Renan, Études d'histoire religieitse, p
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river au terme, dit Plutarque, la frayeur est au comble; on frissonne, on tremble d'épouvante; une sueur froide vous glace. » Puis tout à coup, par un changement h vue, c'étaient de splendides clartés. Les mystes étaient reçus dans des lieux de délices; des harmonies merveilleuses se faisaient entendre ; de divines apparitions se présentaient à leurs yeux étonnés et ravis. « Les voiles tombaient, dit un écrivain ancien, et la divinité se montrait aux regards des mystes rayonnant d'un éclat céleste. » On juge du puissant effet que faisait ce contraste, où, par une application à la vie humaine, était figuré le passage des horreurs du Tartare aux béatitudes des Champs Éiysées.
On nous parle en outre de discours tenus dans les mystères, et on peut se demander si c'étaient là des prédications à la manière chrétienne, un enseignement dogmatique expliquant les symboles et révélant aux initiés de hautes vérités morales et religieuses. La chose est bien peu vraisemblable. Les initiés, à ce que dit Aristote, n'apprenaient rien de précis dans les mystères : « ils reçoivent des impressions, ils sont mis dans une certaine disposition d'âme ». Ce n'est point au raisonnement qne s'adressaient les mystères d'Eleusis, c'est aux yeux, à l'imagination, au cœur. La plupart des initiés n'emportaient de ces fêtes que des notions confuses; ils n'y trouvaient nul enseignement moral, nulle révélation philosophique. Le dratne hiératique avec sa pompe brillante, ses scènes pathétiques, était un spectacle qu'on suivait avec un intérêt passionné, mais dont personne ne cherchait à découvrir le sens : il parlait à l'âme par sa vertu même. « J'écoutais ces choses avec simplicité, dit Plutarque, comme dans les cérémonies de l'initiation et des mystères, qui ne compor-
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tent aucune démonstration,' aucune conviction produite par le raisonnement. » Et cependant, quoiqu'on ne se préoccupât point de faire pénétrer aux fidèles le sens caché des rites, et de leur en expliquer les obscurs symboles , les cérémonies solennelles d'Eleusis ne demeuraient point inutiles. « Les tableaux qui se déroulaient aux regards des initiés, les objets symboliques qu'ils touchaient, les formules mystérieuses qu'ils entendaient prononcer, tous ces rites, dont la raison précise leur échappait, n'étaient cependant pas vides de sens pour eux et éveillaient dans leurs âmes des impressions d'un ordre supérieur h celles d'uà spectacle purement humain ^. »
Rien n'égale la vénération: profonde que le» esprits les plus graves de l'antiquité, philosophes, bomn^es d'État, orateurs, historiens et poètes ont professée pour les mystères d'Eleusis. Depuis Pindare jusqu'à Platon, depuis Isocrate jusqu'à. Cicéron^ tous s'ae* cordent à reconnaître qu'ils ont eu sur les âmes une profonde influence. « On dit, écrit Diodore de Sicile, que ceux qui ont participé aux mystères deviennent plus pieux, plus honnêtes et meilleurs en toutes choses qu'ils n'étaient auparavant. » Et Luerèee, peu suspect d'indulgence pour les religions antiques, proclame qu'ils ont consolé la jeunesse de rhun>anité :
Primse dederunt solacia dulcià vîtœ.
Ce n'étaient donc point seulement de dévotes pratiques et des rites stériles; il femt croii^e que ces cérémonies agissaient sur l'âme avec quel<)uie effîeace^ L'image
1. Decharme, Mythologie de la Grèce antique', p. 399. Voir les belles pages que M. Renan a consacrées «ux mystères (Ètuden ii^histoire religieuse, p. 50-60).
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â€s enfers où habitait la déesse^ le tableau féerique des joies de l'Olympe éveillaient dans Fesprit des initiés le souci de leur propre destinée : au milieu des ténèbres qui les épouvantaient, dans cette lumière divine qui les baignait de elartés, ils songeaient au jour où, descendus eux-mêmes sous la terre, ils verraient ces horreurs et ces béatitudes ; aussi, plu» que toute autre chose, la préoccupation de la vie future poussait les Grecs vers le sanctuaire d'Eleusis, et ils y trouvaient en effet des promesses et des espérances. Dans les pioésies mystiques récitées* dans le sanctuaire, ils apprenaient qu'après leur mort les initiés, couronnés de fleurs, viendraient s'asseoir au banquet des saints pour y goûter les joies étemelles; qu'ils formeraient une société d*élus, voyant les dieux face à face, et que dans des lieux pleins de lumière, dans un air toujours pur, ils jouiraient, au milieu des jeux et des harmonies, d'une perpétuelle félicité. Ils apprenaient, comme le dit une inscription récemment découverte à Eleusis, « cette belle et bienheureuse vérité, que la mort n'est point un mal, mais qu'elle est un bien pour les mortels » ; Us emportaient avec eux, comme le dit Isocrate, a les plus douces espérances, non seulement pour la fin de cette vie, mais encore pour toute la durée des temps ». Les profanes, ceux qui n'avaient point reçu le privilège de l'initiation, devaient s'attendre après la mort à d'éternels supplices; et Triptolème lui-même siégeait aux enfers pour assigner aux initiés la place d'honneur qui leur était due. « trois fois heureux, s'écrie Sophocle, ceux des mortels qui, après avoir contemplé ces cérémonies saintes, iront dans l'Hadès ; car pour eux et pour eux seuls, la vie est possible dans le monde d'en bas ; pour les autres, il ne peut y avoir
que des souffrances. » On voit quel était le grand mérite des mystères : en enseignant Timmortalité de rame, en faisant dépendre le bonheur de la vie éternelle de certaines conditions de pieté, de pureté, de justice, en faisant pénétrer dans les âmes le sentiment de TinOni, ils ont puissamment contribué à entretenir les traditions religieuses et morales de Thumanité. Aux derniers jours même du paganisme, alors que de graves désordres compromettaient les mystères d'origine égyptienne^ syrienne ou phrygienne, ils surent demeurer exempts de toute corruption; et leur doctrine, plus philosophique encore que religieuse, conserva sans mélange son caractère de gravité austère jusqu'au jour où, en 381, Tédit de l'empereur Théodose ferma pour toujours le sanctuaire d'Eleusis.
Parmi les monuments où était célébré le culte des Grandes Déesses, les fouilles nous ont rendu quelquesuns des plus importants. A Tangle septentrional de l'enceinte sacrée, dont on peut encore suivre les murs et retrouver les tours puissantes, on voit d'abord les grands Propylées, avec leurs six colonnes doriques et leur double façade, leur couloir intérieur bordé de colonnes ioniques, et le grand médaillon, représentant sans doute un empereur, qui couronnait le fronton extérieur. Plus loin, ce sont les petits Propylées, qui servaient d'entrée à une enceinte plus ancienne ; et à rintérieur, au pied de la haute colline où s'élevait sans doute le temple de Déméter, et sur laquelle une chapelle de la Vierge cache encore les restes de l'édiûce antique, de nombreuses constructions s'élevaient dans
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la plaine. Le long de la voie sacrée, toute dallée de marbre et bordée de statues, on rencontrait le téménos et le petit temple de Pluton, construit au iv" siècle, avec les grottes nombreuses qui sans doute jouaient un rôle dans le culte du dieu souterrain; tout auprès c'étaient les trésors des déesses, dont Tun s'élevait peut-être sur le petit plateau auquel mènent six gradins taillés dans le roc; plus loin, contre le mur méridional du péribole, c'est le bouleuterion, remplace à l'époque romaine par deux somptueux portiques, entre lesquels s'ouvrait une entrée secondaire du téménos. Mais parmi ces constructions, la plus considérable, celle qui dans le plan compliqué des ruines attire les yeux tout d'abord, c'est la grande salle des initiations mystiques, construite au v* siècle sous la direction d'Ictinos. Par sa disposition, l'édifice ne rappelle en rien le plan ordinaire d'un temple grec : le portique de douze colonnes doriques qui en forme aujourd'hui la façade a été en effet ajouté au iv® siècle par Parchitecte Philon ; et la construction primitive ne comporte ni vestibule, ni cella, ni opisthodome. C'est une grande salle rectangulaire, ayant environ 50 mètres de large sur 45 de côté, ouverte par six portes ménagées sur trois de ses faces, et garnie tout à l'entour de huit rangs de gradins, où près de 3 000 personnes pouvaient aisément trouver place. Mais ce qui paraît singulier dans une salle évidemment destinée à réunir une nombreuse assistance, c'est que l'intérieur, au lieu de demeurer libre, est rempli tout entier par une forêt de colonnes, disposées sur six rangs parallèles, et qui empêchaient absolument les spectateurs, assis au pourtour de l'édifice, de voir l'ensemble de la représentation. Jadis, des explorations incomplètes avaient fait croire qu'il y
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avait ]A un sanctuaire souterrain^ ou mieux un dessous de théâtre où se préparaient les machines, les changements de décor, les apparitions merveilleuses qui dans le drame liturgique d'Eleusis frappaient si puissamment l'imagination des assistants. Les fouilles modernes ont montré la vanité de cette hypothèse. Le sol de la prétendue crypte se trouve au même niveau que le portique extérieur, et il faut se résoudre à j voir la salle même des initiations, sans en comprendre pleinement la disposition et Futilité. Au centre, une saillie existe dans le rocher : ce motif central portaitil une statue colossale, un autel, ou autre chose? on ne sait. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que l'édifice du VI® siècle, qu'a remplacé le monument d'Ictinos, présentait déjà, avec de moindres proportions, une disposition absolument identique. Les fouilles poussées à une très grande profondeur ont dégagé en maint endroit les constructions détruites par les Perses, et montré qu'ïctinos n'avait fait que reproduire, en l'agrandissant, le plan de la salle des initiations conçu par l'architecte anonyme du vi* siècle.
En avant de ce monument considérable que soutenaient deux puissants contreforts, s'étendait, entre le portique de Philon et la muraille du péribole, une grande terrasse construite sur les débris des vieux murs qui primitivement entouraient le sanctuaire. Dans cette cour dallée de marbre, s'élevaient de nombreux monuments, presque tous de l'époque romaine, des exèdres, des édicules destinés à porter des statues et dont on a retrouvé les dédicaces et les ruines. Là se rencontrait entre autres cette curieuse statue du Temps, élevée par un Romain, Q. Pompeius, fils d'Aulus, et ses deux frères, et consacrée « à la puissance de Rome
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et pour réternelle durée des mystères ». Enfin, des deux côtés de la salie des initiations, de larges escaliers taillés dans le roc donnaient accès à la terrasse supérieure, qui précédait le temple de la déesse et dominait les édifices du téménos.
De même que TAcropole d*Athènes, le sanctuaire d'Eleusis, on le sait, fut cruellement ravagé par Tinvasion des Perses. Heureusement Xerxès n'était point collectionneur; il n'emporta rien ou presque rien des dépouilles artistiques des vaincus; et quand la tour-' mente fut passée, les Grecs retrouvèrent au milieu des ruines les restes mutilés des statues consacrées à leurs dieux. On a vu par l'histoire des fouilles de l'Acropole qu'ils jugèrent inutile de relever sur leurs bases ces marbres décapités ou brisés, et que, couvrant d'une épaisse couche de terre ces débris du passé, ils éle* vèrent au-dessus des vieux sanctuaires des édifices nouveaux et plus beaux. Ils firent à Eleusis comme ils faisaient à l'Acropole : et nous ne saurions trop nous féliciter de cet heureux hasard. Tandis que les marbres célèbres du v* et du iv* siècle ont disparu pour la plupart dans le naufrage du paganisme, la terre a précieusement gardé ces trésors que dédaignait la Grèce de Périclès, et qui sont pour nous d'un prix inestimable. Au-dessous du niveau des temples d'Eleusis, les fouilles ont retrouvé de précieux monuments de J'art archaïque ; et quoique ces marbres, peu nombreux du reste, ne puissent être comparés aux statues de l'Acropole, quoiqu'on n'ait rencontré ici aucun de ces bronzes trouvés en si grande quantité à Olympie, cependant l'exploration du sanctuaire de Déméter a enrichi de quelques oeuvres remarquables l'histoire de l'art antique.
Il n*est point nécessaire de parler longuement de plusieurs statues féminines qui reproduisent le type déjà connu par les fouilles de Délos et de l'Acropole. Ici encore on pourrait suivre les lents et constants progrès de cet art primitif de la Grèce, depuis la figure presque informe, encore emmaillotée dans une enveloppe rigide, jusqu'aux images presque achevées que produit Tarchaïsme finissant. Toutes les étapes de la longue route sont à Eleusis marquées par quelque marbre : c'est d'abord le vieux xoanon, à peine dégrossi, enfermé dans sa gaine depuis la taille jusqu'aux pieds, et dont le buste seul s'épanouit plus librement sous le vêtement lourdement plaqué qui le couvre; puis ce sont les statues de femmes à la longue tunique plissée, à la chemisette gaufrée, au grand manteau drapé sur les épaules, à la chevelure soigneusement tressée, à l'attitude hiératique et calme. Parmi les figures de ce type découvertes à Eleusis, deux surtout sont intéressantes; car elles appartiennent à cette période de transition où Tarchaïsme finissant se dégage des enseignements de l'école et fait effort pour atteindre la vérité. L'une, suivant la convention qu'emploie l'art primitif pour indiquer la marche, avance une jambe et plie l'autre, et pose un corps vu de face sur des jambes placées de profil; mais, déjà les draperies sont traitées avec une merveilleuse finesse, et sous les étoffes variées, dont le sculpteur a su avec une rare habileté marquer la différence, se dessine un corps souple et jeune; sans doute, c'est encore la pure tradition archaïque, mais la technique déjà est tout à fait remarquable. L'autre marbre atteste un effort plus original et plus personnel; la chevelure est plus librement traitée, Tattitude plus souple; les draperies mar-
quent, par leur disposition nouvelle, le désir ardeni de faire autrement et mieux; les parties nues indiquent un souci plus sérieux de Tanatomie. Sans doute les extrémités n'ont point la délicate finesse des œuvres attiques, mais on sent ici la ferme volonté de rompre enfin les monotones conventions de l'école : et par ià ce marbre mérite l'attention. Malheureusement latôte manque dans toutes ces figures : pourtant on a trouvé à Eleusis quelques têtes archaïques, assez semblables d'ailleurs aux tètes athéniennes de valeur moyenne : on y retrouve la même disposition symétrique des cheveux teints en rouge et couronnés d'un diadème bleu, les mêmes yeux relevés vers les tempes, la même bouche au naïf sourire, enfin le même modelé sommaire, qui ne précise aucun détail de l'ovale trop exact où s'enferme le visage.
Quant aux richesses artistiques qui ornaient le temple d'Eleusis après sa reconstruction, elles ont presque toutes disparues : il n'en reste guère qu'un fragment de statue colossale, consacrée à l'époque romaine, et qui se trouve aujourd'hui à Londres, plusieurs bas-reliefs assez médiocres retrouvés dans le téménos de Plulon, et deux monuments considérables et tout à fait dignes d'attention. L'un est le célèbre bas-relief du musée d'Athènes, où Déméter assistée de sa fille remet au jeune Triptolème le grain de blé qui doit féconder la terre, une des œuvres les plus remarquables de l'art attique à l'époque qui précède immédiatement Phidias, et où la délicatesse du modelé, la souplesse et la grâce des mouvements appartiennent au style le plus pur. L'autre est une admirable tête de jeune homme, découverte en 1885 auprès du sanctuaire de Pluton, et qui est assurc-
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ment un des plus beaux ouvrages de la sculpture grecque du iv« siècle.
Une inscription trouvée auprès de ce marbre portait une dédicace à Ëubouleus, un dieu dont le culte était au V® siècle associé dans la religion éleusinienne à celui de Triptolème et du couple divin, mystérieusement appelé « le dieu et la déesse ». La légende faisait de ce personnage un frère de Triptolème, qui, au moment de i^enlèvement de Coré, conduisait son troupeau dans la plaine : en réalité ce nom désignait bien plutôt, par une sorte d'euphémisme, une divinité souterraine ; comme Pluton signifie le dieu qui enrichit, Ëubouleus veut dire le bienfaisant. C'était Tune des formes de la divinité chthonienne que Ton adorait à Eleusis et qui n*eat jamais dans ce culte le caractère farouche et destructeur d'Hadès. Etroitement associé aux Grandes Déesses, Pluton-Ëubouleus veillait avec bienveillance sur les semences jetées dans le sol et faisait sortir les moissons de la terre qui est son domaine. Son culte, relégué dans l'ombre au bénéfice d'Iacchog, parait avoir eu au iv" siècle une sorte de renaissance : le sanctuaire où a été trouvé le marbre date précisément de ce temps. On peut donc admettre sans invraisemblance que cette tête à Texpression rêveuse et sombre représente Ëubouleus lui-même, et cette hypothèse, en devenant une certitude, a montré du même coup que ce marbre était l'œuvre originale d'un des plus grands sculpteurs de l'anliquité ^
On sait que Praxitèle avait choisi dans le cycle d'Eleusis le sujet de plusieurs de ses statues : il avait sculpté pour le sanctuaire une Déméter, une Coré et un Dionysos, un groupe représentant Triptolème et les Grandes Déesses, un autre bien connu dans l'antiquité
1. Reinach, Chronique d'Orient, {Rev, Arch,, 1888, t. I, p. 65.)
SOUS le nom de la Katagousa^ et qui montrait Déméter portant sa fille. Cette mythologie un peu sombre semble avoir particulièrement séduit le maître et satisfait son désir de modeler des statues expressives. Il avait fait également un Eubouleus; et sans nul doute cette œuvre était placée dans le sanctuaire d'ÉIeusis. Or le style du marbre récemment découvert est assurément d'un très grand sculpteur; c'est d'autre part incontestablement un original, fameux dès l'antiquité et dont il existe plusieurs copies à Rome et à Mantoue ; enfin la perfection technique du travail, le soin délicat avec lequel est traitée la chevelure, la structure du front rappellent de singulière façon l'Hermès d'Olympie; il est donc permis sans témérité de reconnaître dans ce marbre l'œuvre originale de Praxitèle. Assurément cette tête est fort différente de celle de l'Hermès : l'expression en est plus personnelle, et sa gravité se tempère d'une douceur infinie; mais l'Hermès est une œuvre de la jeunesse du maître; l'Eubouleus atteste la pleine maturité de son génie. Malheureusement le marbre a souffert et quelques cassures altèrent l'efTet que produit cette œuvre remarquable. Ce n'en est pas moins une précieuse conquête, et ce ne sera pas le moindre mérite des fouilles d'Eleusis de nous avoir rendu une statue originale du grand maître athénien du n* siècle.