : on se repète que naguères la foudre est tombée sur la demeure des rois , et que les e'clairs furent toujours les précurseurs de la justice divine. Quelques-uns assurent que la mer , sortant de son lit y se soûllève k l'occident et menace d'envahir les dernières limites de l'empire. On dit aussi que des comètes incendiaires ont été vues secouant leur chevelure ardente au bord de l'horizon , et qu'elles s'avancent pour consommer la ruine en- »tière des fils de Manco. »
« Tels furent les présages sinistres d'une catastrophe qui dépassa autant la crainte et les alarmes des Péruviens que les Almagre et les Pisarve sont an-dessus des criminels ordinaires. Alors la conquête n'était pas encore résolue , et les Espagnols, rassasiés de sang, comme le tigre
174 "TlmétUfae in Uni.
que toute une journée de carnage retient dan^ ^ son antre , attendaient d'antres occasions et
le moment de fondre sur une nouvelle proie.
« Trois aventuriers, cependant, recueillent déjà i, tous les récits qui pourront seconder leurs pro-
jets. La soif de Tor est la passion qui les anime : I ils vont affronter les dangers que Nugnez de
f. Balboa n'a pu surmonter, et, suivant leur ex-
pression , éteindre dans le sang l'injure que des f^ barbares ont faite au nom Espagnol. Réunis
dans le port de Panama , Pizarre , Almagre et ^' Lucques n'attendent , pour le départ , que le
renfort qui leur a été promis de l'tle espagnole. »
« Impatiente d'aventures et entraînée par I»
renommée de Pizarre , une troupe de Castillans I . traverse Tlstbme et remonte le fleuve des Lézards ,
^ pour s'associer à la conquête du Pérou.
^ » Assis à l'arrière d'une longue pirogue était
& Antonio de Ribera , dont le caractère bouillantne
connut jamais le relard ; la main sur la tête } d'un énorme dogue, le Castillan regarde tour^à-
tour les esclaves qui se penchent sur leurs rames^ et l'animal dont les yeux étincelants semblent n'âltcndie qu'un signe. »
tHuatrihn^ Cijatit. 175
u Âstrato , c'était le nom de ce chien de guerre , payé trente esclaves k l'un des soldats de Ponce de Léon « a depuis long- temps compris r impatience de son matire.
» Il le regarde et laisse pendre sa langue sur ses lèvres épaisses , battant lentement Tune contre l'antre , en même temps qn'nne salive abondante coule sur les longues pointes d'émail qui brillent aux deux côtés de sa puissante mâchoire.
y> Tout'à-coup le dogue s'élance; d'un bond, il est à l'extrémité de la pirogue , plonge et ramène un esclave qui s'est précipité dans les flots , demandant i la mort la liberté qu'on lai ravit.
» Âstrato l'a saisi de ses dents aiguè's et reparaît à la surface du fleuve traînant vers son maître l'esclave téméraire qui a ainsi enfreint le droit de propriété.»
» Par Saint-Jacques , a dit Ribera , jouissant des triomphes de son chien de guerre , et à peine ému de la trépidation convulsive du sauvage qui se débat à ses pieds.
» Que des soldats timides épargnent les femmes s
17C %mitu\nt Du fUiOf.
je promets ici devant loi , heureux patron de Tauguste Espagne y que , dans les jours les plus difficiles y Astrato boira jusqu'à» satietë le sang des infidèles. . ; . .
» N'est-ce pas honorer ton, .feaînt. »om . que d'immoler ces barbares,; n'estt-*ce- pas .en: purger la terre et étret agreatJe à celui qui rejette de son église ceux qui ne suivent pas sa loi:
y> Oui , que le fruit pre'cieux du sein de la femme soit ta pâture , Âstratd , et que tes naseaux fumants aillent trouver; l'efvfant qui n'a pas vu le jour pour apprendre à connaître no» ennemis avant qu'ils aient manié l'airc. Gomme le compagnon chéri de Ponce .tu mériteras aussi et le triomphe et la triple solder (<')'>
A.Jk« , • -
« Et Ribera , nonchalamment allongé sur un tapis de velours vert , mêla aux strophes d'un hymne sacré le chant antique d'un boléro^ dont ses compagnons redirent le refrain.
» Cependant l'esclave mutilé sous la denl du dogue expire. Le Castillan, j^arfeîiïtéwfônïpre ses chants* a .fait entendt'e^ leei^i ttigtli' d'dh sifflei3cient part^q^UeiTi ,. ;• u ::î :. j <. ; r.-i.,
ttuotrihiu Ç^oitt. 177
» Âitrajto s'élance denouveau, porte ses griffes sur le nudheureux Indien ; et , la tète plongée dans la poitrine de sa victime, les soies épaisses qui recouvrent sa gorge sont, imprégnées d'un déluge de sang.
>> L'œil ardent de l'animal a étincelé : il s'éteint bleptôt. sous la langueur de llvresse. »
« Ribera donne un nouvel ordre ; et les restes déchirés du cadavre vont rougir les eaux du fleuve de quelques gouttes de sang qui n'ont pu être épuisées. — En cet instant Je vent ba-. lançait des masses de lianes au-dessus des pi-^ rognes où voguait l'expédition ; des fleurs s'ef*feuillèrent indistinctement sur les compagnons de Ribera, et les esclaves, qui. refoulaient Feau du fleuve sans oser suivre , du regard, les- restes de leur malheureux frère, qni allaient passer au pied de leui's. huttes. et parcourir le cours entier de la rivière des Lézards. »
<( Le moment de l'arrivée n'était plus loin:
l'heure de Fexpédition devait le suivre de près , et les projets de Pizarre allaient s'accomplir. ^
178 2lti^rii|ue ïm !Mi*
A peine Ribera a-t*il rejoint Panama , que rassemblée générale des Castillans est convoquée. Tous montent à bord du navire qui doit porter l'exr j[>édiiion. Almagreet Lucques, ministres de l'autel, et qui ont secondé de leurs épargnes les concept tions de leur chef , ont fait dresser, sur la proue du navire , une table recouverte d'un tapis de lin. »
« Une image du Christ a été déposée sur cet appareil. Â ses côtés sont quelques vases en terré grossière et des coquillages consacrés , que de pieux sectateurs de l'illustre Saint-Jacques ont offerts pour la cérémonie; Du i^este, ni or ni argent : l'expédition avait tout absorbé ; et' Fernand dç Lucques n'a conservé , pour la celé-bcation . des saintes > solennités de la religion, qu'unie chasuble où biHillen't à peine quelques filsr ezi ùTf débris déshonorés des larges galons que l'opnlence iivait étales sur les* coutures.
ce Le Saint Sacrifice est offert à Dieu pour lui demandera sa protection'* Lucques se prosterne , et toute la -foule suit son exemple. — Maïs, qu esi**cie , Fhostîe qtii devait préparer cette
(Unatrième tl)atit 179
conquête est profane'e dans les mains même du prêtre ! Au momeut de l'exaltation , Lucques osant partager la victime pure et céleste , qu'il lient entre ses doigts , la déchire et l'offre à ses deux associés , les interpelant de sceller leur infâme convention du Sang même de leur Dieu.
« Ainsi 9 dit-il f soit partagée la dépouille des » idolâtres* r> »
« Et l'avenir de notre infortunée patrie fut décidé par ces paroles. »
Tel fut l'intéressant récit que me faisait un jeune Américain des traditions de son pays ^ quand , parcourant la cité de Gusco , nous arrivâmes sur u^e promepade publique où nous fûmes distraits par la vue d'une femme dont les -doigts couraient rapidement sur une harpe qu'elle, faisait retentir d'un accent plaintif. Quel ne fut pas mon saisissement , lorsque ^ dans ma langue maternelle , j'entendis les strophes suivantes ? -
Voyageur , voyageur y si tu eut une patrie ^ aie pitié de l'orphelin qui court le monde ; et si le' soleil dora jamais le toit hospitalier de tes pères f espère..,, espère toujours : f u t^assié^as encore sur le banc de tes ancêtres.
1 80 2ltiirru|w Iru 0itb.
Voyageur, voyageor^ presse , presse tes pas; car le temps que tu doones à contempler les merveilles de Fart ne saurait être aussi doux que celui qui s'écoule a l'ombre du foyer domestique. Ah I retourne t'asscotr à côté de ta mère t là lu auras une larme pour l\>rplielin.
Voyageur 9 voyageur ^ sois plus heureux que celui qui t^implore. Je n*ai jamais puisé l'eau k la fontaine de mon village ; je ne goCltai non plus ni l'aimable lii>erté de l'enfance , ni ton enjouement fol&tre. Le premier pain que j'ai mangé je le dévorai sur la borne des lieux publics.
Voyageur, bon voyageur, aïe pitié de mes peines; car si mes yeux sentirent la douce langueur du sommeil , ce ne fut que lorsque ma tête reposa sur les marches d'un tempfe ou les degrés d'un palais. Jamais je n'ai fermé l'œil sur le aein de ma «aère.
Ah! voyageur, voyageur, accorde-moi une larme , car il me souvient d'avoir vu la colombe et le pigeon , aux ailes bleues , s'arrêter sur le chaume où je pris le jour ; mau , dès les premieis rayons de l'aiid>e matiiMle, j'ai foi vers des plages lointaines.
■Bon voyageur , ne ierme pas ton cœur an doux souvenir des premiers ans. Laisse aux âmes arides ce désir de voir et cette passion si sèche d'ell6*mème qui les porte aux lieux
tftifatrihnr <l)ant» t81
où sont Id foule» Aïe uoe larme pour Vîofbrtané t ta en re* cevrat la réqompeaae dans le calme de It soUtnde , an foyer générateur det affections de famille.
Et ma malheureuse compatriote continua à toucher les cordes de son instrument, terminant, par quelques phrases accentuées, le mode qu'elle yenaitde parcourir. Un jeune enfant raccompagnait, et il avait cessé ses chants^ non ses gestes. C'était le moment de la collecte : il adressa sa prière aux spectateurs, en y joignant la démonstration enfantine de ses deux petites mains. — Gomment rester étranger à une pareille scène? C'était sur le déclin du jour , sous un ciel éloi-» gné , à l'heure où les promenades et les avenues publiques se remplissent d'une foule nombreuse. Une clarté indécise , mais encore brillante de quelques jets de lumière répandait sa douce lueur.
xxvn.
Des tentures , enrichies de soieries et relevées par des franges en or , flottaient sur la tête dçs jeunes beautés de Cusco. Nonchalamment accoudées sur des bancs de gazon , elles étaient comme les fleurs d'un parterre, quand l'haleine du soir
1 82 "^^mhupu du SiuK
les caresse. C'est dans ces lieux que l'Albane eut retrouvé ses inspirations ; c'est aussi «eus* les plis transparents des gazes légères que le Zéphyr agitait, et dans les nœuds qui fixaient la chevelure bouclée de plus d'une belle, que je crus voir les enfants de Cypris se jouer et agiter leurs ailes brillantes , comme pour répandre le prestige et le mensonge gracieux de leur sourire sur une multitude que la préoccupation du plaisir semblait avoir re'unie. Mais quel contraste pre'sente cette harpiste qui mendie ^ dans des lieux publics , le pain dont elle soutient sa misère. Et quelle pensée sinistre réveille Tceil déjà terne de cet enfant, qui, avec toutes les grâces .de son âgé, porte les stygmates de l'abjection et ne connaît rien de l'avenir qui l'attend et des traverses qui compléteront ses années.
xxvm.
Qu'il me soit encore permis , pour consom« mer mon pèlerinage, de revoir le pic neigeux des Andes et de contempler la nature avant de descendre au champ d'Yacuccho , pour y mêler mes larmes au sang des braves.
Combien n'est pas douce , en effet , cette rêverie expansive qui nait comme par enchante-
Ctuotrthne 0l)ânt. 183
ment dans les solitudes pittoresques de la Sierra ; et qui pourrût s'en détacher, quand, sous le charme 'd'une divagation inspirante, l'esprit et la pensée acquièrent cet élan qui donne de la magie aux moindres détails , et je ne sais quelle couleur poétique aux contrastes les plus bizarres.
Ici c'est une caravane dont la file allongée scr-j pente sur les flancs de la Cordillère. Pareille à une spirale, elle suit avec lenteur son mouvement d'ascension, en se déroulant sur les échelons angulaires d'un sentier étroit. Qui pourrait suivre, sans inquiétude, la marche indécise des mules et de leurs conducteurs; quand, penchés sur l'abyme, ils s'avancent entre des roches siliceuses , dont les massjss , prêtes ' à se détacher, forment sur leur tête comme un dais, sous lequel la mort, toujours à leur côté, semble les conduire.
Çà et là , dans le fond des précipices , ou sur le revers d'un éboulement , sont des squelettes blanchis par le temps. Une végétation