‹ Excursions archéologiques en GrèceChapitre 19 sur 53 · HomoHe, les Fouilles de Délos, {Mon. grecs, 1818, p · texte numérisé non relu

HomoHe, les Fouilles de Délos, {Mon. grecs, 1818, p

depuis lors en 1895 et en 1888. Dans rintervalle, d*autres membres de TÉcole d'Athènes, tout en explorant .Avec succès d'autres cantons de Tîle, ont continué et complété les recherches de M. Homolle; et quoique Délos commence à s'épuiser, cependant on y fait encore chaque année d'importantes ou curieuses découvertes. Délos est ainsi devenue comme le bien patrimonial de rÊcole d'Athènes, qui pendant dix ans, avec ses seules et modestes ressources, a arraché à l'île sainte d'Apollon la plupart de ses secrets.

Aujourd'hui, grâce à ces fouilles mémorables, on peut aisément parcourir la ville sainte de Délos, reconnaître le plan et relever la façade de ses temples, visiter le quartier marchand, les quais et le port. On peut, grâce aux iascriptions, — on en a découvert plus de i 500, — se faire une idée de l'histoire jusque-là mconnue de Délos, et cette histoire n'est point uniquement la sèche et monotone chronique d'un sanctuaire célèbre ; pendant plusieurs siècles, Délos a été l'un des centres du mouvement religieux et commercial de l'antiquité, et ses annales sont singulièrement instructives pour l'histoire économique du monde ancien. Grâce aux inscriptions aussi, on peut apprendre à connaître l'administration d'un temple antique et la manière dont était gérée et mise en valeur la fortune du dieu ; enfin, grâce aux statues découvertes, on trouve sur l'histoire de l'art antique des informations intéressantes et nouvelles. Sans doute on a recueilli dans les fouilles bien peu d'objets d'or et d'argent, et pas un monument de ce brome délien si fameux dauas le monde grec et romain : tout ce que le temple contenait de précieux a disparu dans le pillage; et en dépit des légendes merveilleuses qui courent dans les îles de l'Archip^'

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sur la richesse de Délos, nul trésor ne s'y est rencontré : l'histoire a fait dans ces fouilles plus de butin encore que l'archéologie proprement dite.

Deux choses essentielles, comme le dit M. Homolle, composent un temple antique : un édifice et une enceinte sacrée. Le premier est l'habitation, la maison même du dieu ; l'autre comprend le vaste ensemble du territoire consacré à la divinité, c'est-à-dire le sanctuaire avec ses dépendances, et tout l'espace qui l'environne. Une muraille entoure cette terre sanctifiée, ou bien des bornes la séparent du pays laissé aux profanes, de manière h former comme une ville sainte, qui s'appelle le péHbole du temple ou encore le temenos. C'est cette enceinte sacrée qu'il faut parcourir tout d'abord, pour en déterminer les limites et en décrire les monuments.

Supposons que, comme le voyageur antique, nous entrions dans le port de Délos aux jours lointains de sa prospérité. En face de nous s'étend un grand mur qui domine la mer, une sorte de terrasse ménagée en avant du temple et qui du côté de l'ouest limite le temenos. Sur la droite, perpendiculaire au port et au rivage, un mur de granit presque entièrement détruit aujourd'hui s'en va dans la direction de l'est ; derrière le sanctuaire s'élève un autre mur tout semblable, bâti en pierres d'un bel appareil, et parfaitement conservé; à gauche enfin, c'est-à-dire sur le côté septentrional du péribole, s'étendaient une série de portiques dont le mur de fond servait à limiter le temenos. Telle est l'eneeiote de la ville sacrée. Au nord et au sud du péribole.

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tout le long du rivage, était bâti le quartier marchand, avec ses magasins, ses docks, les bureaux de ses grandes compagnies commerciales; et plus haut que le sanctuaire, au flanc de la montagne, s'élevaient jusqu'au sommet du Cynthe une succession d'édifices, d'habitations, de temples, dont les blanches murailles dépassaient les grands arbres du bois sacré.

Tel était à l'arrivée l'aspect général de Délos. On débarquait, à ce qu'il semble, vers la gauche, à la limite même dés deux villes, sur une grande place rectangulaire richement décorée ; des statues, des exèdres, un portique en faisaient l'ornement. Fermée à l'est par les constructions sacrées, elle s'ouvrait largement à gauche dans la direction du quartier marchand. Trois rues en partaient : l'une au nord vers l'agora, l'autre à l'est, qui le long des murs du temple conduisait aux portes septentrionales du sanctuaire, grand portique monumental ouvert sur la ville marchande; une troisième voie enfin s'en allait vers le sud, et menait à une entrée secondaire du péribole, ouverte en arrière de la terrasse, tout auprès de Tédifice appelé la maison de tuf (Porinos Oikos), à cause des matériaux dont il était construit.

Sur toutes les faces de Tenceinte des portes étaient ménagées, dont les unes menaient aux parties supérieures de la plaine, les autres au quartier des marchands : mais l'entrée principale s'ouvrait sur le côté méridional du temenos, à droite du port et des quais où débarquaient les pèlerins. Là s'élevaient des Propylées d'ordre dorique, cadeau des Athéniens à Apollon : chacun des grands États de l'antiquité avait ainsi apporté au dieu quelque offrande architecturale, chacun avait eu à cœur de laisser dans l'enceinte sacrée

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quelque monument éclatant de sa piété. De cette construction partait la route qui menait au temple, et dont le tracé est nettement marqué encore parles bases des nombreuses statues qui bordaient cette voie sacrée. Sur toute la vaste esplanade qui s*étendait en avant du temple, dans la partie la plus fréquentée du temcnos, on avait disposé en effet les œuvres d'art les plus éminentes, les offrandes les plus somptueuses consacrées à Apollon, et les actes publics les plus considérables, les plus célèbres, ceux que Ton désirait porter à la connaissance de la Grèce entière. Là se dressait, entre bien d'autres, le fameux colosse des Naxiens; et parmi tous ces monuments, un large passage demeuré libre formait le chemin destiné aux processions sacrées. Dans leur pompeux appareil, les cortèges de fête s'avançaient lentement h travers l'esplanade; ils passaient derrière le temple, dont la façade principale était suivant l'usage antique tournée vers l'Orient, et le long des deux édifices parallèles au sanctuaire d'Apollon. Là débouchait aussi la voie sacrée qui venait des portes septentrionales; et les deux routes confondues contournaient ensemble une série d'édifices disposés en demi-cercle, sans doute des trésors renfermant les offrandes des fidèles et qui dressaient leurs façades au bord du chemin ; enfin on arrivait sur la place qui précédait le temple même.

Cet édifice, tel que nous l'ont rendu les fouilles de Délos, n'est plus pourtant le primitif sanctuaire d'Apollon : c'est un monument des premières années du IV* siècle, élevé par la libéralité d'Athènes à la place d'une construction plus ancienne. Bâti tout entier en marbre de Paros, assez semblable par son plan et ses dimensions au Theseion d'Athènes, il était fort petit,

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et, malgré la beauté de ses formes, il étonne un peu par la médiocrité de ses proportions. C'est que dans Tantiquité le temple est fait exclusivement pour le dieu : c'est sa maison, où seuls les prêtres et quelques magistrats ont accès; ce n'est point le lieu où les fidèles viennent lui porter leurs prières et leurs hommages. C'est en dehors du temple, sur l'autel élevé devant le sanctuaire, que se font les sacrifices, c'est là que la foule s'assemble pour adorer la divinité. Mais, dans sa petitesse voulue, l'édifice est d'une élégance exquise, et les fragments d'architecture qui nous en sont parvenus permettent de restituer avec une entière exactitude l'aspect du sanctuaire disparu. On peut relever ses colonnes doriques, qui, par une bizarrerie préméditée et une recherche d'originalité curieuse, n'étaient point cannelées ; on peut replacer au fronton les sculptures qui le décoraient, et prendre une exacte idée de ce qu'était ce temple, un des plus célèbres de la Grèce antique.

Il ne saurait être question de décrire ici tous les édifices qui se pressaient dans l'enceinte sacrée. Mais il faut nommer tout au moins; parmi les principaux, deux temples plus petits et de date plus récente, qui s'élevaient à côté du sanctuaire d'Apollon. L'un était sans doute consacré à Latone, l'autre à Aphrodite. Puis c'étaient des trésors, des salles de festin, et sur tout le pourtour du temenos, particulièrement le long du mur du nord, de grands portiques où les prêtres logeaient les pèlerins accourus à Délos. C'étaient comme de grandes hôtelleries que le dieu mettait gratuitement à la disposition de ses adorateurs. Ainsi de nos jours encore, aux grandes fêtes de la Panégyrie de Tinos, ainsi, dans tout l'Orient, autour des mosquées olto-

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mânes, des logements ménagés au pied du sanctuaire reçoirent la foule des fldèles et rappellent les hospitalières traditions du vieux sanctuaire hellénique. Parmi ces portiques de Délos, un surtout était remarquable : c'était l'édifice élevé- par le roi de Syrie Anttochus Épiphane, et qui devait 2l ses triglyphes ornés de têtes de taureaux le nom de Portique des Cornes.

En face du temple d'ÂpoUon s'élevait un curieux monument, l'un des plus célèbres de Délos. C'était un temple soutenu par des piliers qui portaient en guise de chapiteaux une paire de taureaux agenouillés. En avant de cet édifice, qui formait une sorte d'étroit couloir long de 100 mètres, était sans doute placé l'autel des Cornes, l'une des merveilles les plus vénérées de rtle sainte. C'est là que se dansait, en souvenir de Tliésée, cette ronde fameuse du geranos, dont les replis symbolisaient le labyrinthe de Crète; et sans doute c^est dans l'étroite et longue galerie du temple que se développait aux jours de fête cette chorégraphie sacrée.

A côté d'Apollon, Artémis, sa sœur, avait aussi des autels à Délos. Dans un temenos particulier, situé au Bord-ouesft de l'enceinte, et bordé de deux portiques ioniques, deux temples étaient consacrés à la déesse. L*un, le plus ancien, est désigné dans les inventaires sous le nom de Temple de^sept statues; l'autre s'appelait VArtémision neuf. Enfin, d'autres dieux encore étaient associés à Apoiion. A l'angle sud-est da péribole, Zeus Polieus avait un autel; plus loin, c'était le temenos de IMonysos et, dans une autre partie de l'enceinte, le sanctuaire d'Asclépios. On citait encore, parmi les monuments déliens, le tombeau des Vierges hyperboréennes et, auprès du temple, l'habitation des prêtres ou neocorion.

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Telle était la ville sainte de Délos. Si Ton sortait de celle enceinte, des deux côtés on se trouvait dans le quartier marchand, et là aussi les fouilles entreprises ont donné des résultats considérables. Sans entrer ici dans Tétude approfondie du développement commercial de Délos, qui n'est qu*un chapitre de l'histoire mémo de Tlle, il faut rappeler pourtant que de bonne heure l'importance do Tentrepôt délien avait amené l'établissement de grandes compagnies commerciales. Des armateurs, des marchands avaient installé des comptoirs à Délos, et s'y étaient bien vite organisés en puissantes associations : les inscriptions font conii«dtre entre autreis celle des Héracléistes de Tyr, des Posidoniastes de Beyrouth, des Hermaïstes italiens. D'autres négociants encore avaient fondé à. Délos des espèces de clubs, qui tenaient à la fois de la bourse et du temple, et où se rassemblaient les gens d*une même nationalité. C'est au nord du temenos, entre le temple et le lac sacré, que s'étaient bâtis tous ces édifices, et les fouilles nous ont rendu toutes ces vastes et belles constructions qui entouraient le lac, ces temples, ces portiques, ces exèdres somptueusement décorés de mosaïques et de statues : parmi elles, Tune des plus riches et des plus élégantes est la schola des Italiens, avec sa grande cour et ses vastes magasins qui garnissent tout le sous-sol de l'édifice. Tout auprès de ces bureaux des grandes compagnies commerciales, entre ces édifices et le rivage, se trouvait l'agora, la place du marché, avec les magasins et les docks où les marchandises étaient entreposées dans de grands bâtiments en granit à double étage. Mais en cet endroit l'épaisseur des terres à déblayer est si considérable que les fouilles commencées n'ont pu encore être achevée».

Au sud du sanctuaire était bâti un autre marché, le Portique tétragone. Il se composait d'une double galerie, dont la première formait un promenoir couvert, tandis que Tautre était bordée de boutiques. Enfin, deux autres portiques longeaient la grande rue qui mène aux Propylées. Le plus grand des deux, celui de Touest, formait une double galerie, ouverte d'un côté sur la rue et de l'autre sur la mer : c'était encore un cadeau, qu'à la fin du iii® siècle Philippe V de Macédoine avait fait à Apollon et aux Déliens. Certainement c'était ici l'un des endroits les plus fréquentés, l'une des promenades les plus élégantes de Délos : la rue est toute bordée de bancs où l'on venait s'asseoir, et les nombreuses statues placées sous les portiques en faisaient en effet une des plus belles parties de la ville. Aujourd'hui encore, c'est un des lieux les plus pittoresques de l'île : nulle part les monuments ne sont mieux conservés, nulle part on ne pénètre davantage dans l'intimité de la vie antique : au milieu des ruines colossales du portique de Philippe, parmi les débris si vivants encore de la large rue délienne, il semble qu'on se retrouve dans un coin de Pompéi '.

Dans la plaine, à l'est du temple, étaient bâties de nombreuses habitations particulières, qui grimpaient jusque sur la pente du Cynthe. C'étaient en général des villas fort élégantes et riches, dont les dispositions ne sont point sans intérêt pour l'histoire de l'habitation hellénique. Un peu plus au nord se trouvaient le théâtre, et plus loin un gymnase récemment découvert, tout illustré de curieux dessins à la pointe, tracés par les oisifs sur les murailles de l'édifice. Enfin, dans le quartier supérieur de la ville, sur la terrasse qui est au pied du sommet du Cynlhe, on rencontrait le temple

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