AU LABOUR
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pendant deux ou trois mois. Veut-il se servir de son cheval, ilrelève légèrement les deux coins postérieurs de la couverture et les introduit sous la selle où ils sont maintenus par le poids du corps, puis il roule la partie antérieure qui couvrait le cou et en fait une sorte de bourrelet sur le garrot. Le soir, quand il arrive à l'étape, il étend de nouveau la couverture et place au-dessus un feutre plus épais encore qui tombe sur la croupe en cachant la queue et entoure le cou jusqu'aux oreilles. Le cheval est ainsi complètement habillé lé, et il faut remarquer que, couvert de la sorte, il n'est jamais mis à Tabri, que, par la neige comme parla pluie, il couche toujours dehors et n'en paraît nullement gêné . Le pansage est absolument inconnu ou consiste, les jours de grande chaleur, à racler avec un couteau le dos et les membres couverts de sueur. La nourriture est aussi fort différente et consiste en quelques boulettes d'orge mélangée à de la graisse de mouton et en foin très vert et fort dur. Le Turcmène en donne assez peu à sa monture, généralement l'équivalent de trois ou quatre litres d'orge et une botte de foin : aussi, le soir, sitôt les chevaux en liberté (on ne les attache presque jamais et ils ne s'écartent pas des feux), les voiton tous errer dans la steppe à la recherche de
quelques toufies d'herbes , de quelques brindilles debois, avec lesquelles ils complètent la quantité de nourriture qui leur estnécessaire. Onsedemandeen voyant leur force de résistance, quand ils sont si mal nourris, ce qu'ils ne feraient pas si on les mettait à Tavoine d'une façon régulière, tout en leur conservant le genre d'existence qui leur permet de supporter les intempéries des saisons et les durcit à la fatigue. Vivant toujours au milieu de Taoul, ils sont d'une douceur et d'une tranquillité parfaites ; des gamins de six, sept ans, promènent les étalons, et, sur le très grand nombre que nous en avons pu examiner de près, nous n'en avons jamais rencontré un seul de vicieux, ni même de difficile. D'une sûreté de pied incroyable, habitués à chercher et à trouver eux-mêmes leur chemin, soit dans les sentiers escarpés de la montagne, soit au milieu des trous de rats qui remplissent la steppe, il faut les monter la bride sur le cou, et les soutenir uniquement avec les jambes. Dans ces conditions, avec un peu de pratique, on peut, sans se blesser et sans les fatiguer, les faire marcher de 9 à 11 heures par jour.
Ce que nous n'avons vraiment pas pu comprendre et qui nous surprend encore profondément, c'est qu'un peuple aussi cavalier, s'occupant de
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chevaux et en ayant d'aussi bons depuis si longtemps, sache aussi mal s'outiller copime selles et comme brides. La selle se compose d'un corps en bois ayant à peu près les mêmes dimensions qu'une selle de course et de panneaux s'arrêtant à micuisse. C'est à peine si on peut s'y asseoie, et encore déborde-t-on souvent ou en avant ou en arrière. Sur ce corps en bois est placé un coussin fort peu épais ou un simple tapis qui rend le frottement un peu moins dur mais bien plus échauffant, et, pour maintenir l'ensemble sur le dos du cheval, une sangle en vieux cuir avec boucles saillantes passe sur le tapis et est attachée sous le ventre. Les étrivières se fixent à cette sangle, et, comme elles sont généralement fort courtes, on est obligé, pour trotter ou galoper, de monter, comme les habitants du pays, debout sur les étriers et le corps complètement penché en avant. Ce n'est qu'au pas qu'on peut essayer de s'asseoir; mais alors on a l'ennui d'avoir les genoux presque aussi haut placés que les fesses, ce qui est une vraie fatigue pendant les premiers temps. Le pommeau de la selle, terminé par une sorte de boule ou par un montant en bois haut de dix à douze centimètres, est aussi horriblement incommode et dangereux : néanmoins, les Turcmènes s'en servent presque toujours au pas pendant les
longues routes pour mieux se tenir en selle et mieux s'identifier aux mouvements du cheval.
Quant aux brides, elles sont plus mauvaises encore. De vieux morceaux de cuir juxtaposés, devenus tout gris par Tusage, sont réunis sous forme de bridon et supportent un filet à anneaux ; les rênes qui y sont attachées, faites de la même façon, sont toujours tournées trois ou quatre fois dans le même sens et ne peuvent se tenir sur leur plat. Jamais ajustées, les brides se mettent indifféremment à tous les chevaux; vingt fois, j*en ai vu se débrider ou casser leurs rênes; d'autres fois, le filet leur sortait de la bouche, ou, remonté trop haut, leur coupait les lèvres, et jamais ces accidents, qui affoleraient ou rendraient rétifs la plupart de nos chevaux, n'ont produit chez eux la moindre impression. Leur douceur est vraiment extraordinaire, et cependant leurs cavaliers ne se font pas faute de les frapper rudement avec leur petit fouet toutes les fois qu'ils désirent accélérer l'allure ; c'est même, avec les cris qu'ils poussent, la seule manière qu'ils aient de faire comprendre à leur monture qu'ils veulent aller plus ou moins vile, la position trop élevée do leurs genoux no leur permettant pas de se servir de leurs jambes pour agir sur les flancs. Il est vraiment étonnant que, depuisle temps infini où ils s'occupent de chevaux.
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les Turcomaiis n'aient pas trouvé des ustensiles meilleurs et plus commodes que ceux dont ils se servent. Leurs selles sont telles qu'elles étaient il y a mille ans, et, quoique nous n'ayons, mon camarade et moi, jamais été blessés malgré les grandes traites que nous avons faites à cheval, c'est certainement cette manière de monter qui à été pour nous Thabitude la plus difficile à prendre.
Déjà, nous avions pris celles des grandes courses en voiture, et, malgré la distance (60 verstes, aller et retour), quelques jours avant notre départ de la ville, nous faisions atteler trois chevaux de front à une vieille et mauvaise Victoria et nous partions pour aller visiter les ruines du vieux Merw (Stari-Mer\v).Le chemin, sans être joli, est tout ce qu'il y a de plus intéressant. L'oasis manque d'arbres et ce n'est que de loin en loin qu'on aperçoit, près des kibitkas, quelques peupliers ou quelques saules; mais, en revanche, peu d'endroits, dans le Turkestan, sont aussi bien cultivés et irrigués par autant d'ariks. Toutes les cinq, dix minutes, nos trois chevaux grimpent, au grand galop, le talus à pic des ponts en bois recouverts de terre qui sont jetés sur les canaux et nous retiennent avec peine en redescendant le versant opposé. On voit bien que les voitures sont pour ainsi dire inconnues dans le
pays et qu'on n*y circule jamais qu'à cheval, à âne ou à chameau, car ces ponts sont bien ce qu'on peut rêver de plus dangereux à traverser autrement; sans parapets, défoncés pour la plupart, présentant à peine la largeur nécessaire, ils sont quelquefois élevés de quatre, cinq mètres au-dessus del'eau, et il suffirait d'unfauxpas, de l'écart d'un des chevaux, pour tout jeter à bas. Ce serait une position fort critique que de se trouver, surtout de nuit, au fond d'un de ces canaux, avec un ou deux mètres d'eau, ses chevaux et sa voiture, et ce serait bien difficile d'en sortir sain et sauf. Nous faisons cette réflexion principalement à un tournant de route où nous voyons la voiture de notre interprète, qui nous suit, osciller d'une façon inquiétante ; un des chevaux a l pris peur, heureusement en dehors du pont, mais néanmoins assez tôt pour que la roue droite de derrière, jetée en dehors du tablier, ait roulé dans le vide jusqu'à ce qu'elle ait pu, en s'appuyant sur la berge, relever la voiture. Tout cela dure à peine un instant et rien de fâcheux n'en résulte; cependant nous avons été si émus que nous ne pouvons nous empêcher de nous arrêter et de féliciter notre drogman de la chance qu'il vient d'avoir. Si le cheval avait fait son écart une seconde plus tôt, l^ttelage entier tombait d'au moins cinq
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RUINES DE BAlRAMn
J LI (vieux MERv).