La Restauration d^Olympie, p
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dont la place ne saurait être fixée avec une pleine exactitude, mais dont Tattitude est parfois admirable de naturel et de grâce réaliste. Enfin, dans Tangle gauche du fronton, c*est le fleuve Alphée au torse puissant, aux formes pleines et robustes, se soulevant sur le coude pour contempler la lutte; et d'autre part, vers Textrémité de droite, deux figures, les mieux conservées et les plus remarquables peut-être du fronton oriental : dans Tangle, c'est le Gladeos, au buste nerveux et svelte, à la tête élégante et fine, soulevé sur les deux bras et regardant devant lui avec une curiosité intense; c'est surtout, entre les chevaux et le dieu du fleuve, le beau vieillard assis, le coude appuyé sur la jambe droite, la jambe gauche allongée, le bas du corps enveloppé dans des draperies qui découvrent le torse. La tête, parfaitement conservée, est admirable d'expression et de puissance : le crâne, chauve au sommet, s'encadre sur la nuque et les tempes de longs cheveux bouclés; le large front est sillonné de rides; l'œil regarde bien en face; la bouche semble parler. Par sa sincérité un peu brutale, ce marbre mérite une attention particulière : rarement l'antiquité a traduit avec un tel réalisme une vie plus intense.
Le fronton occidental est d'une composition plus compliquée, et Pausanias déjà éprouvait quelque embarras à en rendre compte : « Exactement au milieu du fronton, dit-il, est Pirithoûs, et auprès de lui, d'un côté, le roi des Centaures Eurytion enlevant la femme de Pirithoûs, et Cœneus portant secours à Pirithoûs; de l'autre, Thésée combattant avec une hache contre les Centaures. Des Centaures, Fnn a enlevé une jeune fille et l'autre un beau garçon. » On voit quel était le sujet représenté : c'était un des motifs les plus chers
aux sculpteurs de Técole attique,qui Tavaient reprodu'.t à la frise du Théseion, aux métopes du Parthénon et au temple de Phigalie. A* Olympie pourtant, la scène était moins simple que ne la décrit Pausanias : au lieu des neuf personnages qu'il indique, les fouilles en ont rendu vingt ou vingt et un, et de tous ces fragments rapprochés à grand^peine il n'a point été facile de reconstruire un ensemble incontesté. Cependant ici encore, comme dans le fronton oriental, les groupes s'opposent l'un à l'autre avec une rigoureuse symétrie. Au centre Apollon, debout entre les combattants, le bras droit étendu, domine toute la scène, et le torse large et musculeux du dieu, sa tète juvénile coiffée à la mode archaïque, son attitude calme et sereine qui s'oppose à la fureur de la bataille, donnent à la figure un caractère singulier. De chaque côté du dieu, des groupes de trois personnages s'enlacent dans une lutte ardente : à gauche le roi des Centaures saisit Déidamie, qui de toute la force de ses bras tendus repousse le monstre, pendant que Pirithoûs se précipite aa secours de la jeune femme; à droite, une jeune fille se débat aux bras d'un autre Centaure, déjà blessé à la tcte d'un coup de hache que Thésée vient de lui asséner. Et de chaque côté de ce motif central, symétriquement opposés l'un à l'autre, d'autres groupes se succèdent, dont la hauteur diminue avec l'abaissement du fronton : des bustes de jeunes gens s'entrelacent aux pesantes croupes des Centaures; des corps souples de jeunes femmes se débattent aux bras de leurs ravis* seurs, et tous ces personnages se mêlent ]en des attitudes d'une audacieuse variété. Enfin, aux angles du fronton, des femmes accroupies regardent avec effroi les péripéties de la lutte; et tout à l'extrémité, de
chaque côté, une nymphe nonchalante assiste, impassible et curieuse, au drame qui se joue sous ses yeux ^
Les guides officiels qui promenaient les pèlerins dans l'Altis affirmaient que le fronton oriental était de la main de Paeonios et qu*Alcamène avait sculpté les marbres de la façade occidentale. Depuis les découvertes d*01ympie, l'archéologie moderne a livré des batailles acharnées pour combattre ou défendre cette tradition : et malgré de longues controverses, peutêtre est-il difficile, sinon impossible, d'atteindre sur ce point la vérité ; mais du moins, pour résoudre ce délicat problème, faut-il chercher tout d*abord à apprécier la valeur et à caractériser le style des frontons d'Olympie.
Si Ton examine les draperies, on trouvera qu'elles sont traitées d'une manière extrêmement sommaire. Tandis que chez les maîtres archaïques les étofTes ëe disposent en plis symétriques et cassants, tandis que dans les marbres du Parthénon elles s'adaptent aux corps avec une merveilleuse souplesse et une parfaite harmonie, ici au contraire les draperies sont négligemment placées, comme jetées au hasard, et parfois de façon si bizarre qu'il est presque impossible sous leurs plis de -Retrouver une forme vivante. Si l'on regarde les corps, à côté de morceaux superbes, on constate en général une facture très sommaire, un travail rapide, un ciseau d'une singulière mollesse; on n'y retrouve plus la sévère raideur de l'art archaïque, on n'y voit pas encore l'élégante précision de l'art attique. Des anatomies mal étudiées, et parfois incompréhensibles, des muscles sans élasticité, des formes
1. Voir les planches qui reproduisent ces m&rbres dans la Restauration d'Olympie, p. 81-85.
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arrondies et vagues, des chairs molles et peu résistantes, tels sont les caractères de ces figures insuffîsamment dessinées et construites, où la main de l'artiste, soucieuse avant tout d'un effet à produire, semble avoir volontairement dédaigné les savantes recherches du modelé. Quant aux attitudes, elles sont parfois d'une audace, et toujours d'un réalisme extraordinaires : ne cherchez ici ni les allures savamment compassées des guerriers d'Égine, ni Fincomparable noblesse des figures du Parthénon. Dans les marbres d'CMympie, il n'y a rien d'idéal : le Cladeos se traîne sur le ventre, les jeunes hommes du fronton oriental s'accroupissent avec un laisser aller qui n'a rien d'académique; et si les personnages debout gardent un peu plus flère allure, pourtant ils valent surtout par la vie intense dont ils sont parfois animés. Voyez enfin les tètes de ces figures : car, par une bonne fortune bien rare, la plupart de ces marbres nous rendent mieux qu'un buste décapité, et tandis que parmi les personnages du Parthénon un seul a conservé sa tête, à Olympie trois têtes du fronton est, onze du fronton ouest nous sont parvenues, et plusieurs parfaitement intactes.. Ici encore, comme pour les draperies, comme pour tout le reste, vous trouverez des inégalités singulières. Certaines de ces figures ont l'aspect tout archaïque : le front est bas, le crâne largement développé, les cheveux symétriquement arrangés sont bouclés avec un soin méticuleux, parfois même un bonnet couvre la chevelure, et, suivant l'usage des primitifs, la peinture vient secourir les faiblesses du ciseau. Et à côté de ces négligences, on rencontre des têtes exquises, des figures placées de profil, à To&il Tif, à la bouche expressive; plusieurs têtes de femmes
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du fronton occidental ont une jeunesse et une grâce ravissantes et, ma%ré quelque froideur d'expression, je ne sais quel air d'aristocratique distinction.
En somme, il y a dans ces marbres un singulier et curieux mélange de qualités et de défauts ; les traditions archaïques y coudoient des audaces toutes nouvelles; 4 côté de certains morceaux d'une facture étonnante, les négligences, les incorrections, les maladresses, les ignoranees abondent; et, chose plus extraordinaire encore, dans les deux fronUms se rencontrent les mêmes traits caractéristiques, le travail inachevé et rapide, qui s'est à peine préoccupé de dégrossir le revers des statues, la facture incertaine et sommaire; si bien qu'il semble vraiment, au premier regard jeté sur ces marbres, que tous soient nés d'une même école •et sortis des mêmes mains.
Mais regardez la composition, d'ailleurs si supérieure à la main-d'oeuvre dans l'un et l'autre fronton : sans doute, dans les deux façades, les groupes se disposent suivant une symétrie rigoureuse autant qu'excessive; mais quelle différence pourtant! A Test les personnages sont placés presque au hasard, sans Uen qui les rattache à une action commune et, comme on l'a dit spirituellement, alignés comme un jeu de quilles. A cette rakleur, à cette sécheresse, opposez la composition tout autrement dramatique du fronton occidental, le mouvement passionné, l'audacieuse variété, 4|ui le remplissent; on sent que l'artiste a eu l'ambition de créer une action dans le marbre, le désir d'ordonner sm personnages en groupes savamment x'ombinés; el malgré plus d'une faiblesse, l'oeuvre n'est point ^temeurée trop au-dessous du rêve. Ainsi l'on aboutit, en dernière analyse» à cette contradiction singulière :
la composition des deux frontons ne saurait être du même maître; et pourtant le style des deux œuvres semble trahir la même main.
Faut-U, pour expliquer cette identité dans la maind'œuvre, cette inégalité entre l'invention et Texécution, ces faiblesses enfin à peine admissibles chez de grands artistes, croire que les maîtres athéniens fournirent simplement les esquisses et que des praticiens locaux exécutèrent sur ces dessins les sculptures des frontons? De tels partages n'étaient point rares ; et Phidias luimême s'est contenté de dessiner les cartons de la frise du Parthénon. Faut-il s'efforcer au contraire de trouver entre les marbres du fronton oriental et la Victoire signée du nom de Paeonios de frappantes ressemblances, s*appliquer à démêler dans le fronton occi* dental quelque trace des goûts délicats, aristocratiques, qui caractérisaient le talent d'Alcamène? Faut-il à la vigoureuse puissance, au réalisme sincère de la façade orientale opposer les proportions plus élégantes et plus fines, le modelé plus serré et moins brutal, que Ton croit apercevoir dans la façade occidentale; et pour sauver à tout prix la tradition, pour conserver à Paeonios et à Alcamène la gloire et la paternité de ces ouvrages, faut-il excuser les négligences de la facture en supposant que ces statues décoratives, placées à 19 mètres de hauteur, étaient faites pour être vues de loin, pour frapper vigoureusement les regards, et qu'à cette distance la précision du détail et le fini de l'exécution importent peu?
Certes il est séduisant de retrouver l'œuvre authentique de deux grands maîtres jusque-là inconnus, de montrer ces deux artistes contemporains et émules de Phidias, mais indépendants de son influence, tra-
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vaillant à Olympie avant que le grand sculpteur athénien y fût venu, et préparant dans leurs œuvres, antérieures aux frontons du Parthénon, les voies où Phidias trouvera les éléments divers de son génie. Certes il est séduisant, entre les Eginétes et le grand maître attique, de faire place à ces précurseurs si divers de génie : Tun, Paeonios, plein d'ardeur et de fougue, essentiellement préoccupé de Teffet décoratif, frappant fort, brutalement même, afin d'être compris de la foule, une sorte de Michel-Ange antique, comme on Ta dit, ayant, comme le maître romain, Ténergie, le sentiment de la vie et cette sincérité réaliste que n'effarouchent pas certaines vulgarités^; l'autre, Alcamène, plus délicat, plus aristocratique, dont le chefd'œuvre, l'Aphrodite des jardins, était célèbre dans toute l'antiquité pour la distinction des extrémités et l'élégance du visage, plus savant que Paeonios, mais moins puissant que lui, plus élégant et plus fin, moins nerveux et moins saisissant, mais d'un charme plus pénétrant peut-être et d'une grâce plus originale : tous deux annonçant et préparant Phidias, qui saura à la grâce attique de l'un unir la simplicité magistrale, la puissance grandiose puisées à la forte école des maîtres péloponnésiens.
Malheureusement, les preuves directes manquent pour soutenir ces séduisantes hypothèses. Notre connaissance de l'antiquité est si fragmentaire, si incomplète, que les noms les plus illustres, les artistes les plus fameux flottent, quand il s'agit de fixer les dates de leur vie, entre les limites les plus incertaines; et d'autre part l'étude des œuvres d'art, même pour les