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triste et désolée semble se survivre à elle-même* Quelques mimosas épineux adhèrent au sol ; et, sous la langueur de l'épuisement, attendent que les trombes et Torage viennent les alimenter de la poussière et des débris qu'emportent avec eux leurs noirs tourbillons. L'aigle et le condor , dont les ailes voilent la lumière du soleil , passent seuls sur ces lieux attristés , et se balancent par delà les nuages , épiant les mouvements de la caravane et toujours prêts à fondre sur la victime qui va tomber pour ne plus se relever.
Tel s'offre, aux yeux troublés d^un mortel , que l'épaisse obscurité de la nuit a écarté de sa route , un champ de sépulture protégé de son silence et frappé de l'immobilité de sa douleur. Tel s'offre ce même champ quand le ciel en feu s'ouvre, et, dans la perturbation de l'orage, darde et brise, sur le marbre des tombeaux, ses étincelles ee dispersant au milieu des cyprès comme les émanations douteuses d'une clarté sinistre sortie du sein de la terre pour reporter, à sa surface , l'horreur entière des sépulcres.
Approche-t-on de la région des neiges ; plus*
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hidense, la nature, dépouillée de tout ortiement , fe présente avec tout ce qu'elle a de repoussant comme pour détourner le voyageur de son entreprise. Déchiré et sans gazon, le sol ne montre plus à l'œil que ce nu désastreux d'un bouleversement dont les traces et les ravages se confirment par l'aspect irrégulier des roches insolites jetées çà et là. Prompt à passer dans le cœur du voyageur, le sentiment d'une telle convulsion manque rarement de frapper le plus fier courage de stupeur et d'indécision. — Mais où l'homme s'arréterait-il : le versant de la Cordillère est ici le terme qu'il s'est donné.
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Sans hésiter 9 il s'aventure dans la profonde coupure d'une gorge qui sillonne le sommet des monts. L'app&t du gain et l'amour de l'or ont découvert ce passage, presque fermé à la lumière par les escarpements élevés des masses de basai le qui en forment les parois. Bientôt le ciel, en efiet , ne paraît plus que comme une écharpe d'azur , dont les bords déchirés dessinent les inégales aspérités du cratère. Quelques filets d'eau ou des flocons de neige , que le tourbillon emporte en fabant retentir la voix sourde de cet
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écho, sont, avec le bruit aigu et les reperçassions des pieds des mules » sur des cailloux roulants , les seuls accents qui se fassent en-* tendre dans ces couloirs. Les couleurs diversifiées des transudations diluvieniies semblent Avoir décorés ceux-ci d'un vernis brillant. et limpide pour saisir l'âme et la contrister par cette image d'un isolement lugubre.
Mais quel autre spectacle se montre à la sortie de cet antre ; et de quel ravissement n'est pas transporté le voyageur , quand , rendu à la lumière , il contemple le disque radieux du jour épandant sa chaleur puissante sur la vaste éten« due des pampas et les animant de son expansion splendide ! Déroulées en nappes dé verdure, quel agrément n'ont pas ces steppes s'anîmant au soui&e léger du vent , et qui ne prendrait plaisir & considérer les larges feuilles du palmier se heurtant et se choquant entre elles à l'égal des lames qu'une brise de mer émeut sous les molles ondulations d'une courbe prolongée.
Toute trace de désolation n'est pas cependant
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effacée de cette scène. Le feu. a porté ses ravages dans, ces forets, et les lieux que F incendie a dévorés rappellent le malheur d'un peuple moissonné par la peste , ou celui d'une grande population tombée sous le fer d'un conquérant., Mais à peine les flammes se sont-elles éteintes, que les arbres épargnés étendent leurs ramées pour voiler ce champ de deuil. C'est aussi quelquefois au milieu d'une clairière , ainsi couverte de cendres , qu'apparatt , laissé conmie témoin d'une journée de désastre , un cèdre majestueux . dont la tête s'élève par delà le dôme uniforme de la forêt. Recouvert de plantes parasites qui s'attachent à ses rameaux, on dirait un géant, la crainte et le respect des âges , au moment où la main du temps vient de jeter un manteau sur son torse sillonné par le feu.
Là demeure l'Indien, enfant des déserts et dominateur absolu de la plaine. Dans ses veines coulent , confondus ensemble , le sang espagnol et le sang américain. Destiné aux plus rudes épreuves du corps , sa gymnastique , aussi simple que grossière , consiste à bondir sur la peau tendue d!un taureau sauvage. Ei^core au sein de
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sa mère , il se roule déjà sur un lit de char* dons, seules plantes qui couvrent les pampas dans une saison de l'anne'e ; ou sur les tiges fanées des herbages qui servent de litière an coursier, compagnon de sa fortune. Une dague et les bandes flexibles d'un lasso , arme terrible dans ses mains , sont les hochets de son enfance,
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Il a serré, de ses faibles membres, les flancs arrondis des vieilles cavales , qu'il ne peut encore atteindre , de la main , le mors couvert d'écume d'un étalon dont les naseaux fumants vont chercher la terre après une longue carrière. Cependant le moment arrive où ses pieds ne devront jamais rester empreints sur la plaine. Un coursier sauvage, pris parmi les plus fougueux des bardes nombreuses qui errent dans les pampas , lui est amené par ses aines.
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De ises mains doit tomber la crinière flottante de l'animal indompté. Un fer lui est remis, et il le promène en signe de domination , sur l'encolure hardie de l'animal qu'il dépouille des plus nobles attributs de sa liberté.-— D'un saut il s'élance , et ce* premier compagnon de la vie
aventureuse , dont il va faire Fessai , doit fléchir sous sa main et laisser la trace > du sang au travers de l'arène qu'il va franchir.
Pour prix de son courage, et comme signe distinctif de son entrée dans la vie, le jeune nomade f en revenant' à ses compagnons , saute à terre, et, après avoir. promené sa main sur la croupe humide de son cpursier, humecte sa chevelure du sang qui ruisselé des larges coupures qu'il a tracées de ses éperons dans le flanc de l'animal. De ce jour il pourra se me3urer avec^ les nomades rivales , porter sa main à la bouche et pousser lé cri de guerre , manier le lasso et ceindre son front d'une couronne de balles , réserve meurtrière qui ne doit plus le quitter, €t qu'il porte comme le signe d'une existence toujours livrée aux périls.
Aux yeux de cet homme demi -sauvage, la dignité de l'homme est de monter les chevaux les plus rapides, et de forcer l'autruche ou lé gamma. Une tranche saignante du bison ou du peccari , qu'il vient d'atteindre , fait toute sa nourritures Tel est le seul prix de ses fatigues
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et des rudes combats qu'il livre aux plus re* doutables animaux des forêts. D'ailleurs , ba-^ bitué à se )ouer des orages , il les voit fondre sans émoi , et ne fait que sourire au bruit terrible de leurs déchirements , quand , s'élançant du haut de la Cordillère , ils résonnent sous la tête panachée des forêts séculaires dont il fréquente les détours depuis son enfance.
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Jamais cet habitué des pampas n'ouvrit un sillon pour demander à la nature quelques fruits. Sa case n'est que le lieu où il trouve un mors de rechange, de nouveaux éperons ', la bande de cuir propre à remplacer le lasso qui vient de se rompre entre ses doigts. Quelques peaux , jet^'es en travers sur des aïs , forment sa demeure et lui servefit d'abri : c'est* là qu'il étend ses membres harassés sur l'épaisse fourure du buffle, et que ses yeux s'appesantissent sons les langueurs de la fatigue, n'ayant d'autre appui que le crâne blanchi d'un coursier, ancien compagnon de ses aventures dans le désert.
Mais revenons sur nos pas et passons à Ça^
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manguUla. C'est là que , poussées dans une lutte décisive y les traditions du passé et les espérances du jour se sont mesurées pour la dernière fois. J'ai, dans plus d'une occasion, promené mes regards sur les champs de carnage. Comme Byron , j'ai pris plaisir aussi à descendre des hauteurs du Mont-Saint-Jean dans la plaine' de Waterloo , et & y couvrir mes pieds de la poudre d'un empire ; mais , au milieu des débris que je foulais , j'ai vu un aigle enseveli sous^ les traits qui rivaient atteint; on lisait sur une bande ensanglantée : la garde meurt et ne se rend pas»
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Ici , dans la vaste étendue des pampas , on voit aussi la terre jonchée de débris et de cadâvres ; mais un génie semble être descendu des régions éthérées pour jeter un voile sur ces tristes restes. Le passé doit-il ainsi s'effacer ? et le soleil de la liberté aura-t-il sa première aurore pour ces régions engourdies par le despotisme ? Tel me parut le champ d^Ayacuccho ( i ) Lorsqu'aux premières lueurs du crépuscule j'arrêtai mes regards sur ce lieu, où le voile blanc d'une rosée féconde se déroulait comme pour cacher , sous ses plis ondulés ^ les derniers vestiges d'une puissance monstrueuse.