Lechat, op . laud., XII
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l'époque de la perrcclion, et Ton peut, sans invraisemblance, les attribuer aux premières années du Y® siècle. Il ne serait pas moins curieux, parmi les œuvres de ce vieil art attique, de suivre les transformations du type d'Athùna, depuis la statue assise d'Endoios, àTaltitude raide et hiératique, jusqu'à ces figurines de bronze, dont quelques-unes sont déjà si vivantes. Dans l'antique ouvrage du maître primitif, les bras sont eacore collés au corps, Tavant-bras à peine détaché; un long vêtement aux plis minutieusement disposés enveloppe le corps, l'égide couvre lourdement la poitrine; il n'y a là ni grâce ni attrait et l'œuvre ne vaut guère que parce qu'elle est le point de départ d'une série. Il faut placer ensuite l'Athéna qui décorait le fronton du temple de Pisistrate. Elle aussi garde encore tous les caractères de l'art archaïque, les yeux très grands et très saillants, le traditionnel sourire, la chevelure symétriquement disposée sous le casque. Mais le modelé est déjà bien meilleur, les joues sont pleines, sans bouffissure, le visage n'est point sans grâce et s'anime d'une remarquable expression de vie, l'attitude est d'un mouvement puissant. C'est une œuvre d'une technique déjà avancée, qui n'a point sans doute ces délicatesses de travail, inutiles d'ailleurs aux sculptures d'un fronton : elle est traitée plus largement, avec force et avec élégance, et si elle n'a point la savante anatomie des maîtres d'Ëgine, elle n'a point non plus la sécheresse de formes qui caractérise cette école. Avec les statuettes de bronze, on fait un pas de plus. Parmi ces figurines plusieurs sont remarquables : l'une, jadis couverte de dorures, a le mouvement un peu lourd encore, mais du moins elle s'est arrachée à l'immobilité sécuiaire, elle marche, et les draperies qui l'enveloppent
sont d*un Iravaii excellent. D'autres rcpréscntcnl Athéna Promachos, l'égide sur la poitrine, sur la tête le casque surmonté d'un haut cimier, un bras levé pour brandir la lance, l'autre tendu en avant pour opposer le bouclier. La plupart d'entre elles datent du vi* siècle, comme l'attestent les inscriptions qui les accompagnent : pourtant les plus récentes de la série sont singulièrement vivantes, l'une surtout dont la tête ressemble à l'Athéna du fronton d'Égine. Certes, ce n'est point là la forme divine que le ciseau de Phidias donnera quelques années plus tard à la déesse ; et il y aurait peu de justice à vouloir écraser sous ce grand souvenir les origines de l'art attique. On doit à ces précurseurs plus d'équité et aussi plus d'estime : grâce à eux, durant tout le cours du vi° siècle et dans les premières années du v*, Athènes a produit des œuvres de marbre et de bronze, qui toutes attestent un ardent désir du mieux et dont olusieurs sont remarquables.
Il n'est point aisé toutefois, parmi ce peuple de statues retrouvées sur l'Acropole, de faire à l'école attique sa part, et de déterminer, parmi tant de marbres, ceux qui sont sortis de la main même des artistes athéniens. Dans les fouilles, en effet, on a plus d'une fois découvert, au milieu des statues, les bases antiques qui les portaient, les sveltes colonnes et les minces piliers qui élevaient la flgure sans l'alourdir, qui l'isolaient en quelque sorte et la faisaient plus élancée; 3t plus d'une fois au sommet de ces bases, qui s'épanouissent en un chapiteau peint de couleurs éclatantes,
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on a lu le nom de celui qui a dédié l'œuvre et de celui qui Ta sculptée. On voit par ces inscriptions le grand nombre et la variété des maîtres qui ont travaillé h Fombre du sanctuaire d'Athéna. Tous les grands sculpteurs du vi* siècle étaient représentés par quelque ouvrage sur TAcropole : Théodore de Samos, qui fut un des premiers à travailler le bronze, Archermos de Chios, dont les fouilles de Délos nous ont révélé une œuvre authentique, Alxénor de Naxos, qui a sculpté la stèle d'Orchomène, Aristion de Paros et Aristoclès de Crète, et les grands maîtres de Técole d'Égine, Gallon et Ouatas, et d'autres étrangers en«ore, tels que Gorgias le Laconien, et Endoibs lui-même, dont une récente inscription a prouvé Torigine ionienne. Il n'est point facile, aujourd'hui que ces signatures d'artistes ont été violemment séparées des œuvres qu'elles accompagnaient, de distinguer, parmi ces marbres anonymes, ceux qu'a scul'pfcés la main de ces maîtres exotiques, de ceux qui appartiennent à la pure tradition attique des Kallonidès et des Anténor, des Euthyclès et des Philon, des Evenor et des Critios. Gertes, parmi les œuvres mêmes, quelques-unes trahissent évidemment une origine étrangère : telles sont ces deux statues de femme, au type- si différent des autres figures de la série, à l'apparence morne et inanimée, et qui offrent avec l'Héra de Samos qui est au Louvre une si frappante ressemblance; dans ces marbres, où Fabsence de polychromie semble dénoncer une imitation de la technique du bronze, on peut reconnaître sans doute des œuvres de l'école samienae, qui la première connut et pratiqua l'art d'assouplir le métal. D'autres sculptures de l'Acropole offrent d'étranges analogies avec les ouvrages de l'école d'Égine ou avec
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les marbres qui décoren4 les frontans d'Olympie ; et l'on ne peut douter, en présence de tant de témoignages, que Técole attique n*ait subi de complexes et diverses influences. Mais à quels maîtres a-t-eile demandé les enseignements 1er. plus féconds et les leçons les plus efiîcaces? Vers quel temps s'esl-elle mise à leur école? et quelles œuvres, parmi les statues d^ l'Acropole, ont su demeurer affranchies de cette influence étrangère? Ce sont là de délicates questions, sur lesquelles em dispute encore^ et où le patriotisme hellénique, jaloux de ne rien devoir à autrui, £ait tort parfois à la science; Gê sont des questions qu'il faut po&ev pourtant, tout en se résignant à n'en donner encore que les solutions les plus générales.
Si Ton examine les monuments de l'Acropole, on y distingue aisément deux groupes de statues. Les unes, et en particulier les figures- d-e jeuaies femmes, offrent de frappantes ressemblances ayec les œuvres de l'art ionien. Dans les deux écoles, les principes artistiques sont les mêmes. Le corps y forme une masse sans anatomie précise, sans muâculature apparente; les forme» sont rondes et pleines,, volontiers dissimulées par la molle ampleur de riches draperies. Le modelé de la tête est gras;, les chairs, traitées avec un soin amoureux, cachent l'ossature; le bas du visage est mollement arrondi,, les lèvres charnues- et fortes. Le travail soigné et savant du marbre ne néglige aucun détail ; le ciseau se complaît en d'infinies recherches d'élégance et de raffinement; il s'amuse aux complications de la chevelure, aux richesses de l'ornementation,, aux coquettes combinaisons de l'ajustement. En face de ces figures, un autre groupe de statues s'inspire de règles différentes. Sous les étoffes moins lar-
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gemeiit drapées, on sent vivre et palpiter un corps humain; au lieu de celte profusion d'ornements, de ce luxe de parure, les vêtements plus simples et plus collants laissent transparaître les formes, et ces formes sont étudiées d'un œil plus attentif et dessinées d*uae main plus sûre. Dans les létes, plus solidement construites, la chair tient moins de place; les traits s'accentuent davantage; les pommettes sont plus saillantes, le nez plus long et plus mince, le menton plus proéminent, les lèvres plus serrées et moins fortes. 11 y a moins de grâce et d'élégance que dans l'autre groupe, mais plus de vigueur et de force, un travail moins minutieux et moins savant du marbre, mais un ciseau plus puissant et non moins exercé. Que Ton compare le Moschophore par exemple à l'une des statues féminines de l'Acropole, et l'on saisira d'un coup d'oeil toute la différence des deux séries de monuments. Ce n'est point la technique seulement qui est autre, les principes mêmes diffèrent absolument. L'une de ces figures vient de l'Asie, et elle est venue d'Ionie en Attique par l'intermédiaire des maîtres insulaires de l'école de Chios; l'autre, plus ancienne, se rattache aux origines mêmes de l'art attique.
C'est dans les frontons en tuf calcaire, c'est dans les statues, telles que le Moschophore, taillées dans un bloc de marbre de l'Hymette, qu'il faut chercher les premiers efforts des maîtres athéniens. Dans ces œuvres, dont les plus achevées datent assurément de la première moitié du vi** siècle, on sent déjà la main d'artistes exercés par une longue pratique : sans doute, dans les œuvres les plus anciennes, dans certains des frontons de pierre calcaire, les formes sont grossières et maladroites, les attitudes disgracieuses et gauches;
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sans doute, pour masquer ces faiblesses du ciseau, ces insuffisances du modelé, pour dissimuler aussi les lares de la matière employée, de ce tuf grisâtre piqué de points noirs, l'artiste use jusqu'à l'excès des ressources de l'enluminure; mais dans les grands frontons, on sent déjà une main habile et un ciseau puissant. Puis, quand le marbre a remplacé le calcaire, quoique la technique demeure la même, et que les procédés jadis employés pour travailler la pierre se retrouvent dans la façon de traiter les premiers marbres, des œuvres vigoureuses et fortes naissent sous la main des maîtres indigènes de la primitive Athènes.
Mais bientôt le marbre de Paros remplace la matière extraite des carrières de l'Attique, et avec lui une inûuence étrangère pénètre l'école nationale. Les artistes de l'ionie transmettent à la Grèce, à travers les îles de l'Archipel, leurs enseignements artistiques : aux figures un peu massives et rudes des sculpteurs indigènes, ils opposent la grâce, l'élégance, la minutieuse et fine exécution de leurs statues, le charme pénétrant de leurs images de jeunes femmes, à la riche parure et au coquet ajustement ; et les maîtres de Chios, après avoir pris pied à Délos, envahissent bientôt jusqu'à l'Attique. C'est à eux que Pisistrate demande de décorer le temple qu'il consacre en l'honneur d'Athéna, c'est à leurs leçons que se forment, à partir du milieu du vi® siècle, les sculpteurs de l'école attique, c'est leur main ou leur influence qui fait naître ces statues de jeunes femmes trouvées sur l'Acropole, et ces figures de Victoires ailées qui s'inspirent si évidemment d'une œuvre authentique d'Archermos de Chios. On peut, dans les planches des Musées d^ Athènes (pi. 2, 3, 4, 5), prendre quelque idée de ces sculptures, où
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Técole de Ghios se révèle par quelques œuvres accomplies.
Sous cette influence étrangère, Técole attique ne devait point pourtant perdre sa personnalité. A côté de ce qu'elle doit à Timitation, il faut de bonne heure faire place à des qualités originales, à un ardent désir de progrès, à une remarquable fécondité d'invention, à un soia attentif d'observer la nature. Ce n*est point ici, comme en Egypte ou en Assyrie, un art timide et modeste, où les traditions et la technique de l'école laissent peu de place à l'initiative individuelle. Cet art attique est déjà un art ambitieux et chercheur; et dès le vi^ siècle, il trouve des manières différentes de comprendre la nature et de manier l'outil. Tantôt il unit à un sentiment profond de la délicatesse et de la grâce d'étonnantes finesses de modelé ; tantôt à une exécution nerveuse et incisive, il joint une hardiesse de pose, une solidité de charpente, une sobriété et une précision admirables. On sent en lui l'influence de deux courants, mais modifiée, transformée avec une liberté parfaite, de manière à réunir presque dès l'origine le germe des qualités diverses qu'aura l'école attique : la grâce et la délicatesse des Galamis, des Alcamène et des Praxitèle, le mouvement et la vigueur des Critios, des Nésiotès et des Myron.
Jadis quelques rares fragments nous laissaient entrevoir h peine le mérite de ces vieux maîtres; aujourd'hui ils se révèlent à nous par des œuvres nombreuses et dont quelques-unes sont signées. Parmi les bases antiques retrouvées sur l'Acropole, on a pu en rapprocher plusieurs des statues qu'elles supportaient autrefois; et si certaines de ces attributions demeurent hypothétiques, comme celle qui fait honneur au Samien Théo-
dore d*uûe belle tête de bronze à la chevelure frisée, du moins Tune de ces restitutions est certaine et de la plus haute importance. Sur l'un des piédestaux découverts, on lit le nom d'Anténor, le maître fameux qui sculpta le groupe d'Harmodius et d'Aristogi ton, emporté par Xerxès à Suse, et dont le musée de Naples possède une copie. C'est l'un des sculpteurs les plus célèbres de la un du vi® siècle. Or, parmi les figures de femmes, il a été possible de retrouver avec certitude celle qui jadis était placée sur ce piédestal; et aujourd'hui la statue d'Anténor se dresse dans la salle principale du musée de l'Acropole « telle qu'autrefois elle se présentait aux Athéniens, les pieds rapprochés, les jambes serrées sur sa base étroite,, le haut du corps large et se développant à Taise, les plis du manteau coquettement ramenés à gauche, ceux de Thimation tombant avec ampleur, gracieuse malgré la raideur de l'attitude, vivante quoique immobile, à la fois maniérée et majestueuse *. » Il est inutile d'insister sur l'importance de cette découverte, qui met sous nos yeux l'œuvre authentique de l'un des grands maîtres de l'école attique *. Pourtant, parmi les touristes qui montent à l'Acropole, plus d'un méconnaîtra peut-être le charme puissant de ces vieux marbres. Plus d'un dira, en s'en allant, ce que jadis Fauvel disait des marbres d'Égine : « Ni grâce,, ni correction : c'est de l'hyperantique qui n'a que cela pour mérite. » Prenons-y garde cependant dans cet hyperantique se trouvent en germe tous les principes vivants de la perfection. Que l'on attende quelques années seulement : et les femmes que ces