‹ Excursions archéologiques en GrèceChapitre 21 sur 53 · EX(^B8I0NS A«CflédI.06IQUES · texte numérisé non relu

EX(^B8I0NS A«CflédI.06IQUES

TeBser d*uiie rivale possible et croyait mMire pour tonjourt la main sur le sandaatfe. Les Bftsdbeurcax événements qui marquèrent la fin du v* sièele, ruinèrent ces espérances avec la puissance des Alhéniens. Après la victoire de Sparte^ la ccmfédéralion fut dissoute et les États reprirent leur lil>erté. Déios fit comme les autres, et ses habitants, rentrés dans Tile, furent rétablis daiis leurs anciens droits. Ce ne fut point pour longtemps Athènes remit bien vite la main sur Délos. En vain la révolte de 375 montra la mauvaise volonté des sujets pour leurs maîtres; en vain les Déliens demandèrent partout des secours; leurs plaintes furent vaines, leurs eiïicK^ts impuissants, leurs appels inutiles.

C'est d'ailleurs une assez triste époque que ce IV* siècle pour Délos. On le voit bien en parcourait les inventaires, où sont énumérées les richesses du teoEiple et les offrandes faites par les fidi^es à Apolloa. Dans ces documents qui nous présen^tent comme ^à raccourci rhistoire de Délos, nulle époque n'est plus pauvre que le iv® siècle. Athènes^ autrefois si généreuse envers le dieu, si empressée jadis à célébrer k Délos des fêtes pompeuses et à envoyer de solennelles anxbassades, néglige maintenant Apollon. Les grands souverains de l'époque se désintéressent du sanctuaire : ni Philippe, ni Alexandre n'ont leurs noms inscrits dans les inventaires, et cela semble bien prouver que Délos était tombée da^i une profonde décadence. Aussi bien, si la position en avait valu la peine, Philippe l'aurait^ il laissée aux Athéniens? La garder était pour la République une satisfaction d'amour-propre bien plus qu'un profit; elle restait dans File, mais sans rien pouvoir faire pour elle; et Délos, sans importance militaire ni

LES F0D1I.UCS DB PéCOS 15i

commerciale, ne pouvait plus avoir une grande influence religieuse.

Après la mort d'Alexandre ^ dans ces dernières années si troublées du iv* siècle, où les généraux macédoniensy pour gagner des partisans et acquérir un bout de rhéritage du msitre, proclamaient à Tenvi la liberté des Grecs, Délos échappa aux Athéniens et reconquit la libre administration de son temple. Maîtresse d'ellemême, respectée pour l'antiquité de son culte, recherchée pour la puissance morale dont elle dispose, elle devient à ce moment une puissance politique. Autour d'elle se groupent dans une confédération les habitants des îles voisines; et cette ligue, ainsi placée au centre même de l'Archipel, devient Talliée ou la protégée nécessaire de toute puissance qui voudra dominer la mer Egée. Aussi Délos à ce moment compte dans les affaires de l'Orient; elle reçoit et envoie des ambassades, elle a une politique étrangère. Sans doute, entre les grandes puissancee qui se disputent ou se transmettent l'empire maritime de l'Orient, entre la florissante république de Rhodes, entre les rois d'Egypte, de Syrie, de Macédoine, la confédération dont Délos est le centre est moins une alliée qu'une protégée : une YÎile qui n'avait ni armée ni marine, qui vivait du dehors, comme Délos, avait avant tout besoin de sécurité; et elle n'en pouvait trouver que dans le patronage d'un grand £tat. Mais si, entre ces compétitions et ces conflits d'influence, sa position fut parfois déli* eate et difûcile, d'autre part aussi, elle en bénéGcia. Le développement de l'hellénisme qui fut la consé* quence des conquêtes d'Alexandre, la vie nouvelle que le génie grec porta alors dans tout l'Orient, amena do

tous côtés aux dieux de l'Hellàde de nouveaux adorateurs. C'est ici justement que les inscriptions permettent de déterminer avec précision le cercle dans lequel s'exerçait Finfluence de Délos et se mouvaient ses intérêts. Parcourez ces longues séries de dédicaces placées sur la base des statues. Le nom, la nationalité, la qualité de ceux qui consacrent ces offrandes, la quantité et la richesse des monuments dédiés montrent le mouvement de population que la religion ou le commerce entretiennent dans Tîle et font connaître les principaux pays qui sont en relation avec Délos. Étudiez d'autre part les décrets votés par le sénat ou le peuple : la nationalité des personnages honorés dans ces inscriptions indique dans quelle direction sont les rapports les plus actifs et les plus cordiaux de Tîle sainte. Prenez en main les inventaires où, à côté des offrandes, sont inscrits le nom et la patrie des donateurs; et en face des pays vers lesquels Délos se sentait attirée, on peut dresser la liste des peuples et des rois qui subissaient l'attraction de l'île sacrée.

C'est d'abord à la fin du iv® siècle la puissante république de Rhodes. A cette époque et pendant tout le cours du III* siècle, les Rhodiens avaient en OrienJt le monopole du commerce maritime. Ils servaient en quelque sorte de courtiers entre les peuples du bassia oriental de la Méditerranée, allant chercher les pro^ duits aux pays d'origine et les revendant aux peuples qui habitaient les rivages de la mer Egée. Ils avaient entre les mains tout le commerce d'exportation de l'Egypte; ils allaient dans la mer Noire acheter les blés de la Crimée et ils en fournissaient tout l'Archipel. On conçoit quelle importance Délos avait pour eux. C'était un entrepôt et un marché admirables : les

fêtes religieuses d'ApolioD, la célébrité du culte, y atti* raient de toutes parts un concours extraordinaire do pèlerins; le caractère sacré de Tîle assurait sa neutralité : on était donc sûr de trouver là en tout temps une clientèle considérable. Les Rhodiens comprirent aisément tous ces avantages. Les embarras d'Athènes, la rivalité des généraux d'Alexandre leur laissaient le champ libre : et c'est à leur instigation et sous leur protection que se forma sans doute la confédération des insulaires autour de File sainte. Chaque année désormais, Rhodes envoie à Apollon des théories et de riches offrandes; et en échange le peuple de Délos comble d'hommages et d'honneurs les chefs de la grande république maritime.

Après Rhodes, c'est l'Egypte qui prend au iii* siècle le patronage de Délos. De bonne heure les Ptolémées comprirent quel parti on pouvait tirer de la situation géographique et de l'influence religieuse de Délos ; de bonne heure ils comprirent aussi que la domination des îles est la condition nécessaire de tout grand empire maritime dans la Méditerranée orientale. Aussi n est- il point d*hommages qu'ils ne rendent à Apollon : pendant toute la première moitié du m* siècle, les listes des offrandes sont pleines du nom des Ptolémées; chaque année, des ambassades solennelles viennent apporter au sanctuaire des cadeaux de grand prix; chaque année on célèbre dans l'île des fêtes instituées tout exprès en l'honneur des rois d'Egypte et auxquelles ils ont la gloire de donner leur nom. Entre Alexandrie et Délos les relations sont actives et pleines de courtoisie : les flottes égyptiennes protègent l'île sacrée et font rentrer dans la caisse du dieu les contributions arriérées des insulaires; et en échange de ces

154 EXCUHSIOHS ARCHÉOLOGIQUES

bons offices, Délos élève des statues à tous les prinees d*Égypte, à leurs femmes, à leurs fils, aux grands personnages de leur entourage : une statue au médecin du roi, une autre au directeur du Musée, une troisième à l'architecte du Phare. €e sont des décrets sans fin en rhonneur des orficiers égyptiens, amiraux ou gou* Temeurs de provinces, qui exercent pour le roi le commandement des îles, des décrets en l'honneur des rois vassaux de TËgypte, qui viennent à l'exemple da maître rendre hommage à ApoUoo. Ainsi, pendant toute une moitié de siècle, Délos est sous la tutelle des Ptolémées, la monnaie alexandrine a cours sur le marché de Délos et un amiral égyptien a le gouvernement des Gyclades.

Ce n'est point cependant sans conteste que l'Egypte établit et garda cet empire maritime. Les rois de Syrie et ceux de Macédoine lui disputèrent plus d'une fois son influence sur les mers ; et les inscriptions de Délos montrent que ce fut souvent avee succès. Parmi ces compétitions rivales, Apollon se montrait diplomate consommé. Délos eut pour politique constante de faire respecter autant qu'il se pouvait la neutralité de son territoire sacré : même en temps de guerre, elle accueillait indifféremment dans son port les escadres des belligérants, et, pratique, elle acceptait sans scru«pule les offrandes de toute main. Au temps même des Ptolémées, les rots de Syrie comblent Apollon de leurs dons ; et Délos leur paye en statues lear libéralité. A c6té des grands personnages de la cour égyptienne, les inscriptions honorifiques nomment les familien, les ministres, les médecins des rois syriens; à côté des fêtes en Tbonneur de Ptolémée, on institue des fêtes en l'honneur de Séleucus. Il en va de même poiir

LES FOUILU:S DB BéU» 155

la Macédoine : Délos honora Dénéirins, Antigone on Philippe avec autant ée dévotion qu'elle célèbre leurs rivaux; elle accepte les cadeaux des uns avec autant de reeonnaisâance qu'elle reçoit ceux des autres. Aussi bien s'assurait-elle ainsi pour Tavenir les bonnes grâces de ses maîtres futurs. A la ftn du iii« siècle» te protectorat de Délos passe en effet à la Macédoine, et le portique de Philippe est la preuve éclatante des bienfaits que la domination macédonienne valut à l'fle d'Apollon.

CSomme la Macédoine avait avicoMé à l'Egypte, !Modes succéda à la Maeédoime au commencement du n* siècle. Pendant les longues luttes du ni* siècle, le bat constant de la grande république maritime avait été de sauver les îles de l'Archipel de toute puissance conquérante qui eût menacé so» propre commerce. Avant tout, Rhodes s'était appliquée à maintenir la liberté des mers, et tour à tour elle avait tenu la balance entre les États qui aspiraient à dominer la mer figée : auasi, quand l'Egypte et la Macédoine eurent suecessi venant perdu la supi'ématie, die resta dans rOrient la seule puissance considérable. A la tête d'une grande confédération commerciale, assea semblable à ce que fut au moyen âge la ligue hanséatique, Rhodes domine maintenant et protège les Cyclades. Ses flottes assurent la sécurité des mers et garantissent la neutralité de Délos; ses négociants exploitent hardiment sur ce marché incomparable le monopole commercial dont ils ont su se mettre en possession. Peu importe d'ailleurs aux Déliens quel sera leur maître, ils ont à gagner de toutes mains. De tous les points du monde hellénique viennent à eux les adorateurs et les -offrandes^ 4t la Grèce et de l'Asie, de l'Egypte et des

156 EXCURSIONS ABCnÉOLOGlQUES

tles. De Cos, de Rhodes, d'Alexandrie, des tbéoriea solennelles partent chaque année pour Délos : les grands États de TOrient ne trouvent point pour Apollon assez d'égards et de marques de dévotion. Si Athènes manque à l'appel et semble bouder le dieu, les Déliens s'en consolent sans peine par l'afQuence des pèlerins que tout rOrient leur envoie. En échange de leurs libéralités, Délos donne à tous des statues et des fêtes; et tous couvrent eh retour l'île sainte de monuments somptueux. Un roi de Syrie bâtit le portique des Cornes; un autre remplit Délos de statues; Philippe de Macédoine construit un portique, et les moindres seigneurs donnent à proportion. Ainsi l'île se transmet de main en main, toujours honorée et célèbre : elle s'eaâchit, elle s'embellit ; et ses habitants passent doucement la vie à recevoir et à traiter les étrangers et h gagner beaucoup d'argent, en engraissant des volailles et en faisant tour à tour métier d'aubergistes et de marchands d'esclaves.

En même temps que la religion, le commerce prospère. Placée au centre des Cyclades, au point de croisement des grandes routes du monde antique, pourvue d'un port excellent, Délos offrait des avantages immenses pour devenir un grand entrepôt commercial. Aussi les Déliens nouent-ils de tout côté des relations d'affaires avec Alexandrie, avec Byzance, avec Rhodes, avec la Crète. Une prévoyante et ingénieuse diplomatie dirige leurs rapports et leurs alliances : « à côté des motifs religieux, des raisons plus humaines déterminent leurs sympathies. Le besoin de sécurité les pousse vers la Crète, repaire de brigands qu'il faut gagner, ne pouvant les combattre; des considérations économiques les entraînent vers Rhodes et Byzance, les deux grandes

places de ce commerce orîedtal, dont toutes les affaires passent par Ventrepôt de Délos ^ » Le principal article de ce commerce était le blé. La question des subsistances était en effet capitale pour Délos, que son territoire ne suffisait point h nourrir : aussi l'tle est-elle en relations avec tous les pays qui produisent des céréales, avec Cyzique et Lampsaque, avec la Chersonèse du Pont et Panlicapée, en rapport avec tous les États qui transportent le blé. Mais non contents d'importer les quantités qui leur sont nécessaires pour vivre, les Déliens ont l'ambition de devenir les fournisseurs de toute la Grèce, en centralisant dans une position facilement accessible à tous une marchandise indispensable : dès l'époque de la puissance rhodienne, Délos songe de devenir « le marché commun de la Grèce ».

Malgré ces ambitions pourtant, « malgré l'heureuse situation et Texcellence de son port, malgré sa condition privilégiée de ville sainte, Délos, au commencement du 11" siècle, n'était encore qu'une place de troisième ou quatrième ordre * ». Entre elle et les puissantes cités de la Grèce et de l'Asie la condition n'était pas égale : elle ne pouvait attendre d'elles que concurrence et rivalité. Rhodes prétendait au monopole des mers; Gorinthe était florissante; et Délos d'ailleurs n'avait en elle-même aucune des ressources qui font une grande ville maritime et commerciale. Son sol resserré était peu fertile; il ne fournissait ni bois pour construire des navires, ni produits à exporter. Délos ne pouvait donc être qu'un entrepôt, un marché placé dans la dépendance d'autruî. Si elle est riche et luxueuse au m® siècle, elle le doit à la religion bien plus qu'au commerce; elle le doit à cette affluence d'étrangers dont la piété enrichit le temple et qui fait

Page 1