UNE RUE A BOKHARA
TCHARDJOUi ET BOKHARA 257
les médressés ou universités qui pullulent dans la ville. Les uns, accroupis autour d'un iman, écoutent les explications qu'il leur donne du Coran et de quelques livres classiques de théologie, pendant que les autres, criant à tue-tête, généralement en balançant le haut du corps, essayent d'en apprendre par cœur les passages les plus importants.
Au bout de trois jours passés dans la ville, nous nous décidons à en partir à regret, mais au plus vite, afin de tâcher d'arriver à temps pour l'inauguration du pont de Tchardjouï. Nous montons en troïka à quatre heures et demie du soir, et, après avoir, grâce à quelques roubles donnés à propos, marché aussi rapidement que possible, nous arrivons à la dernière station avant les sables à deux heures du matin. Nous y montons à cheval et, m algréun froid humide qui nous glace, nous nous mettons en route escortés de nouveau par des Cosaques de l'Oural. Tout le long du chemin, nous croisons des caravanes de quinze, vingt chameaux^ qui se rangent à notre passage, et nous arrivons de la sorte, après cinq heures de marche, aux bords de l'Amou-Daria. Mais ici, un autre ennui nous attend ; tout le monde, officiers et soldats, entrepreneurs et ouvriers, a traversé le fleuve pour assister à la bénédiction des eaux et à l'inaugura-
tion du pont. Ce n'est qu'avec la plus grande diffî culte que nous parvenons à trouver quelques | Persans, employés aux travaux, pour porter nos ' bagages et, faute de bateau, nous sommes obligés J de franchir le fleuve sur le pont, quoique le tablier ne soit pas achevé. Les traverses seules sont placées, mais, entre chacune d'elles, on aperçoit en dessous de soi les eaux limoneuses de TAmou- Daria. A la longue, l'attention continue qu'il nous faut mettre pendant deux kilomètres à poser exac- ! tement chaque pied pour ne pas tomber dans le j fleuve nous fatigue au point qu'il nous est nécessaire de nous arrêter plusieurs fois avant d'atteindre l'autre rive. Nous y arrivons enfin sans encombre, et juste à temps pour nous habiller et assister à la bénédiction des eaux qui précède l'inauguration.