CHAPITRE IX
LES TOUILLES d'éPIDAURE *
Parmi les cultes de Tanliquité, un des plus intéressants, des plus curieux est assurément celui d'Asclépios, que les Romains nommaient Esculape : c'est h quelques égards aussi une des plus modernes parmi ces vieilles religions. Aux autres dieux de l'Olympe païen, à Zeus, à Apollon, quelque liberté d'ailleurs
1. BiBUOORAPHiE : Cavvadias, Rapports sur les fouilles d*Epi^ daure (Ilpaxtixà de la Société archéologique d'Athènes^ 1881 j 1882, p. 75 ; 1883, p. 45 ; 1884, p. 54 ; 1885, p. 29) ; — Staïs, Rapport» sur les fouilles d'Epidaure {ibid,, 1886, p. 79 ; 1887, p. 67) ; — CawSidïas, Inscriptions d'Epidaure ('EçT^pieplç àpxaioXoYtxi^,, 1883 à 1886); — Monuments d'Epidaure {ibid., 1884 et 1885); — Staîs, Inscription d'Epidaw e {ibid,, 1887) ; — Monuments d'Epidaure {ibid,, 1886); — S. Reînach, Chronique d*Orient (Hev» archéol., 1884, t. II, p. 77) ; — la Seconde stèle des guérisons miraculeuses {ibid.f 1885, t. II, p. 265); — - les Chiens dans le culte WEsculape (ibid., 1884, t. II, p. 129); — Petersen, Athenastatuen von Epidauros (Mittheil, d, Arch. Inst. von Athen, l. XI, p. 309); — Furtw&ngler, Epidauros (Berliner PhiloL Wochenschrift, 1888, p. 1484); — Defrasse et Lechat, Notes sur Épidaure (Bull, de Corr, hellén., 1890); — Foucarl, Sur les sculptures et la date de quelques édifices d'Èpidaure (ibid.^ 1890); — Baunack, Aus Epidauros (Leipzig, 1890); — P. Girard, l'Asclépieion d'Athènes, Paris, 1881. On trouvera dans les npaxTtxi dei88deL 1884 une restitution de la Tholos et des planches dues à M. Doerpléld.
312 EXCURSIONS ABCHÉOLOGIQUES
que prenne parfois avec eux la piété hellénique, les dévots de la Grèce adressaient surtout des prières d'ordre spirituel et moral; ces dieux étaient de trop grands personnages pour qu'on pût aisément les importuner de toutes les petites misères de l'humanité. A l'égard d'Asclépios, il en va autrement. C'est un médecin, et chacun sait qu'on n'a point de secrets pour son mëdeda : aussi Lui vient-on conter tous les ennuis, tous les tracas, non point de l'âme, mais du corps; au pied de ses autels on étale sans scrupules toutes les infirmités de la nature humaine ; avec lui la j)iété se met à l'aise et se montre, si je puis dire, en déshabillé. C'est donc un des chapitres les plus piquants de l'histoire religieuse de l'Hellade que l'étude du culte de ce dieu guérisseur et secourable, dont les temples noua apparaissent comme de véritables établissements de bienfaisance, comme les seuls institutions philanthropiques qu'ait jamais conçues Tantiquitô grecque. Grâce au zèle de la Société archéologique d'Athènes, cette étude est aujourd'hui facile : les fouilles qu'en 1876 et 1877 rfle a fait entreprendre sur le versant méridional de l'Acropole, nous ont fait connaître l'Asclépieion d'Athènes; peu après, la grapde exploration d'Epidaurc, poursuivie sous la direction de M. Cavvadias de 1881 à 1887, a remis au jour le plus célèbre et le plus somptueux des saiictuaires d'Ësculape, et nous a rendu un grand nombre de monuments de toute sorte, qui éclairent d'une lum>ière toute nouvelle ce culte jusque-là presque incoonu.
LES FOUILLES D'ÉMBAURB 31r3
Un voyageur du ii* siècle, qui a vu les dernières splendeurs de la Grèce païenne, décrit assez longuement les merveilles du temple d*Ëpidaure, et nous indique fort exactement de quels éléments se composent essentiellement tout sanctuaire d'Âsclépios. « Trois choses s'y rencontraient : un temple, qui abritait la statue du dieu; des portiques, sortes de galeries couvertes largement aérées, où trouvaient asile les hôtes passagers de la divinité; enfin une source, qui fournissait Teau nécessaire aux traitements élémentaires prescrits par le dieu, aux ablutions et aux purifications des suppliants K » Dans la plupart des Asciepieia, les bâtiments étaient assez simples : comme la grande affaire était le bon aménagement de l'hôpital religieux établi autour du temple, d'impérieuses nécessités s'imposaient à Tarchitecte; il fallait, comme le remarque M. Girard, ménager de grands espaces vides pour construire les portiques destinés à recevoir les malades, des cours spacieuses et des dégagements faciles pour permettre à la foule des pèlerins de circuler et de se mouvoir à Taise; aussi, pour loger la clientèle du dieu, on prenait sur son temple. Celui-ci n'était point en général un de ces somptueux monuments élevés à grands frais avec le concours des artistes les pi us illustres dé la Grèce ; Asclépios se contentait d'une simple chapelle, où se groupaient, autour de la statue du dieu, les offrandes de prix, les curieux ex-voto, offerts par la piété reconnaissante des suppliants. Le principal de l'enceinte sacrée était occupée par de larges portiques bien aérés,