‹ Excursions archéologiques en GrèceChapitre 26 sur 53 · LES FOUILLES AU TEMPLE D'APOLLON PTOÏOS · texte numérisé non relu

LES FOUILLES AU TEMPLE D'APOLLON PTOÏOS

chairs plus étolTées; mais surtout, et c'est là la grande nouveauté y la figure est sortie de son immobilité traditionnelle, et les bras, jusque-là collés au corps, s'en détachent librement pour se tendre en avant. Assurément dans cette figure, il y a bien des inexpériences encore et Tanatomie est toujours bien superficielle. Mais déjà dans ce marbre, comme dans l'Apollon de Ténéa qui date de la même époque, on sent que les traditions vieillies font place à la vérité mieux comprise, a Les œuvres nées en ce temps-là, comme le dit M. Holleaux, plaisent moins par ce qu'elles nous montrent que par ce qu'elles nous laissent deviner; elles sont surtout singulièrement attrayantes par les promesses qu'elles contiennent, visibles déjà sous les imperfections de l'heure présente, par l'avenir qu'elles annoncent, par l'attente prochaine et confiante qu elles excitent des œuvres achevées qui vont suivre *. »

Ce qui est particulièrement remarquable dans ces œuvres de l'école béotienne, c'est la sincérité du travail,, qui sans parti pris, sans esprit de système, sans aucune trace de ce maniérisme si nettement marqué dans l'Apollon de Ténéa, poursuit, avec plus de naturel que d'étude, la recherche de la vérité plastique; c'est le désir de varier les attitudes et d'assouplir les mouvements, la tendance à rompre par des innovations, parfois bien maladroites, la fastidieuse monotonie des types traditionnels. Sans doute la main trahit souvent l'intention du maître ; le savoir-faire ne répond pas à la hardiesse ingénue de la conception; ces œuvres plaisent pourtant par leur allure naturelle, par leur

1. HoUeaux, Fouilles au temple d* Apollon Ptoïos (Bull, de corr tllén., XI, 181).

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franche spontanéité, par l'effort parfois benrenx dont elles portent la marque. C'est ce qui fait Tintérêt d'uA&. curieuse tète de marbre, œuvre de la seconde moitié dja Vi* siècle, et dont Tarchaïâme déjà perfectionné a uni charme si pénétrant. On y démêle toutes les qualltésr originales de l'école béotienne : Toyale du visage,. La profil asse^ saillajit, les yeux très bombés et surtout le discret sourire de la bouche marquent l'application de: l'artiste à varier le type conventionnel ; par surcroît^ la travail est. souvent excellent, le modelé fondu autant, que précis, l'effbrt.tenté pour rendre le visage expressil n'est point demeuré inutile. Une impression de sérénité douce et presque de m^^esté se dégage de cette^ figure : parmi les sculptures: archaïques de la Béotie,.. elle mérite une place tout à fait éminente^

De bonne heure, à côté de TApiollon immobile quenous montre la longue série des statues de Perdicovrysi, les vieux sculpteurs de la Grèce, dans leur ardent désiii . de rompre la monotonie des traditions: consacrées,, avaient imsiginé un autre type du dieu, imberbe et ou. comme le précédent, mais d'une, attitude plus libre et; plus vivante; dans cette représentation nouyelle,. les> deux bras détachés du corps se tendent à partir dea> coudes et chaque main porte, un attribut, généralament.un arc et des flèches. Bien avant le temps où une: œuvre célèbre, l'Apollon sculpté par Kanachos pour, le; temple de Milet, vint donner à ce motif une popularité: inouïe, les maîtres des écoles- archaïques aimaient à; reproduire ce type; et un bronze fontaneieiL, découvejrti, au Ptoïon, œuvre d'un travail grossier, d'une maladresse presque enfantine, aux formes aplaties et lourdes, au visage grotesque et presque informe, offre lîn

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dfes plus antiques exemplaires de cette seconde catégorie de représentations. Plusieurs autres statuettes de bronze se rattachent à la même série : mais tandis que les grandes statue» de marbre dressées dans Tenceinte du Ptoïon sont presque toutes sorties des mains des sculpteurs indigènes, les figurines de bronze^ plus aisément transportable^, sont venues de bien des lieux divers s'accumuler eui sanctuaire du dieu; selon la pairie du donateur, elles appartiennent à des écoles artistiques différentes et par là elles sont pour nous singulièrement instructives. Gelle-ci, d'aspect bien archaïque eneore, mais- d'un modelé déjà ferme et savant, d'une facture précise jusqu'à la minutie, d'une élégance raffinée, mais un peu voulue et froide, rap^ pelle par de singulières analogies dépose, de type et;de coiffure une stiatuette d'Apollon découverte à.Naooos-ei. acquise par le musée de Berlin : toutes deux sont des œuvres de la fin da vi* siècle et leur manière ua peut sèclie, leur- précision' un peu compassée semblent leur assigner pour origine. un^atelierdorien du PéloponnèsCi. Celle-là au contraire, bien que reproduisant un motif identique et datant à peu près du méme^ temps, se distingue de sa voisine par des différences radicales da facture : les formes sont lourdes et carrées; le type du visage, très accusé-, rappelle de fagon rema»rquable les figures de marbre de l'école béotienne; et malgré dès naïvetés qui prêtent à rire, malgré les maladresses, et les impuissances manifestes, l'œuvre plaît par son fidlure naturelle, dépourvue de toute manière systé ^ matique. Ony retrouve tous les caractères^ de la sculpture béotienne primitive, la recherche de l'originalité,. L'absence de- parti pris, la remarq^uable sincérité du travail, et par là cette statuette forme un frappant

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contraste avec les œuvres péloponnésiennes. Sans doute celles-ci ont des qualités plus savantes; et parfois on y remarque, comme dans cette figurine féminine trouvée au Ptoïon et qui appartient à la môme école, un curieux mélange d'archaïsme voulu et d'élégance presque accomplie ; mais elles manquent d'abandon, leur élégance sent l'effort d'une application studieuse, le respect timide des conventions d'école. La statuette béotienne ignore ces raffinements, mais en revanche elle a des qualités naturelles de vigueur et d'énergie : « c'est une création hâtive et spontanée, mal venue sans doute, du moins pleine de saveur et de fraîcheur. » Par là elle complète Tidée que les marbres du Ptoïon nous avaient fait prendre déjà des primitifs sculpteurs de laBéotie. «( Ils ont, dit M. Holleaux, bien moins de talent que de sentiment; peu de savoir-faire,. mais beaucoup de franchise; si leurs œuvres demeurent très éloignées de la perfection plastique, elles restent assez voisines de la nature ; ils ne savent guère ce qui peut s'apprendre, mais ils possèdent d'instinct quelques-unes des qualités qui ne s'acquièrent pas ^ »

Ce qui donne à plusieurs de ces statuettes un autre intérêt encore, c'est qu'elles reproduisent sans doute une œuvre de grand style, peut-être l'Apollon Philésien sculpté par Kanachos de Sicyone, vers la fin du vi« siècle, pour le Didymaion de Milet. Plusieurs réductions antiques de cette statue célèbre, tels que le bronze Payne-Knight à Londres, l'Apollon Strangford au Musée Britannique, et enfin le précieux bronze dePiombino qui est au Louvre, permettent de prendre une

1. Holleaux, Fouilles au temple dTApoUon PtoSos {BulL de earr, hellén., XI, 360).

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