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Lechat, op. laud., XIII

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raient la citadelle primitive d'une enceinte plus étroite et les restes du vieux palais des rois qui couronnait, comme à Mycènes et à Tirynthe, le sommet de TAcropole ; on a retrouvé surtout, entre TEreclitheioii et le Parlhénon, les fondations du temple d'Athéna, bâti dès avant le vi® siècle, et que Pisistrate agrandit et embellit. Grâce à ces débris, grâce aux nombreux fragments d'architecture découvert* parmi les ruines, on peut reconstituer le plan et Taspect «de cet antique monument. Il était d'ordre dorique, et depuis que Pisistrate l'avait entouré d'un porliqiue, il avait six colonnes de face et douze de côté. Il était bâti, non ern .marbre, mais en calcaire grisâtre, à l'exception des métopes, des frontons et du toit ; et, suivant l'usage des temples grecs, il était peint de couleurs éclatantes. Au fronton, Pisistrate avait fait représenter la lutte d'Athéna contre les géants : et tout autour de l'édifice, d'autres sanctuaires couvraient la colline, et des colonnes votives au chapiteau colorié supportaient un peuple de statues. Sans doute, il n'est point aisé, parmi ces ruines du vi° siècle, de retrouver la place exacte de chaque édifice et de chaque monument : les Perses, en saccageant les temples de l'Acropole, en ont dispersé les débris aux quatre coins de la colline; et il n'est pas rare de retrouver, bien loin l'un de l'autre, les fragments du même monument ou les restes de la même statue. Mais on peut du moins reconnaître les dispositions générales des édifices et apprendre à connaître la vieille école de sculpture attique.

C'est une grande époque dans l'histoire de la Grèce que ce milieu du vi' siècle, pendant lequel Pisistrate gouvernait Athènes. Partout les États se constituent, le commerce s'étend, la civilisation se développe, la

poésie s'épanouit, les arts s'éveillent. Nous avons le tort de considérer un peu comme des barbares les vieux maitres de ce temps, à peu près comme nous avons longtemps traité de barbares les peintres primitifs de ritalie. Au vrai, ces sculpteurs anciens méritent qu'on les tienne en plus haute estime. Le fait qu'ils ont laissé un nom et fait école prouve déjà en leur faveur : les œuvres que nous avons retrouvées en si grand nombre ne détruisent pas cette bonne opinion. Parmi les primitives écoles de la Grrèce, nulle n'est aujourd'hui mieux connue que l'école attique, nulle ne mérite mieux de l'être : avant les Calamis et les Myron, les Alcamène et les Phidias, Athènes a produit quelques ^*ands artistes inconnus, dont les œuvres, retrouvées sur l'Acropole, montrent, en une série presque ininterrompue de monuments, les patients efforts et les lents progrès. Sans doute ils n'ont point trouvé toujours un instrument assez habile poitr rendne l'audace de leur pensée et traduire leur ardente pas&ion de la vérité : mais l'histoire de leurs tentatives n'en est pas moins un des plus curieux et des plus instructifs chapitres de l'histoire de l'art hellénique.

La sculpture grecque, comme rarehitectare, tira des ouvrages en bois ses premiers modèles et ses premières leçons. De même que le temple en marbre rappelle encofe, par certains traits, les poutres des constructions primitiiFes, ainsi les premières œuvres que la sculpture ébaucha dans la pierre et le marbre s'inspirèrent des primitives statues taillées dans une planche ou un

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tronc d'arbre. Plus tard encore, alors que depuis longtemps Part était parvenu à sa pleine perfection, on conservait dans bien des temples de grossières idoles, que Ton appelait 5<Jofva, où la figure est comme emmaillotée dans une gaine étroite et rigide, sous laquelle aucune partie du corps n'apparaît; les bras collés au buste sont à peine indiqués par un trait plus profond creusé dans la pierre, les jambes réunies sont enfermées dans un fourreau carré, les yeux fermés sont marqués à peine par une ligne horizontale. Telle était sans doute cette vieille statue d'Athéna Polias pieusement conservée dans l'Erechlheion ; telles sont encore à quelques égards ces antiques sculptures trouvées à Délos, à Eleusis et tout récemment sur l'Acropole. Non qu'il faille pourtant voir dans ces monuments des œuvres d'un art tout à fait primitif : dans le Joavov d'Athènes en particulier, la facture de certaines parties prouve une technique déjà fort avancée, et l'aspect du visage atteste une très libre imitation du vieux modèle consacré.. Mais ces œuvres n'en sont pas moins fort curieuses : elles montrent les origines lointaines et le point de départ même de la sculpture hellénique.

Les Grecs ont symbolisé par une belle légende les premières transformations de cet art primitif. Parmi les œuvres archaïques, ils en attribuaient un grand nombre à un merveilleux sculpteur nommé Dédale, qui le premier, dit-on, fit marcher, voir et vivre les slalues. Il éveilla de leur long sommeil les grossières idoles de pierre, il ouvrit leurs yeux, délia leurs jambes et leurs bras, il les arracha à cette immobilité à laquelle les avait condamnées l'inexpérience primitive. C'est aussi le sens de la belle histoire de Pygmalion et de Galatée : à la statue endormie, le sculpteur

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donne le mouvement et la vie ; de l'idole insensible et grossière, il tait une figure animée.

De bonne heure, grâce aux patients efforts des vieux maîtres anonymes, un type artistique se constitua, que chaque génération désormais s'appliquera à perfectionner. Dans son ardent désir du mieux, chaque âge introduira quelque changement dans ce type; mais en même temps chaque maître, esclave docile et respectueux des traditions antiques, bornera son ambition à quelque modification légère. « Ainsi soiitenu par les enseignements que lui transmet Teffort accumulé de ses prédécesseurs, l'artiste ne risque point de s'égarer sur sa route : tout ce qu'il a d'invention, d'audace et d'originalité, il l'emploie à perfectionner un détail de l'œuvre plusieurs fois séculaire. Grâce à cette sage méthode, nul effort ne demeure inutile et le terrain conquis ne se reperd jamais; le progrès, quoiqu'il ne marche point par brusques et impétueux élans, est rapide parce qu'il est continu *. » Jamais on ne trouve dans cet art des interruptions soudaines, des retours en arrière dus au caprice de la fantaisie individuelle : et cent ans à peine suffisent à conduire par une route lenle et sûre l'école attique de ses humbles débuts à son expression la plus parfaite.

Nulle part mieux que sur l'Acropole, on ne retrouve les éléments caractéristiques de ce type, nulle part on ne saisit mieux l'histoire de ses obscures transformations. Passez en revue toutes les figures découvertes dans ces fouilles : les unes sont debout, immobiles, les jambes non pliées, la pose hiératique et grave ; les autres sont assises, comme l'Athéna d'Endoios, dans celte attitude maladroite et raide où se sent l'imitation des antiques statues en bois : mais, dans les unes comme

1. Perrol, les Statues f*e Diane à Délos (Journal aes savants, 1887, p. 230-231).

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dans les autres, le principal souci de Tartiste et sa préoccupation essentielle est l'arrangement des draperies qui habillent la statue. La sculpture archaïque est trop inexpérimentée encore pour représenter le modèle nu ; elle ignore l'anatomie du corps ou du moins elle ne s'en soucie guère ; elle aime mieux envelopper la personne humaine d'étoffes qu'elle drapera avec un soin minutieux, en plis lourds et cassants d'une symétrie voulue, qui parfois est bien monotone encore. La chevelure est traitée avec le même soin que l'ajustement, avec un curieux mélange de recherche et de maladresse. Bref, tout le détail extérieur du costume et de la parure est rendu avec une conscience extrême : c'est qu'en effet, le visage, avec ses plans multiples et ses lignes compliquées, offrait à la main de l'artiste de prodigieuses difficultés; c'est là, où son ciseau se sent moins à l'aise, où son inexpérience se trahit plus gauchement, que les éléments caractéristiques du type archaïque se reconnaissent le plus clairement, que se marquent le mieux aussi les progrès croissants de l'école. L'œil, presque rond au début, bientôt s^allonge en forme d'amande et se relève vers les tempes, bridé comme un œil d'extrême Orient, médiocrement ouvert encore et comme clignotant à la lumière du jour; en môme temps que le globe de l'œil, très saillant au début, s'aplatit à mesure que l'art se sent plus maître de ses procédés. La bouche, qui généralement a les lèvres charnues et fortes, grimace un sourire gauche et pincé qui est caractéristique, et dont la disparition progressive correspond au développement de l'art. Le front est fortement dessiné, le nez a les ailes largement développées ; mais ce qui est particulièrement frappant, c'est la forme de la tête très ronde et le modelé des

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chairs, grasses et pieines, parfoi» même bouffies et molles. Généralement dans ces visages Tex pression manque presque entièrement, le regard est fixe et sans flamme, la tête sans physionomie. En vain l'artiste, qui sent cette insuffisance, essaye d*y suppléer; en vain il s'efforce d'animer le visage par le sourire des lèvres et de lui donner un semblant d'expression; il lui faut recourir à d'autres moyens qui sont caractéristiques de l'art archaïque. De même que l'architecte rehaussa par Téciat des couleurs les formes et les ornements de* ses temples, il lui faut appeler la peinture au secours de la sculpture, à peu près comme ces maîtres italiens du XV* siècle qui relèvent par des applications de stuc colorié les teintes plates de leurs fresques. Pour rendre ses figures plus vivantes, le mattre archaïque les enlumine : il peint les yeux, les cheveux, les chairs, il souligne d'un trait de couleur les plis des draperies; bien plus, il appelle à son aide le métal, et par des ornements de bronze ou d*or, par d'ingénieuses combinaisons, il rehausse l'éclat du visage et avive la lumière du regard. En un mot, de même que dans le modelé du corps, il supplée par la parure à Tanatomie qu'il ignore, il essaye de corriger par une vie apparente l'incapacité où il est de rendre l'expression.

Il est particulièrement intéressant de saisir sur le vif, en regardant les monuments, l'histoire des transformations successives de ce type primitif. A cet égard, nulle série n'est plus instructive que celle des figures de jeunes femmes trouvées sur l'Acropole. Depuis la rudesse grossière de l'idole primitive jusqu'à l'élégance presque achevée des dernières œuvres archaïques, elles montrent en une suite ininterrompue les progrès de la sculpture attique; et leur étude est d'autant plus

curieuse qu*entre ces figures apparentées de si près Tune à Tautre, on saisit aisément les insensibles et successives modifications d*un même type. Entre le plus ancien modèle, le (oavov vêtu de sa longue tunique étroite et collante, qui tombe presque sans un pli, enveloppant le corps d'une gaine rigide, entre ce grossier point de départ et les élégantes figures qui sont comme le dernier terme de cette évolution, il y a une longue série de transitions et d'ébauches, d'oeuvres de moins en moins barbares, dont chacune marque un progrès. Sans doute les éléments essentiels changent peu, l'attitude est la même, le costume pareil ; mais dans l'arrangement plus ou moins heureux de ces éléments presque invariables, que de différences et de progrès, quels efforts de l'une à l'autre pour donner à la figure plus de vie et d'expression! Les formes, d'abord lourdes et massives, prennent de l'élégance et de la souplesse ; la pose, raide et gauche au début, acquiert de la grâce tout en conservant encore Timmobilité hiératique et traditionnelle; les étoffes s'assouplissent, les vêtements se drapent en plis plus harmonieux. Au lieu de la cuirasse ou du corset rigide qui enserre le buste du Çoavov primitif, au lieu de la chemisette soigneusement empesée des premières œuvres archaïques, au lieu des draperies épaisses et pesantes d'une monotone et fastidieuse symétrie, la recherche constante du mieux invente des combinaisons nouvelles. La différence des étoffes, plus légères et plus souples, se fait maintenant sentir; un grand manteau, dont le buste s'enveloppe, étoffe et équilibre la ligure. Mais c'est dans le visage surtout que le progrès apparaît : la chevelure, qui d'abord pèse lourdement sur la tête, et, malgré une étonnante variété de combinaisons, garde toujours quelque chose de maniéré

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et d'arlificiel, s*allège et se dispose en ondulations naturelles et plus simplement élégantes ; le visage, tout rond et boursouflé au début, sans traits saillants, sans anatomie précise, prend peu à peu un modelé plus vrai. Un peu rude encore et comme heurté, dans les premières œuvres de ce type, il acquiert bientôt plus de souplesse et de vie : les plans, grossièrement indiques tout d'abord et qui font ressortir fortement la charpente osseuse, se combinent plus heureusement; les pommettes très saillantes, et sous lesquelles se creuse daub la joue un sillon profond, se dessinent moins vigoureusement; Tœil grand et fixe s'allonge, le nez se fait plus élégant et plus mince, la bouche quitte peu à peu ce sourire, plus niais encore que mystérieux, pour prendre une expression moins conventionnelle. Il faut voir dans les monuments mêmes la série de ces transformations : tout au moins doit-on en montrer ici l'évolution dernière et le point d'arrivée dans deux ou trois belles figures presque entièrement dégagées de la tradition archaïque. On les trouvera dans deux curieuses planches (pi. 13 et 14) de la publication, malheureusement interrompue, des Musées d'Athènes : l'une surtout est tout à fait remarquable. Sans doute, dans cette tète exquise, on retrouve encore le type primitif, mais combien transformé I L'œil à fleur de tête n'a plus la forte saillie d'autrefois; le front n'est plus bombé comme jadis; la tête, légèrement allongée, est d'un modelé élégant et fin; le profil est d'une grâce charmante. La bouche, à l'expression sereine et un peu grave, s'anime de ce sourire auguste et discret que Calamis, dit-on, mettait aux lèvres de ses marbres. Le buste est d'une élégance achevée,, le costume d'une simplicité parfaite. Sans doute, dans cette tête un peu froide encore, le

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maître n'a pas su oublier toutes les traditions de l'école; mais sa personnalité fait effort pour se dégager des enseignements conventionnels, et sous sa main Tart archaïque est bien près de toucher à la perfection. Le même effort artistique, le même mélange de conventions anciennes et de tendances nouvelles se marque dans ces statues qui représentent des Victoires ailées : leur attitude est archaïque, toute semblable à celle de la vieille statue d'Archermos découverte à Délos; mais on y sent déjà une connaissance bien plus approfondie du modèle humain ; un mouvement plus impétueux soulève les draperies, les cheveux dénoués flottent plus librement sur les épaules. Au même groupe de sculptures se rattache Télégant bas-relief de l'Acropole qui représente une femme montant sur un char. Déjà on y trouve ces formes allongées et fines, qui font involontairement penser aux sculptures florentines, déjà on y remarque cette légèreté, cette délicatesse dans le travail des draperies et ce mélange de grâce et de force qui sera le caractère distinctif de Tart attique.

La série des figures masculines, moins nombreuses et plus rares sur TAcropole d'Athènes, n'est pas moins inslruclive, ni moins curieuse à étudier. On connaît déjà le Moschophore, aux lignes un peu rudes encore et brutales, mais dont le modelé est si ferme, la charpente si solide, l'attitude si hardiment trouvée. C'est un des marbres les plus anciens de l'Acropole d'Athènes, et l'inscription gravée sur sa base récemment découverte permet de le faire remonter jusqu'à la première moitié du vi® siècle. Il en faut rapprocher plusieurs œuvres de même facture et en particulier une curieuse tête d'athlète, d'un aspect singulier, dont la chevelure, disposée avec une minutieuse élégance, est un véri-

table chef-d'œuvre de Tart du coiffeur. La structure des deux têtes est 1& même : ce sont les mêmes plans fortement accusés, les mêmes pommettes saillantes, les mêm€S oreilles grandes et collées au crâne, le même aspect original et personnel, où Ton sent le portrait, la même liberté d'arrangement aussi, et avec un peu plus d'habileté dans la seconde de ces figures, le même goût pour les lignes d'une précision un peu sèche, pour les surfaces unies et les plans netteoLent coupés. Et à côté de ces œuvres de force, auxquelles on peut joindre encore le beau bas-relief peint, connu sous le nom du soldat de Marathon^ on rencontre toute une série de. sculptures, où éclatent de rares qualités d'élégance et une étonnante délicatesse de modelé. C'est la stèle du Discophore, avec ses traits lins, allongés, sa chevelure nattée et réunie par une sorte de lien, ses yeux obli*ques et son aspect étrange qui n'est point sans attraiL Ce sont surtout ces têtes précieuses de jeunes gens, trouvées tout récemiment sur l'Acropole, et dont le visage imberbe a quelque chose du charme pénétrant des œuvres florentines. Fort proches parentes des plus récents exemplaires du type féminin, elles n'ont, elles aussi, gardé de l'archaïsme que ce qu'il faut pour leur donner une saveur particulière : mais l'art en est déjà très libre, Texécution soignée et fine, presque poussée jusqu'au raffinement. L'une surtout est remarquable ^ avec « son menton un peu fort, ses lèvres serrées, son nez miace, ses oreilles petites et élégantes, ses yeux rempli'S jadis d'une matière vitreuse ou d'un globe de métal, sa chevelure qui retombe en boucles par-dessus un cercle de bronze et qui seule garde encore un peu d'archaïsme ^ » Avec ces sculptures comme avec les dernières figures de femmes, nous touchoas presque à

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