Laloux et Monceaux» loc. laud., p
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Plunearsfuules donnent accès dans r^sceinte. Franchissons l'une des trois entrées ménagées dans le mur occidental et qui, au milieu par une poterne, aux deux extrémités par des passages d*un aspect plus monumental, conduisent dans TAltis. Celle da sud-ouest est la porte triomphale, celle par laquelle les processions sacrées pénètrent dans le sanctuaire ; elle nous mène aux terrasses qui entourant le principal monument de Tenceinte, la plus illustre des menreilles d'Olympie, le grand temple de Zeus. Ces! un bel édifice d'ordre dorique, à peu près contemporain du Partfaénon, long de 64 mètres, haut de ^0, dont la façade est ornée de six colonnes; ses frontons sont décorés de sculptures que la tradition attribue à Paeonios et à À.lcamène ; et dans la cella la statue d'or et d*ivoire due au ciseau de Phidias représente Zeus Olympien dans sa calme et flouveraine majesté.
Ne nous arrêtons point, dans cette promenade rapide, à la multitude de monuments et de statues qui couvrent l'esplanade placée devant le temple, et qui multiplient à chaque pas l'image du maître des dieux; allons tout d'abord au monument le plus vénéré de l'enceinte, au grand autel de forme elliptique qui occupe le centre de l'Altis, et sur lequel, d'après la tradition, a été offert le premier sacrifice en l'honneur de Zeus. Il se compose de deux étages superposés, d^une large plate-forme circulaire où l'on immolait les victimes , et d'une seconde terrasse , façonnée tout entière avec la cendre des sacrifices, et que surmonte Tautel où l'on brûlait les chairs. C'est là que les devins de Zeus, transportés d'un saint enthousiasme, prédisaient l'avenir : c'est là le véritable centre du culte d*01ympie. Au reste sa hauteur, qui était de sept mètres,
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et qui allait en croissant chaque année, témoignait à la fois do rantiquité et de la ferveur des hommages rendus au souverain maître de TAltis.
Si de ce point central on parcourait du regard les monuments divers de l'enceinte sacrée, on trouvait tout d'abord, au nord du temple de Zeus, le Pélopion ou tombeau de Pélops, un haut tumulus accumulé audessus des cendres du héros, et dont l'enceinte était précédée d'un portique ouvert vers l'occident; puis c'était l'antique sanctuaire d'Héra, un très vieux temple d'ordre dorique, rempli d'offrandes, de statues, de curiosités de toutes sortes; on y montrait un jouet d'Hippodamie, et le célèbre coffret de cèdre, aux riches incrustations d'ivoire et d*or, où Cypsélos, tyran de Corinthe, avait été caché par sa mère; on y admirait la table merveilleuse où Ton plaçait les couronnes des vainqueurs, un chef-d'œuvre de l'industrie artistique chez les Grecs; on y trouvait aussi une précieuse statue de Praxitèle, Hermès portant Dionysos enfant, que le hasard des fouilles nous a fait retrouver. Plus loin, c'était un troisième temple encore, d'ordre dorique lui aussi, qui était consacré à la mère des dieux et s'appelait le Métroon; et enfin, à l'ouest de THéraion, deux édifices encore, la rotonde circulaire bâtie par Philippe de Macédoine après la bataille de Chéronée, élégant édifice ionique que décoraient les statues en ivoire e( en or du fondateur et de son fils Alexandre, et le Prytanée où se donnaient les festins solennels.
Au-dessus de ces monuments, une terrasse élevée de 3 à 4 mètres, et où l'on montait par de larges escaliers, portait une série de constructions étagées sur la pente du mont Kronion : c'étaient les treize trésort élevés par un certain nombre de villes pour recevoir et
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abriter les riches offrandes qu'elles consacraient à Zeus. Là encore les visiteurs avaient à admirer des curiosités sans nombre : dans le trésor des Sicyoniens, on montrait Tépée de Pélops, et les deux grands coffrets de bronze donnés par le tyran Hyron ; dans celui des Syracusains, on voyait les présents envoyés par Gélon en souvenir de sa victoire sur les Carthaginois. Puis venaient les trésors d^autres villes de Grande-Grèce et de Sicile, de Métaponte et de Sybaris, de Sélinonte et de Gela, et celui de Mégare, dont on a retrouvé des fragments importants de décoration. Enfin, àTouestde cette série d'édifices était un curieux monument de Tépoque romaine, un édifice demi-circulaire ou exëdre, en avant duquel un large bassin recevait les eaux d*un aqueduc : c'était un cadeau fort précieux qu'avait fait à Olympie le rhéteur Hérode Atticus. Aucune source en effet ne jaillit aux environs de l'Altis et en été les arbres de Tenceinte couraient grand risque de mourir de soif, aussi bien que les pèlerins accourus à l'époque des fêtes; de bonne heure donc les ingénieurs éléens avaient dû se préoccuper d'établir des citernes et des conduites, pour approvisionner Olympie pendant la saison sèche et conserver sa fraîcheur au sanctuaire. Hérode Atticus voulut faire mieux encore : il détourna an afûuent de TAlphée, et par un grand aqueduc l'amena sur la pente du mont Kronion, d'où les eaux étaient distribuées à travers toute l'Altis. Tout autour de Texèdre se dressaient vingt et une statues de marbre et sur le monument on lisait le nom de Regilla, la femme d'Hérode Atticus, au nom de laquelle il avait consacré cette construction.
Du côté de l'est, un long portique longeait l'enceinte de l'Altis. C'était le Pœcile ou la galerie d'Écho, ainsi
nommée à cause d'un écho célèbre qui répétait jusqu'à sept fois les paroles prononcées. De ce vaste promenoir, où Ton trouvait abri contre les rayons du soleil et contre les intempéries, la vue était admirable sur l'en* semble du sanctuaire ; et les pèlerins s'y pressaient en foule au moment des fêtes olympiques. Devant le Pœ* cUe s'étendait Tagora, couverte de statues, d'autels et d'ex-voto, et où l'on voyait une longue tribune, parallèle au portique, probablement réservée aux magistrats; elle servait aussi peut-être à ces lectures publiques, où les plus illustres écrivains de l'Hellade, orateurs et philosophes, historiens et poètes, venaient réciter leurs ouvrages aux Grecs assemblés. Au sud du Pœcile, une *utre galerie, le portique d'Agnaptos, s'étendait devant la résidence des Hellanodices : parfois dans cet édifice on logeait les hôtes de distinction ; quand Néron vint à Olympie, c'est là qu'il prit quartier.
Ajoutez maintenant à cet ensemble de monuments la multitude d'autels qui peuplaient l'enceinte sacrée, et dont la procession des prêtres faisait chaque mois le tour ; Pausanias en compte soixante ou quatre-vingts, dont chacun réclamait au moins un sacrifice mensuel. Ajoutez les reliques pieusement conservées dans le sanctuaire, telles que l'olivier planté par Héraclès ou la vieille colonne de bois qui provenait de la maison d'Oenomaos. Ajoutez la multitude de statues élevées aux dieux, et surtout à Zeus, par les différents peuples de la Grèce, et parmi elles la statue dédiée par les vainqueurs de Platées, dont la base portait le nom des villes qui avaient pris part à la bataille, ou l'image colossale, haute de 9 mètres, dédiée pçir les Ëléens en souvenir de leur victoire sur TArcadie. D'autres monuments rappelaient les parjures commis pendant les
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jeux par les athlètes; ainsi, au pied de la terrasse des trésors, une série d'images du dieu, qu'on appelait les Zanes, avait été élevée avec Targent des amendes imposées aux coupables. Il faut se représenter en outre la multitude des offrandes, des groupes, des ex-voto, qui, en certains endroits, par exemple devant le temple dî Zeus, couvraient TAitis d'un peuple de statues. Ici, audessus des terrasses de Touest, on voyait un chœur de trente-cinq enfants en bronze, consacré par la ville de Messine, et plus loin des enfants en pierre, œuvre de Galamis, offerts h Zeus par les gens d'Agrigente. Là c'était le groupe d*Onatas, représentant les héros grecs tirant au sort l'honneur de combattre Hector, et la colossale statue d'Héraclès, haute de cinq mètres, et les magnifiques offrandes du Sicilien Micythos, le tuteur des enfants d'Anaxilaos de Rhegîum, et le taureau en bronze des Érétriens, et surtout la Victoire de Paeonios, dédiée par les Messéniens de Naupacte et qui nous a été conservée. Ajoutez les innombrables statues d'athlètes, les images des quadiîges et des chevaux vainqueurs; et songez, pour apprécier comme il le mérite ce musée incomparable, que ces marbres et ces bronzes étaient signés des noms des maîtres les plus fameux.
En dehors de TAltis, de nombreux édifices étaient réservés à la célébration des jeux, au logement des hôtes et du personnel des temples. Du côté de l'est, c'était le stade, qui s'étendait sur une longueur de i9â mètres au pied du mont Kronion ; il était relié à l'enceinte sacrée par un couloir voûté qui servait d'entrée au cortège des athlètes et des juges des concours; dans le même quartier, entre le stade et le bord de TAlphée, se trouvait l'hippodrome, long de 770 mètres, ma*8 que les inondations de la rivière ont fait presque
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entièrement disparaître. Au sud du sanctuaire, s'élevait le Bouleuterion, où siégeait pendant les fêtes le sénat olympique; c^était une curieuse construction, formée d'une cour carrée que flanquaient deux ailes terminées fm abside; au sud de cet édiflce s*étendait un vaste promenoir, d'où la vue s'ouvrait jusqu'aux rivages de l'Alphée, sur la prairie couverte au temps des jeux d'une immense multitude, et remplie du bruit des divertissements profanes inséparables de la fête religieuse. Tout auprès se trouvait un grand arc de triomphe à trois portes, ouvert à l'époque romaine dans le mur méridional de TAltis; pourtant dès l'origine le palais du sénat se trouvait en communication directe avec Tenceinte sacrée.
Enfin à l'ouest, le long du Cladeos, dont de solides digues retenaient et réglaient le cours, se trouvaient le grand gymnase, entouré de portiques, dont l'un mesurait 210 mètres de longueur, et plus loin la palestre, où les concurrents des jeux venaient achever leurs exercices d'entratnement. Au sud de cette construction se groupaient les palais des prêtres, le Théokoléon, sorte de cloître où s'ouvraient autour d'une cour carrée une série de cellules, et à côté duquel une chapelle ou Heroon était consacrée aux ancêtres légendaires de la race sacerdotale d'Olympie. C'était ensuite l'atelier de Phidias, construction rectangulaire de même forme et à peu près de mêmes dimensions que la cella du temple de Zeus; enfin, au sud-ouest de l'enceinte, on rencontrait le Léonidaion, vaste édifice entouré de portiques, où les hôtes de distinction, tels que le gouverneur romain d'Achaïe, recevaient, à l'époque des jeux, une somptueuse hospitalité. Il fallait en effet, dans ces solennelles assemblées de la Grèce, s'inquiéter de loger,
sinon la multitude des pèlerins qui campaient dans la plaine, mais les grands personnages, les princes, les hommes d'État, les chefs des théories pompeuses qui honoraient de leur présence les fêtes olympiques. C'est au Léonidaion qu'ils prenaient quartier, tout auprès de la porte d'honneur de l'Altis, au plus bel endroit d'OIympie, d'où la vue s'étendait admirable sur le tableau merveilleux qu'offrait la cité sainte.
C'est là, tous les quatre ans, à l'époque des grandes fêtes, que les Grecs se rassemblaient pour célébrer ces jeux solennels qui faisaient pour quelques jours d'Olympie la véritable capitale du monde hellénique. On sait quel intérêt puissant excitaient ces concours, quelle importance avaient pour les anciens les exercices du corps, quelle gloire donnaient aux athlètes les victoires de Tarène : « Comme l'eau, dit Pindare, est le meilleur des éléments, comme l'or est le plus précieux parmi les trésors des mortels, comme la lumière du soleil surpasse toute autre chose en éclat et en chaleur, ainsi il n'est point de plus noble victoire que celle d'Olympie. » Certes, parmi ces exercices du stade olympique, qui ravissaient en admiration ce que la Grèce comptait de plus distingué, plus d'un nous semble singulièrement brutal, et quelques-unes des plus illustres prouesses athlétiques rappellent d'un peu près les exploits des lutteurs forains. Aujourd'hui pourtant que les exercices du corps reprennent dans nos écoles une place légitime, aujourd'hui que les jeux scolaires occupent et passionnent l'attention publique et que la renais-
sance physique semble rinstrument et le complément de la renaissance morale, il n'est point sans intérêt de dire par quels moyens les anciens entretenaient la vigueur du corps, en développaient Télégance et la souplesse, et comment la gymnastique antique, à côté lie quelques lutteurs de profession, véritables forts de la halle, savait former et présenter, dans les champs d'Olympie, à la patriotique admiration de la Grèce une majorité de bons soldats et de citoyens valeureux.
Pourtant Torigine des jeux olympiques avait été modeste. Au début, conformément à la tradition des fondateurs, un seul prix était proposé, un seul concours ouvert, celui de la course, qui consistait à parcourir une seule fois la longueur du stade. Peu à peu, pour varier et compliquer les jeux, pour augmenter l'attrait de la fête et y attirer un plus grand nombre de spectateurs, d'autres exercices vinrent s'adjoindre au concours primitif. Aux différentes espèces de course, qui furent successivement introduites, on ajouta le pentathle^ c'est-àdire la réunion des cinq épreuves diverses de la course, du jet du disque et du javelot, du saut et de la lutte ; puis le combat du ceste ou lutte au pugilat; et un peu plus tard, en 680, les exercices de l'hippodrome, les courses de chars et bientôt celles de chevaux; enfin on imagina une combinaison de la lutte et du pugilat : ce fut le pancrace. Désormais le cycle était complet. On put bien inventer encore quelques détails nouveaux, ajouter aux courses de chevaux des courses de mulets ou de poulains, admettre dans l'hippodrome à côté des quadriges les attelages à deux chevaux, instituer pour les enfants les mêmes exercices que pour les hommes : on n'ajouta plus rien de caractéristique au programme olympique. Aussi bien toutes ces épreuves avaient-elles singulière-
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ment accru 1 éclat de la fête. Au début elle durait un jour seulement : mais à mesure que la liste des concours augmentait, que les concurrents se présentaient plus nombreux, cette journée unique devint insuffisante; et une année, c'était en 472, la course et le pentathle durèrent si longtemps qu'il faisait presque nuit close quand vint le tour du pancrace, et que la lutte se continua fort avant dans la nuit. Il devenait nécessaire d'allonger le temps de la fête : désormais les concours olympiques durèrent cinq jours entiers. C'est sous cette forme définitive, dans le plein éclat de leur splendeur, qu'il les faut étudier pour comprendre l'irrésistible attrait qu'exerçait sur la Grèce entière l'approche de la solennité quinquennale d'Olympie.
La haute administration des jeux appartenait à la ville d'Êlis, qui en déléguait le soin à dix magistrats appelés Hellanodices ou juges des Hellènes ; ces personnages, nommés pour chaque olympiade, étaient chargés de l'organisation de la fête, de la direction des jeux et du jugement des concours. Pour suffire à une aussi lourde tâche, il n'était point inutile de se préparer quelque temps avant l'époque de la solennité olympique ; et en effet, dix mois avant l'ouverture de la fête, les juges des concours entraient en charge, et pour se mettre pleinement au courant de leurs difficiles et délicates fonctions, ils surveillaient et dirigeaient dans le gymnase d'Élis les exercices des athlètes, ils assistaient, aux épreuves du long entraînement que subissaient les chevaux et les hommes, en un mot ils perfectionnaient par une longue et constante pratique les connaissances théoriques qu'ils avaient en ces obscures matières. En même temps, ils recevaient les inscriptions des candidats qui prétendaient concourir» et, à la lumière des
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traditionnels règlements d'Olympia, ils examinaient si les concurrents satisfaisaient aux conditions requises. En effet tout le monde n^ctait point admis à concourir aux jeux olympiques. Pendant longtemps, il fallut prouver que Ton était de pure race hellénique et on sait l'histoire de ce roi de Macédoine qui dut établir pièces en main qu'il n'était pas un barbare; toutefois cette condition était entendue et appliquée de manière assez libérale; les Romains mêmes étaient autorisés à concourir, comme proches parents des Grecs. En outre, il fallait être de naissance libre, et enfin avoir bonne conscience et se trouver en paix avec les hommes et les dieux. Quiconque avait commis un crime, une impiété, un sacrilège était impitoyablement repoussé : pendant longtemps les Spartiates, coupables d'avoir violé la trêve sacrée, furent exclus de la fête; les Athéniens, pour avoir refusé de payer à Zeus une amende, ne furent pas traités moins sévèrement; et comme les oracles étaient toujours disposés à s'entendre et à se soutenir, pour contraindre Athènes h acquitter sa dette, Delphes lui refusa ses services et la Pythie resta muette tant qu'Olympie n'eut pas reçu satisfaction. Naturellement, pour prendre part aux jeux, il n'était pas superflu d'être riche : l'entraînement auquel il fallait se soumettre, les frais du voyage, les mille dépenses faites au cours de la fête coûtaient cher. Aussi certains concours, tels que les courses de chars et de chevaux, semblaient-ils de nature plus aristocratique ; et les gens riches et distingués dédaignaient un peu les simples exercices gymniques, moins dispendieux et partant plus aisément accessibles aux gens de condition moyenne : on craignait d'y rencontrer une compagnie un peu piêlée.
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Le concurrent remplissait-il toutes ces conditions, rien pourtant n^était fait encore. Il devait, une fois inscrit, se soumettre à un entraînement tout spécial, qui durait dix mois, et s'astreindre pendant ce temps à un régime particulier. Ensuite il devait se rendre à Élis pour y faire un stage réglementaire de trente jours, <=%'exercer chaque matin au gymnase sous les yeux des juges du concours, qui faisaient passer aux concurrents des examens préalables et, suivant leur âge et leur force, les répartissaient en différentes catégories. Puis, quelque temps avant les fêtes, les juges et les athlètes, les attelages et les chevaux se transportaient à Olympie par la voie sacrée; et tandis que les magistrats chargés de Forganisation et de la police des fêtes ordonnaient les derniers préparatifs et prenaient les dispositions nécessaires pour l'aménagement des champs de course, pour le logement des visiteurs, pour le bon ordre de la cérémonie, les concurrents, dans les grands édifices construits tout exprès à leur intention, continuaient au gymnase et à la palestre la série de leurs exercices. On trouve aujourd'hui encore, le long du mur occidental de TAitis, les curieuses ruines de ces constructions, qui nous offrent un des exemples les plus anciens de ce genre de monuments.
Enfin le grand jour arrivait. Tous les quatre ans, l'époque de la fête revenait à date fixe, au temps de la pleine lune qui suivait le solstice d'été. C'était généralement la fin de juin ou le commencement de juillet; et on peut croire qu'à ce moment, dans la vallée profonde de l'Aiphée, la chaleur était plus d'une fois accablante et qu'il fallait quelque courage pour demeurer tout le long du jour assis au stade ou dans l'hippodrome sous un soleil de feu. Il n'importe : depuis le jour où les messagers
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sacrés de Zeus, parcourant le monde grec tout entier, avaient annoncé officiellement la date de la fête et proclamé la trêve sainte, de tout côté on se mettait en voyage pour assister à la solennité. Les généraux et les hommes d'État, qui parfois, comme Thémistode ou Phiiopœmen, trouvaient à Olympie des ovations enthousiastes, les philosophes et les littérateurs, les Anaxagore et les Pythagore, les Socrate et les Platon, les Gorgias et les Démosthène, les poètes comme Simonide et Pindare, les voyants comme Apollonius de Tyane, eo. un mot tout ce que la Grèce comptait de distingué par la richesse ou le talent se donnait rendez- voas aux fêtes olympiques. Les villes envoyaient de solennelles ambas^ sades, des théories pompeuses aux vêtements éclatants de pourpre et d'or, qui rivalisaient entre elles d*éclat et de splendeur, et étalaient avec* ostentation sur des voitures magnifiques les somptueux présents qu'elles apportaient au dieu; les rois qui faisaient courir, les grands personnages qui venaient assister à la solennité ne faisaient pas une moins pompeuse exhibition de leur lichesse : à Olympie on venait au moins autant pour voir que pour être .vu. Puis c'était la multitude des pèlerins qu'une curiosité passionnée entraînait vers ces fêtes. C'était la foule des artistes, en quête de commandes avantageuses, des marchands et des industriels de tout genre, à l'afrût des bonnes affaires. Une grande foire se tenait à l'occasion de la fête religieuse : et les baraques s'alignaient dans la plaine, les barques se pressaient sur le fleuve, apportant de quoi nourrir les multitudes campées au pied de l'Altis; les routes se couvraient de troupeaux innombrables destinés aux sacrifices, et dans la prairie, les tentes multicolores, les cabarets joyeux s'élevaient en files interminables; et de cette foule
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énorme entassée dans la plaine d'Olympie s'échi^^pait une bruyante et prodigieuse animation. Seules, les femmes étaient exclues de la fête. Elles ppuvaîent faire courir dans Thippodrome et mériter des couronnes, comme fit Cyniska, la sœur d'Agésilas, dont les chevaux de bronze se dressaient sous les arbres de i'Altis; mais elles ne devaient point pénétrer dans l'enceinte. Peu* dant que leurs maris, leurs fils ou leurs frères luttaient dans le stade, elles, reléguées sur la rive méridionale de TÂlphée, entendaient de loin le bruit des applaudissements. Une seule fois la loi fut transgressée : une femme, Pfaérénike, fille d'un lutteur célèbre de Rhodes, dont la famille se vantait de descendre d'Hercule, ne put se résoudre à quitter son fils au moment des concours; déguisée en homme, elle se donna pour un maître de gymnastique, et se mêla au groupe des gymnastes; mais quand son fils fut proclamé vainqueur, rémotion maternelle remporta, et oubliant toute prudence, elle voulut aller embrasser son enfant : dans sa hâte, son vêtement se dérangea et la trahit. La loi était formelle : toute femme surprise dans l'enceinte était condamnée à mort. Cependant les juges Tacquittérent en souvenir de la gloire de sa famille; mais, pour éviter le retour d'une pareille aventure, les maîtres durent désormais être nus comme leurs élèves.
Le jour où s'ouvrait la période sainte des fêtes» de grand matin, on commençait par rendre aux dieux des hommages solennels. Au nom de l'Etat éléen, un sacrifice pompeux était offert à Zeus, et tout le long du jour, les théories sacrées parcouraient l'Altis, déposant les offrandes dans les sanctuaires consacrés. Pendant ce temps, en dehors de l'enceinte, on faisait au Bouleuterîon les derniers apprêts pour les jeux. Devant
la statue de Zeus Orkios ou protecteur des serments^ tous ceux qui devaient prendre part aux concours» athlètes, cochers, professeurs, juges du camp, juraient en termes solennels qu'ils s'étaient soumis à toutes les obligations prescrites, et qu'ils n'avaient à se reprocher ni légèreté ni sacrilège; la main sur l'autel, ils promettaient encore de se comporter loyalement dans toutes les luttes du lendemain. Puis les hellanodices classaient les concurrents; on tirait au sort les couples qui lutteraient ensemble, on fixait aux coureurs et aux chars la place qu'ils auraient au départ. La soirée se passait en conversations et en réjouissances : les hommes d'État s'isolaient pour négocier les affaires diplomatiques, les amis qui se retrouvaient après de longues séparations s'oubliaient en causeries sans fin; les athlètes, recueillis dans une solennelle attente, prenaient des forces pour le lendemain, et dans la nuit lumineuse, à la face des étoiles, la foule des pèlerins s'endormait dans l'espoir de la solennité prochaine.
Aux premiers rayons du soleil levant, la fête commençait. Bien avant déjà, pendant que l'ombre enveloppait encore Olympie de ses voiles, une rumeur confuse annonce que cette multitude s'éveille ; des bandes pressées de pèlerins se hâtent vers le stade, pour s'assurer les meilleures places ; et bien avant le lever du soleil, les hautes levées de terre qui garnissent l'arène, et où quarante mille personnes peuvent s'asseoir, sont couvertes d'une foule de spectateurs. Au moment précis où les premiers rayons du soleil descendent sur la plaine du haut des monts d'Arcadie, des fanfares retentissent et le cortège officiel entre dans le stade par le passage voûté qui l'unit à l'Altis. Les hellanodices, en longues robes de pourpre, vont s'asseoir sur la tribune élev»<^
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près da but; les maîtres accompagnent leurs élèves et leur donnent les derniers conseils; les députés des Ëtats, les étrangers de marque vont prendre les places d'hon* neur qui leur sont réservées ; les concurrents se présentent à l'appel et gagnent le poste qui leur est assigné.
Le stade olympique formait un long rectangle de 211 mètres sur 32 de largeur : la piste elle-même avait 600 pieds (142 m.), et on disait qu'Hercule lui-même Tavait mesurée jadis de son pied puissant. Tout autour de Tarène, des talus tenaient lieu de gradins, et le long d'un petit seuil de pierre qui servait de limite aux spectateurs, une rigole faisait le tour du stade et condui* sait dans des bassins Teau fraîche destinée aux athlètes et aux assistants. Dans la partie occidentale, sous une tente, les concurrents se dépouillaient de leurs vêtements, et les jeux commençaient. Ils duraient pendant trois jours, dont le premier était réservé aux enfants, les deux autres aux luttes des hommes : mais les exercices étaient les mêmes pour les deux catégories de concurrents.
C'était d'abord la course, le plus ancien des exercices usités à Olympie. On commençait par la course simple (stadion, dromos) , une course de vitesse, qui consistait à parcourir une fois la longueur du stade, et qui était un des spectacles les plus goûtés du public, parce qu'elle faisait dans son allure rapide valoir mieux que toute autre la beauté des formes et l'élégance des membres; c'était ensuite la course double (diaulos), où l'on devait parcourir deux fois la longueur du stade, et la course lente (dolichos), où il fallait faire douze fois le tour de l'arène ; pour franchir cet espace de 14 kilomètres et demi, il s'agissait moins d'aller vite que de résister à la fatigue : aussi dans cet exercice on mar-
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cbait plutôt qu'on ne courait. Ce qui rendait ces épreuves particulièrement difficiles, c*est que la piste, au lieu d*étre établie sur un terrain ferme et solide, était semée d'une épaisse couche de sable fin où le pied s'enfonçait, et où reffort à faire était doublé. Naturellement on commençait par la course lente, puis venait la course double, et enfin la course simple, où chacun des concurrents, exalté par les clameurs de la foule et les cris de ses adversaires, donnait son maximum de force. L'entraînement de ces coureurs était parfois merveilleux; ils fournissaient une vitesse telle qu'à peine les voyait-on passer, et une telle somme de résistance qu'un vainqueur au dolichos, après être arrivé le premier au but, continua sa course pour aller annoncer sa victoire à Argos, sa patrie, et y arriva le même soir : entre les deux endroits il y a en ligne droite 90 kilomètres et deux montagnes à traverser. C'est dans l'attitude de la course rapide que se faisaient d'ordinaire représenter les vainqueurs : c'est ainsi que le sculpteur Myron avait figuré son Coureur, dont une copie en bronze nous a été conservée.
Ensuite on appelait les lutteurs dans l'arène. Pour cet exercice, il fallait plus d'adresse et une éducation spéciale y était nécessaire. Ce qu'on appréciait en effet par-dessus tout dans cette épreuve, c'était moins la force brutale que la science technique, c'était la rapidité et la sûreté du coup d'œil, qui suit et prévoit tous les mouvements de l'adversaire, c'était Thabileté de la parade , la variété des feintes , l'ingéniosité de la riposte. Comme l'escrime, la lutte était un art, où il ne s'agissait pas seulement de vaincre, mais encore de vaincre avec élégance. En général il fallait par trois fois renverser 1 adversaire de manière à lui faire toucher
lé sol par les épaules; mais sur ces corps frottés d'huile la prise n'était pas facile; aussi les usages olympiques autorisaient toutes sortes d'artifices, qui consistaient à tendre la jambe ou à tirer le pied de fadversaire, ou à sauter par derrière d'un seul élan sur ses épaules; parfois aussi on voyait des lutteurs s'accrocher de toutes leurs forces à leur rival et l'entraîner par terre par leur propre poids : c'était le coup favori du célèbre Mîlon de Crotone. Une autre forme de la lutte consistait à continuer le combat, alors même qu'un des concurrents était tombé par terre; alors la lutte devenait un véritable corps-à-corps, où tout moyen était bon; on se prenait à la gorge, on se mordait jusqu'au sang. « Leurs dos, dit le vieil Homère, craquaient sous l'effort violent de leurs bras hardis; une sueur humide coulait de leurs membres, et de nombreuses tumeurs, rouges de sang, s'élevaient sur leurs flancs et sur leurs épaules. » C'est ce moment du combat que représente le célèbre groupe des Lutteurs conservé à la Tribune de Florence ; la lutte ne cessait que lorsque l'un des deux adversaires s'avouait vaincu. Le combat du ceste était une lutte autrement sauvage et barbare, dont la boxe anglaise peut donner une idée fort adoucie. Dans cette sorte de pugilat les athlètes avaient les poings garnis de lanières en cuir souple renforcées en plusieurs endroits par des clou, ou des lamelles de plomb : c'est l'appareil dans leque. est représenté le Lutteur du musée de Dresde. Ainsi armés, les adversaires se jetaient l'un sur l'autre et s'assénaient deé coups terribles : aussi revenait-on d'ordinaire de cette épreuve en fort méchant état. Lcs> héros d'Homère, quand ils s'apprêtent à cette terrible lutte, ne parlent de rien moins que de déchirer les
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chairs et de briser les os de leur adversaire, et en effet le vaincu s*en va traînant les jambes, crachant le sang et laissant tomber la tête, tout prêt à défaillir. Plus d'une fois les combattants restaient sur le terrain; tout au moins ils en rapportaient le nez, les oreilles et les dents fort endommagés; et c'était si bien un signe caractéristique, que les monuments représentent en général les vainqueurs au pugilat avec les oreilles fort enflées; c'est le cas dans un fort beau bronze retrouvé au gymnase d'Olympie. Parfois même les pauvres diables s'en revenaient de cette épreuve complètement méconnaissables : « Après vingt ans, dit une épigramme, Ulysse fut reconnu par son chien Argos : mais toi, Stratophon, après quatre heures de pugilat, tu es devenu méconnaissable, non seulement pour les chiens, mais pour tes concitoyens eux-mêmes. Que dis-je? si tu veux te regarder dans un miroir, tu t'écrieras en jurant : « Je ne suis pas Stratophon. » A la vérité, un médecin de l'antiquité affirmait que le pugilat était un remède excellent contre les étourdissements et les migraines : il faut avouer que le traitement était un peu bien radical. Le combat durait jusqu'au moment où l'un des combattants s'avouait vaincu ; et le grand mérite consistait moins à parer les coups qu'à les éviter adroitement; la suprême élégance consistait à vaincre sans avoir reçu un seul coup ; bien plus, à n'en porter aucun, mais à fatiguer si bien l'adversaire qu'il dût, épuisé, renoncer à la lutte.
Le pancrace terminait les exercices de la journée. C'était une combinaison de la lutte et du pugilat, et h cet égard c'était un exercice des plus estimés, car il réunissait la force et l'adresse : nulle épreuve ne passionnait davantage le public, nul triomphe n'était plus
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recherché par les athlètes fameux. Ou sait les prouesses de ces lutteurs célèbres de Tantiquité, dont les muscles, développés comme ceux de THercule Farnèse, ne connaissaient rien d'impossible. L'un saisit un taureau par la jambe de derrière et le tient si solidement que l'animal lui laisse son sabot dans la main; un autre arrête d'un seul bras un char lancé à toute vitesse; Milon de Crotone se serre la tête avec une corde et la casse en gonflant les veines; Polydamas, comme Hercule, rencontre un lion et le terrasse. On ne tarissait pas, dans les fêtes d*01ympie, sur les exploits et les tours de force de ces héros du stade; et eux-mêmes ne laissaient échapper nulle occasion de faire montre de leur vigueur. Aussi la plupart finissent mal : Milon de Crotone se laisse prendre les mains dans la fente d'un arbre, et meurt là, dévoré par les loups; Polydamas périt écrasé par la chute d'une grotte qu'il s'efforce vainement à soutenir de ses puissantes mains.
Le jour suivant, les jeux se continuaient à l'hippodrome. Les fouilles ne nous ont malheureusement fourni nul renseignement sur cet édifice, et nous ne le connaissons que par la description de Pausanias. Il était sans doute parallèle au stade, et sa longueur totale était de quatre stades; la piste proprement dite en mesurait deux seulement, c'est-à-dire 770 mètres. Il avait la forme d'un vaisseau allonge, terminé vers Test par un talus demi-circulaire, à Touest par la barrière ou apkésis^ garnie de stalles parallèles tournées vers le champ de course, et où prenaient place après le tirage au sort les chars ou les chevaux. Au milieu de la barrière se trouvait un autel surmonté d'un aigle mécanique qui donnait en s'enlevant le signal du départ. A ce moment les cordes qui fermaient les stalles s'abais-
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saient, et lorsque tous les concorreats se trouvaient en ligne sur une autre barrière, une sonnerie de trompette ordonnait le départ. C'étaient d'abord les courses des cbars à quatre chevaux, à la caisse montée sur deux roues basses, avec deux chevaux attelés au timon et deux chevaux de volée, que dirige le cocher debout et tenant à pleines mains les guides et le fouet; c était le concours à la mode, celui qui attirait les plus puissants et les plus riches des Hellènes, celui dont la palme était le plus enviée : parmi les vainqueurs on cite Cimon et Alcibiade, Gélon de Syracuse et Uiéron, et bien d'autres. Nul spectacle non plus n'était plus passionnant pour les spectateurs, lorsque les chars s'élançaient et se heurtaient dans l'arène, lorsque les chevaux se cabrqient affolés en contournant la borne mystérieuse où se cachait le démon Taraxippos, l'épouvantail des chevaux. Il faut lire dans VIliade d'Homère ou dans le fameux récit de VÉlectre de Sophocle l'émouvante description de ces courses ardentes, où plus d'un parmi les concurrents se brisait dans la carrière. Aux courses de chars succédaient les courses de chevaux, où il fallait faire douze fois le tour de l'hippodrome : elles aussi avaient une grande importance. Les chevaux victorieux étaient comblés d'honneurs; on leur élevait des statues, on leur bâtissait des tombeaux somptueux; parfois, ils étaient même, comme les coursiers de Cimon, enterrés avec leur madtre dans la sépulture de famille.
Aussi bien, comme dans les courses de notre temps, ce n'était point le conducteur du char ou le cavalier qui remportait le prix, c'était le propriétaire des chevaux engagés. Il importait même assez peu que le jockey fût démonté en route, pourvu que le cheval
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continuât à fournir correctement la conrBe. C'est ainsi que la jument de Pheidolas, après avoir jeté bas son cavalier, poursuivit régulièrement sa marche, et ralentissant Tallure au signal de la trompette, s'arrêta d^elle-mème, bonne première, devant la tribune du jury. Pheidolas eut le prix et une statue fut élevée dans TAltis au cheval qui avait su gagner une si belle victoire.
Les courses terminées, on retournait au stade et le pentathle commençait. C'était le plus compliqué des exercices et le plus distingué, celui qui montrait le mieux la complète harmonie d*un corps humain; les vainqueurs à ce jeu passaient pour les plus beaux des hommes, « car leurs corps, dit Aristote, sont également capables de force et de vitesse ». Mais c'était une victoire difficile : il fallait traverser cinq épreuves successives, le saut, le jet du disque, le jet du javelot, la course et la lutte. On connaît déjà les deux dernières. Pour le saut, on devait franchir une distance énorme; pour cela, les concurrents montaient sur un tremplin élastique et prenaient leur élan en balançant de lourds haltères, dont le poids leur permettait ensuite de s'arrêter tout net à Fendroit qu'ils atteignaient. Pour répreuve suivante, on se servit primitivement de pierres, plus tard de disques circulaires souvent ornés de sculptures, et qull s'agissait de jeter le plus loin possible. Plusieurs statues célèbres, dont la plus fameuse, conservée au palais Massimi à Rome, est une copie du Discobole de Myron, montrent les attitudes diverses que prenaient les athlètes pour viser et lancer le disque ; le musée de Berlin conserve d'autre part un de ces palets, dont le diamètre est de 0,âi et le poid» de 2 kilogrammes.
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Enfin la course armée terminait les jeux. C'était une sorte de défilé militaire qui deux fois parcourait la longueur du stade. Primitivement les concurrents portaient l'armure complète; plus tard ils n'eurent plus que le bouclier. C'est dans cet appareil qu'est représentée la statue du Louvre connue sous le nom de Gladiateur Borghèse, et dans laquelle il faut reconnaître un hoplîtodrome vainqueur.
Le dernier jour des fêtes était consacré à la distribution des récompenses. Elles étaient d'une simplicité tout antique : une couronne d'olivier sauvage, coupé à l'arbre saint jadis planté par Héraclès, et un rameau de palmier, symboles de la force et de l'immortalité, étaient décernés aux vainqueurs. Mais la remise en était solennelle. Devant le temple de Zeus, sur la table d'or et d'ivoire ciselée par Colotès, les prix étaient placés, et tandis que le héraut proclamait, aux applaudissements de la foule, le nom et la patrie des triomphateurs, les hellanodices posaient les couronnes sur le front des olympionikes. Toutefois une foule d'avantages matériels accompagnaient les victoires du stade: nourris au Prytanée dans leur ville natale, exemptés de tout impôt, les vainqueurs recevaient en outre de la gratitude de leurs compatriotes toute espèce de récompense; ils avaient une place d'honneur au théâtre, et souvent une rente viagère assurait pour l'avenir la tranquillité de leur existence. Tout cela n'était rien pourtant au prix de la gloire étemelle qu'attachaient au nom des vainqueurs les modestes couronnes olympiques.
La fête était finie : il ne restait plus qu'à remercier les dieux. Aux autels de l'Altis, les triomphateurs venaient offrir leurs sacrifices et leurs actions de grâces. Pour rehausser l'éclat de cette procession solennelle,
les parents, les concitoyens du vainqueur mettent libéralement leur bourse à sa disposition : et au son des flûtes, parmi les chants des chœurs, le somptueux cortège se déroule dans TAltis. Puis ce sont les processions des théories apportant aux dieux d'Olympie leurs derniers hommages; c'est le banquet solennel qui réunit au Prytanée les vainqueurs et les plus illustres des étrangers accourus à la fête; ce sont les festins splendides offerts par Ja générosité dés vainqueurs à leurs parents, à leurs amis, à leurs compatriotes, parfois à la foule entière réunie à Olympie. C'est ce qu'osa faire Alcibiade ; et pour suffire à ce repas gigantesque, il ne fallut pas moins que le concours de plusieurs villes alliées d'Athènes, heureuses de flatter le séduisant vainqueur qui fêtait si royalement sa fortune.
Ajoutez, pour compléter la vivante image de cette fête merveilleuse, les occupations, les divertissements de toute sorte qui s'offraient aux pèlerins. A Olympie, les hommes d'État engageaient les négociations diplomatiques les plus graves, et tenaient à honneur de déposer dans l'Altis la copie des traités célèbres; à Olympie, les sophistes fameux, les Hippias et les Gorgias, viennent faire des conférences à la foule assemblée, les écrivains, comme Hérodote, donnent lecture de leurs ouvrages et parfois même, avec Lysias et Isocrate, la politique se glisse dans les discours olympiques. Les princes qui se piquent de bel esprit y font lire leurs vers, et plus d'une fois y sont impitoyablement siffles; les savants y exposent leurs découvertes, les peintres leurs tableaux. A Olympie, Aétion fait connaître la toile où il a représenté les noces d'Alexandre, et Zeuxis étale fastueusement l'argent qu'il a gagné avec son pinceau. Nulle gloire n'est complète si elle
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Q*a été consacrée aux grandes fêtes de Zeus; et jusque dans cette exaltation de la force physique» la Grèce fait une place aux œuvres de Tesprit.
Enfin, avant de quitter Olympie, les vainqueurs faisaient élever leur statue dans Tenceinte sacrée. Le plus souvent, c'était une figure idéale : ce n'est qu'après trois triomphes qu'un athlète pouvait faire exécuter son portrait. On sait combien cet usage a contribué à la splendeur d'Olympie; une multitude de statues, commandées aux plus célèbres artistes de l'époque, s'accumulent sous les grands arbres de l'Altis. Volontiers on se fait représenter dans l'attitude de la victoire, et les vainqueurs des concours hippiques en particulier rivalisent de luxe et de splendeur, et souvent, à côté de leur statue, font placer l'image de leur cocher et le portrait de leurs chevaux. Aujourd'hui, de ce musée incomparable, il subsiste à peine quelques bases de statues, quelques têtes séparées du corps : tout le reste a péri dans le désastre d'Olympie.
Maintenant la fête était finie et la ville sainte rentrait dans le silence. Elle n'était point pourtant entièrement désertée. Dans la solitude de l'Altis, les prêtre» continuaient à offrir aux autels les sacrifices consacrés, et de grandes solennités religieuses attiraient plus d'une fois dans l'intervalle des concours olympiques de nombreux pèlerins au sanctuaire de TËlide. Tous les cinq ans, les fêtes de Héra réunissaient les femmes du pays et des régions limitrophes; chaque jour, l'oracle de Zeus attirait à lui les dévots curieux de l'avenir. Mais la préoccupation des grands jeux dominait tout le reste : car c'est à eux qu'Olympîe devait sa gloire, sa fortune, sa splendeur et Tincompa* rable éclat de ses monuments.
Parmi ces monuments, nui n'était plus célèbre que le grand temple construit par les habitants d*Êlis en rhonneur de Zeus, et dont la décoration avait été confiée aux plus illustres artistes du v« siècle. Par une singulière bonne fortune, nous pouvons aujourd'hui encore reconstituer dans son ensemble cet édifice fameux, et cela, non point seulement dans les lignes essentielles de son architecture, mais dans toute la splendeur de sa riche décoration sculpturale. Le hasard des fouilles nous a rendu la plus grande partie des marbres qui jadis ornaient le temple ; et ces marbres nous ont révélé une école de sculpture jusque-là presque inconnue. Grâce à eux, de grands maîtres, sur lesquels l'antiquité a accumulé les louanges, sortent de Tombre qui les enveloppait et se révèlent à nous par des œuvres qui justifient leur renommée ; grâce à eux, une lumière nouvelle éclaire la période artistique, si obscure encore, qui vit naître les précurseurs de Phidias : il faut donc s'arrêter un instant à ces œuvres et devant ce sanctuaire célèbre entre tous les édifices d'Olympie.
Pausanias raconte que, vers le milieu du v® siècle, les Êléens, ayant défait dans une grande bataille les gens de Pise, leurs voisins, qui leur disputaient la primauté, résolurent d'employer le butin fait dans cette campagne à élever à Zeus un temple digne de lui. Commencé sans doute vers 470, l'édifice était fort avancé en 457 ; en 445, ainsi que l'atteste un témoi* gnage certain, il était complètement achevé; et la
rapidité du travail autant que rélégance de la conception font grand honneur à larchitecte, l*Eléen Libon, qui fut chargé du monument. Le temple était construit non point en marbre, mais en pierre calcaire tirée des carrières voisines et recouverte de stuc ; il était d'ordre dorique, avec six colonnes sur la façade et treize sur les côtés; il mesurait 64 mètres de long et 27 de large ; et Tangle supérieur du fronton était à 21 mètres audessus du sol. A rintérieur, deux ordres superposés de colonnes doriques soutenaient la toiture; sous le portique, au-dessus des entrées du pronaos et de Topisthodome, deux séries de métopes sculptées représentaient les travaux d'Hercule. A la frise extérieure du temple, les métopes, contrairement à l'usage, demeuraient vides de sculptures : et des ornements polychromes, des rangs de palmettes et de méandres, des boucliers dorés rehaussaient seuls la blancheur de Tarchitrave. C'est aux frontons qu'on avait réservé l'essentiel de la décoration sculpturale ; à la façade de l'est, se déroulait l'histoire de la fameuse course de chars qui coûta la vie à Oenomaos; à la façade de l'ouest était représenté le combat des Centaures et des Lapithes; enfin, au-dessus du fronton oriental, étaient placés, au sommet et aux angles, une Victoire en bronze doré et deux vases du même métal^ œuvres du sculpteur Paeonios de Mendé. Tandis qu'en eflFet des artistes indigènes avaient bâti le temple et sculpté les métopes, la tradition d'Olympie attribuait à des artistes étrangers les marbres des frontons, et de même que plus tard, pour élever à Zeus une statue digne de lui^ on appela à Olympie Phidias et ses élèves, ainsi, dit-on» la décoration des frontons avait été confiée à deux des maîtres les plus renommés de l'époque, Alcamène
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d'Athènes, qui avait sculpté les figures de la façade occidentale, et Paeonios de Mendé, qui avait exécuté les groupes du fronton oriental. Ce sont précisément ces marbres fameux que nous ont rendus en partie les fouilles d'Olympie.
Pausanias nous apprend quel épisode de la légende avait choisi pour sujet le sculpteur du fronton oriental : c'étaient les préparatifs de la course où vont lutter Pélops et Oenomaos. «Au milieu du fronton, dit l'écrivain, est la statue de Zeus; auprès de lui, à droite, est Oenomaos, mettant sur sa tète un casque, et à côté sa femme Stéropé, Tune des filles d'Atlas. Le cocher d'Oenomaos est assis devant les chevaux, qui sont au nombre de quatre. Après viennent deux hommes, ils n'ont pas de nom, mais il est évident qu'ils sont eux aussi chargés de soigner les chevaux d'Oenomaos. A cette extrémité du fronton, est couché le Gladeos. Du côté gauche du fronton, après Zeus, viennent Pélops et Hippodamie, puis le cocher de Pélops; ensuite le tympan se rétrécit, et à son extrémité est sculpté TAlphée. »
Malgré la simplicité de cette composition, qui, de chaque côté de Zeus, place deux groupes symétriques de cinq figures, et remplit les angles du fronton par le corps allongé des deux fleuves, il n'est point aisé de replacer dans l'ordre qu'Us occupaient jadis à la façade du temple les fragments des sculptures retrouvées dans les fouilles. En tombant du sommet du fronton, tous ces marbres se sont brisés dans la chute et les figures de la façade orientale en particulier nous sont parvenues fort mutilées. Il a fallu rapprocher ces morceaux épars, reconstituer cet ensemble détruit; et quoique le travail du marbre, généralement laissé
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fruste à la partie postérieure, fournisse des indicattoiiB utiles, quoique la hauteur des différentes figures, proportionnée aux exigences de Tespace triangulaire du fronton, permette d'en retrouver à peu près la place, pourtant les recherches des savants modernes ont abouti à des eonclnsions fort différentes : et dans les groupements divers qui ont été proposés, la composition est souvent fort dissemblable.
Il faut voir au musée d'Olympie, ou du moins dans les belles planches qui accompagnent le récent ouvrage de MM. Laloux et Monceaux*, les fragments, parfois remarquables, qui restent du frontoa oriental. Au milieu, c'est un torse nu d'une facture large et superbe, provenant du Zeus debout, immobile et hautain, entre les deux groupes parallèles qui se partageaient les moitiés du fronton; à droite du dieu se tient le roi Oenomaos, la lance en main, le poing fièrement appuyé sur la hanche, dont nous avons le buste vigoureux et la tête mutilée; à gauche, c'est Pélops tout jeune et imberbe encore, dont le beau corps juvénile est plein d'une élégante souplesse ; et aux côtés des deux adversaires, opposées elles aussi avec une rigoureuse symétrie, Stéropé en longs vêtements et détournant légèrement la tête, Hippodamie pensive, vêtue du lourd péplos dorien aux plis raides et droits, complètent le motif central de la composition. Puis, des deux côtés, c'est le groupe des chevaux, ménageant une transition habile entre les personnages représentés debout et les figures agenouillées ou couchées sous le rampant du fronton qui s'abaisse; et auprès des attelages, déjeunes hommes accroupis, cochers ou compagnons des héros,