‹ Excursion en Turkestan et sur la frontière Russo-AfghaneChapitre 10 sur 26 · Chapitre IV · texte numérisé non relu

Chapitre IV

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mètres de haut dans un canal desséché. rempJi de vieilles briques et de troncs d'arbres.

Tout le long de la route, nous rencontrons des individus isolés ou de petits groupes qui se rendent à la ville ou en reviennent. Tantôt juchés sur des chameaux, tantôt à cheval (presque toujours deux sur le même), ou montés sur des ânes microscopiques, ils ont tous le même aspect, le même accoutrement que ceux que nous avons vus à Askabad.

Avant d'arriver à Stari-Merw, nous laissons, sur notre gauche, une énorme butte en terre construite de main d'homme, haute de 10 à 12 mètres, longue de plus de cent, sur quarante à cinquante de large; c'est une ancienne forteresse, et, dans tous les pays turcomans, ainsi que dans le Khanal de Bokhara, on retrouve, auprès des grands centres populeux, des forts établis de la sorte pour arrêter les incursions des peuplades voisines.

Bientôt après nous arrivons, après avoir traversé les débris en terre des faubourgs de la ville persane, à hauteur de la station de Baïram-Ali. Là, nous descendons i\e voiture, et, après avoir déjeuné sur un monce£ u de vieilles briques, nous montons sur les che\?^nx que le colonel a d'avance fait envoyer pour notre service, et nous entrons, par une porte qui a beaucoup de cachet,

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quoique délabrée, dans la citadelle persane de Baïram-Ali. Entourée de murs crénelés, et défendue parun nombre considérable de tours, cette forteresse ne présente, à Tintérieur, que des ruines sans intérêt. Les maisons, bâties en pisé, sont toutes complètement écroulées, et c'est à peine si les mieux conservées ont encore un éta^e debout. Nous sortons de cette ville, et, traversant un terrain tout bossue par les vestiges et les débris des constructions primitives, nous arrivons dans la ville arabe bâtie par le sultan Sandjar. Des maisons il ne reste plus rien; mais de ci, delà, au milieu de la steppe, on aperçoit quelque vieux tombeau en briques rouges, quelque portail de mosquée resté encore debout et orné de briques émaillées d'une couleur charmante, et surtout, le plus beau témoin de la civilisation arabe dans ces contrées : la mosquée où est enterré le sultan Sandjar. Plus loin, on rencontre encore d'autres ruines d'un aspect étrange. Ce sont de hautes constructions en terre dont les murs épais sont à l'extérieur coupés de refends verticaux espacés de un à deux mètres. Le sol est, à l'intérieur, surélevé de 15 à 20 pieds au-dessus du terrain environnant, et on n'accède à la porte d'entrée que par une rampe qui longe l'un des côtés de l'édifice. Nul ne sait ce qu'étaient ces constructions bizar-

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res, ni quelle était leur utilité ; peut-être étaientce quelques forts avancés, quelques avant-postes destinés à protéger la ville en soutenant le premier choc de Tennemi ?

Aussi loin que la vue peut s'étendre, on aperçoit des débris de murs en pisé, des restes délabrés de tours en terre, des amas de vieilles briques, et, pendant que le guide nous explique qu'à dix verstes au delàles ruines se prolongentencore, et que nous venons de traverser un mur d'enceinte construit par Alexandre de Macédoine, nous pensons, avec effroi, à la disparution successive de tant de cités différentes et au peu qui reste de civilisations si avancées. Une impression de tristesse et de deuil nous monte au cœur, de ces ruines immenses sous lesquelles dorment, dans un éternel oubli, tant de générations et tant de peuples divers, et nous sommes heureux, en revenant à Merw, le soir, dans la nouvelle cité fondée par Alikhanoff, de voir l'agitation, d'entendre les cris de plusieurs milliers de Turcmènes réunis sur la place du marché pour y échanger leurs denrées entre eux' ou acheter des produits d'Europe. Là-bas, la mort et le silence, ici la vie et le bruit d'une jeune cité sortie depuis peu de la steppe et qui est appelée, si rien d'anormal ne vient entraver son développement, à tenir le même rang

que ses aînées dans Thistoire du monde. Déjà, de tbus les environs, les habitants accourent à son marché et rien n'est plus pittoresque que de les voir, du côté Est du Mourgab, dans un vaste quadrilatère entouré de hautes murailles en terre, vendre ou acheter des marchandises. Les commerçants, accroupis sur le sol et ayant devant eux, étalées à terre, les denrées qu'ils ont apportées, forment plusieurs lignes parallèles entre lesquelles grouille une masse compacte d'hommes de tout âge marchandant ici des tapis, là des selles ou des brides, plus loin des vêtements ou du linge, d'un autre côté des comestibles: melons, grenades, safran, raisins secs, etc.

Tout autour, les chevaux, revêtus de leurs longues couvertures ainsi que les ânes et les chameaux, restent immobiles, sans être attachés, àla place même où leur conducteur les a laissés et attendent patiemment la fin du marché.

Nous nous sommes souvent promenés au milieu de ces foules, nous amusant à voir les Turcmènes faire leurs acquisitions, et, parmi ces demi-sauvages, si féroces il y a quelques années à peine, nous avons toujours été entourés de prévenances. Jamais nous n'avons surpris chez eux la moindre expression de haine ou de méfiance à notre égard, et les khans ainsi que leurs hommes, qui nous ont

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accompagnés pendant n otre voyage sur la frontière, sont vite devenus, quelques roubles aidant, nos parfaits amis.

Nous sommes à ce moment à peu près arrivés à la fin de notre séjour à Merw où, sauf quelques jolies chasses aux marais qui avoisinent la ville, nous n'avons plus rien qui nous retienne, et le colonel Alikhanoff nous fait comprendre que, faisant le voyage habillé en Tcherkesse, ainsi que le comte Mourawiew et le baron Schilling, qu'il emniène avec nous, il désire que nous nous fassions faire aussi des vêtements de ce genre. Nous courons donc par toute la ville pour nous équiper et, en trois jours, grâce surtout à l'amabilité du baron qui nous accompagne partout, nous sommes transformés des pieds à la tète en Cosaques du Caucase. Sur la tête, le papach en astrakan avec le dessus bleu ou rouge et la croix d'or, sur le corps, une grande chemise noire appelée béchmet, et, par-dessus, une sorte de soutane de couleur, tombant presque jusqu'à terre, prenant la taille, et ouverte en pointe sur la poitrine; c'est la tcherkesse. Aux jambes, nous portons une culotte de peau rouge et de grandes bottes molles en. cuir de Russie, montant jusqu'à mi-cuisse ; un ceinturon du Caucase, muni d'une foule de pendeloques en argent, supporte

notre kindjal (poignard) et notre revolver, et sur l'épaule droite passe la mince courroie de cuir qui supporte notre schachka (sabre recourbé). Sur chaque côté de la poitrine, huit petites poches verticales contiennent des étuis à cartouches, en argent niellé, dont le bout dépasse de quelques centimètres; autour du cou, nous enroulons le bachlik ou capuchon usité dans Tarmée russe, et nous jetons sur nos épaules une longue palatine en feutre, appelée bourka, et fabriquée au Caucase.

C'est dans cet accoutrement que nous nous rendons à la gare, à l'heurefixéepourle départ. Nous y trouvons une hombreuse assistance sablant le Champagne en Thonneur des voyageurs , et, au moQient de partir, nous rencontrons le général Anneukoff revenant d'Askabad et retournant à Tchardjouï. Nous avons déjà pu, par le plus grand des hasards, l'entrevoir un instant sur le pont de Merw, et, en dix minutes, nous nous sommes trouvés en pays de connaissance, le général étant aussi Parisien que nous. Nous lui avons remis les nombreuses lettres qu'on avait bien voulu nous confier, et, quand nous le retrouvons, au moment de quitter Merw et de nous enfoncer dans le Sud, il paraît (d'ailleurs il y a de quoi) tout étonné qu'on nous laisse faire ce voyage, nous

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souhaite bonne chance et nous invite à le rejoindre au plus vite sur les bords de PAmou- Daria.

A quatre heures du soir,Alikhanoff,Mourawiew, Schilling, mon camarade et moi, accompagnés de nos interprètes et domestiques, nous prenons le train tous ensemble pour Kari-Bend, où nous atteindrons la vallée du Tendjend, que nous devons d'abord remonter en troïka jusqu'à Saraks.

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