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Girard, VAicUpieion dH Athènes, p

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OÙ s*enlassait la multitude des fidèles; auprès d^eux était la source miraculeuse, et parfois aussi, un bois sacré, qui répandait dans le sanctuaire l'ombre et la fraîcheur salutaires aux malades. G'élail le cas à Épidaure. D^ailleurs, dans cet Asclépieion, le plus célèbre de Tantiquité, l'aspect des monuments était tout autrement somptueux. Dans l'enceinte sacrée, que précédaient des Propylées doriques, s'élevaient des édifices considérables, dont les fouilles nous ont révélé les dispositions essentielles. C'était le temple du dieu, long de 24 mètres et large de 13, avec ses colonnes doriques et sa corniche peinte, ses frontons décorés de statues, et les figures placées au sommet et aux angles de sa principale façade; il avait été construit au commencement du rv* siècle et, par une disposition remarquable, il n'avait point d'opislhodome. Tout auprès c'était un bel édifice circulaire, la Tholos, bâtie au IV® siècle par Polyclète le Jeune, magnifique rotonde de marbre qu'entourait une colonnade dorique, et dont seize colonnes corinthiennes garnissaient le pourtour intérieur, un des plus beaux monuments du sanctuaire avec ses plafonds aux caissons enluminés de mille couleurs, ses parois décorées de marbres de toute sorte, et les têtes de lions et les fleurons de marbre qui couronnaient à l'extérieur le sommet de l'édifice; un des plus curieux aussi, avec sa crypte circulaire où trois couloirs concentriques formaient sans doute un réservoir qu'alimentait la source sacrée d'Asclépios. Dans chacun des deux monuments, on admirait des chefs-d'œuvre de Tart : dans le temple, c'était la statue d'or et d'ivoire, où Thrasymède de Paros avait montré Asclcpios assis sur son trône, accompagné de ses animaux sacres, le serpent et le

Ch. Diehl. Excursions archéologiques en Grèce, Pl. VIII-

PLAN DU SANCTUAIRC O'EPIOAURE.

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Librairie Armand Colin.

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chien, souvent associés an cuite et aux miracles du dieu; dans la Tholos, tout ornée de peintures, on voyait entre autres la célèbre Méthè de Pausias, une jeune femme bavant à une coupe de verre, dont Tantiquité louait la transparence merveilleuse. Un peu plus loin, c'était le temple dorique d'Artémis, en avant duquel s'élevait un autel; la déesse y était surtout adorée sous le nom d'Hécate, et sa divinité guérissante et secourable était étroitement unie au culte d'Asclépios; puis c'étaient des chapelles, construites en l'honneur d'Hygie, la fille chérie du dieu, d'Aphrodite et de Thémis, d'Apollon Maléatas, qui dans son sanctuaire thessalien de Trikka faisait comme Esculape de miraculeuses guérisons, et auquel les fidèles,, avant d'aller à Épidaure, apportaient souvent leur* hommages et leurs prières. Au milieu de l'enceinte^ se trouvait un grand autel; et le long de la muraille septentrionale du péribole, sur une longueur de 74 mètres, deux portiques ioniques, dont l'un avait deux étages superposés, formaient le dortoir sacré, VAbaton^ partagé en deux longues travées, et où les malades passaient la nuit; à l'extrémité orientale de cet édifice on voyait un puits, qui fournissait l'eau nécessaire aux purifications et aux traitements. C'étaient bien d'autres monuments encore : au sud du temple d'Asclépios, un grand bâtiment carré qu'on a trouvé rempli de statues et d'offrandes; entre la chapelle d'Artémis et les Propylées, un autre édifice de destination inconnue; au nord de l'Abaton, des bains somptueux, tout ornés de statues, qu'avait fait construire l'empereur Antonin, et où, parmi les nombreuses salles groupées autour d'une vaste cour, on rencontrait aussi une bibliothèque; enfin, en dehors de l'enceinte, on trou-

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vait le stade, et plus loin, sur la pente du mont Kynortion, le théâtre, également construit par Polyclète le Jeune, et qui passait pour un des plus grands et des plus remarquables de la Grèce. Les fouilles nous oat rendu, presque entièrement conservé, ce magnifique édifice, avec ses trente-deux rangs de gradins, son orchestre circulaire dont le centre était occupé par un autel, son mur de scène décoré de colonnes et de statues, et d'où la vue s'ouvrait largement sur Tadmirable tableau que formaient les édifices de Tenceinte sacrée. £t partout, sur les terrasses du péribole, à Tentour des temples, se dressaient en foule les statues représentant fe dieu, les exèdres richement décorés, les monuments élevés aux médecins célèbres, les stèles rappelant les guérisons miraculeuses accomplies au sanctuaire, et les pieux ex-voto, les bas-reliefs peints aux vives couleurs qui mettaient sous les yeux des visiteurs des scènes de miracle ou d'adoration. Il ne manquait qu'une chose dans ce sanctuaire de la médecine ; on y pouvait guérir de tous les maux, on n'y pouvait pas mourir en paix. Le rite excluait des lieux saints, à Épidaure comme à Délos, toutes les souillures qui s'attachent à la naissance ou à la mort , et sans pitié on chassait de l'enceinte sacrée les malades près d'expirer, qui, venus souvent des extrémités de la Grèce pour consulter le dieu, succombaient d'épuisement et de fatigue en touchant le seuil du temple. 11 fallut la pitié d'un empereur romain pour faire cesser ce déplorable et barbare traitement. Antonin fît bâtir hors des limites du péribole une grande maison, où les mourants pourraient du moins trouver la paix de leurs derniers moments; la Grèce jugea toujours inutiles de tels raffinements d'humanité.

Tel est le décor où se célébraient les fêtes d*Asclépios, où chaque jour la foule superstitieuse des fidèles venait au pied des autels étaler ses misères et attendre les effets merveilleux de la toute-puissance du dieu sauveur. 11 est temps de présenter maintenant les personnages principaux de la pièce.

Gomme toute divinité, Asclépios a son grand prêtre, dont les devoirs ne différaient guère, semble-t-il, de ceux des ministres des autres cultes : s'occuper des sacrifices, veiller à la décoration du temple, administrer les richesses sacrées étaient des soins communs confiés à tout corps sacerdotal. Pourtant il est probable que le caractère du dieu qu'il servait imposait au grand prêtre d'Épidaure des charges particulières. La multitude des malades qui venaient dans TAsclépieion chercher la guérison, créait assurément pour lui des obligations multiples; il fallait exercer quelque surveillance sur les foules entassées dans ce vaste caravansérail, il fallait faire sans doute la police intérieure du sanctuaire; en tout cas le chef du sacerdoce épidaurien ne pouvait se désintéresser absolument des suppliants qui accouraient au temple; plus les cures étaient fréquentes et les guérisons merveilleuses, plus la clientèle était nombreuse, plus il lui en revenait à lui-même de gloire et de profit : aussi le grand prêtre dirigeait en maître absolu l'hôpital sacré confié à sa garde, mais il ne semble point pourtant qu'il opérât lui-même. C'étaient des agents inférieurs du temple qui entraient en relations directes avec les malades, qui se chargeaient de les recevoir, de les installer sous les portiques, de leur administrer certains soins élémentaires, de veiller à la bonne exécution des ordonnances prescrites par le dieu ; parmi ces fonctionnaires

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subalternes du culte, les inscriptions nomment le zacore, le cleidouque ou porte-clé, le pyrphorc ou porte-flambeau. Leur rôle d'ailleurs se bornait à servir d'intermédiaire entre le dieu et ses adorateurs. Ce i\'cst point d'eux que venait la guérison : Asclépios seul en recueillait tout Thonneur. Les prêtres recevaient seulement la confidence des prescriptions faites par le dieu, et ils veillaient à faire réussir le miracle annonce. Aussi est-il rare de rencontrer des médecins parmi eux; leur présence d'ailleurs était bien inutile, si Ton songe à ce qu'était au vrai cette médecine sacrée.

Certes la médecine a eu un grand développement dans l'antiquité grecque ; les écoles de Cos et de Cnide, de Rhodes et de Cyrène étaient célèbres dans le monde hellénique ; mais les médecins qu'elles formaient étaient pour la plupart des laïques. En face de la médecine religieuse, qui s'exerçait dans le sanctuaire, chaque ville avait en ejQfet des médecins laïques ; en face de l'hôpital religieux, un peu suspect de charlatanisme, la cité organisait, par une sorte d'assistance publique, un hôpital civil, que dirigeait un médecin officiellement installé et payé par l'État. On trouvait dans cet édifice toutes les installations nécessaires à un traitement scientifique : un cabinet de consultations, une salle d'opérations, avec tout son arsenal d'appareils et d'instruments, leviers de toute sorte, poutre à laquelle on suspendait le patient par les pieds pour réduire les luxations de la cuisse, couteaux et bistouris, trépan et machine à couper la luette, puis un local où Ton préparait les médicaments, et enfin des chambres pour les malades. Dans les établissements de cette sorte, on faisait de la science véritable, sous les yeux et par les mains d'un médecin de profession. Dans les sanctuaires

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d'Asclépios on ne rencontrait rien de semblable. Sans doute la multiplicité et le retour des mêmes cas finissaient par donner aux prêtres quelque expérience pratique; mais en gênértil leur rôle ne dépassait point quelques soins élémentaires. Les cures étaient les effets tout divins, tout surnaturels de l'intervention d'une puissance supérieure, a Un malade qui venait s'installer sous les portiques de rAsclépieion et qui, après avoir offert les sacrifices d'usage, accompli les formalités accoutumées, s'endormait avec l'espoir que, pendant son sommeil, le dieu lui apparaîtrait et lui indiquerait le remède qui convenait à son mal, ne pouvait compter [>our être guéri sur le secours d'aucune science humaine : c'est dans l'action d'une force céleste qu'il mettait toute sa confiance; c'est un miracle qu'il attendait. C^ s'explique alors pourquoi la présence d'un médecin était inutile : il suffisait que le prêtre et ses subordonnés veillassent à ce que le miracle réussît. L'Asclépieion n'était pas un hôpital où l'on venait se faire soigner par des savants ayant de l'étude et une longue pratique; c'était un temple où l'on accourait se placer sous la protection d'un dieu ^ »

Pausanias raconte qu'il a vu à Épidaure six stèles rapportant les guérisons miraculeuses faites par Asclépios dans son sanctuaire, et qui donnaient, avec le nom des malades, l'indication de la maladie et du traitement prescrit par le dieu. Une rare bonne fortune a

i« P. Girard, VAsclépieioH d* Athènes, p. 35.

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fait retrouver dans les fouilles deux de ces précieux monuments : tout auprès du grand portique ionique, on a découvert deux inscriptions fort longues, datant toutes deux du iv* siècle, et qui nous initient de manière fort curieuse à la thérapeutique sacrée d'Esculape. Chaque texte mentionne une vingtaine de cas, qui donnent la plus admirable idée du savoir-faire du divin médecin. Je ne parlerai que pour mémoire des borgnes ou des aveugles auxquels Asclépios rend la vue en frottant Torbite vide d'un onguent de sa composition, non plus que des boiteux auxquels pendant leur sommeil on dérobe une béquille et qui se trouvent au matin capables de courir après leur voleur; je ne dirai rien, si intéressant pourtant que soit ce traitement, de cet homme de Mytilène qui, dit Tinscription, « n'avait pas de cheveux sur la tête, mais en avait beaucoup sur les joues », et auquel Esculape fit par enchantement repousser en une nuit une abondante chevelure; je n'insisterai même pas sur les paralytiques à qui le dieu ordonne de marcher et d'aller porter une lourde pierre dans le sanctuaire : c'est là la menue monnaie des guérisons miraculeuses. J'ai hâte d'arriver à des cas plus remarquables, et par exemple au traitement de Thydropisie. Une femme de Lacédémone était hydropique. Sa mère s'en alla pour elle consulter le dieu d'Épidaure, car Esculape opère même à distance, et la présence du malade n*est pas absolument nécessaire. Et s'étant endormie, la femme eut une vision : « Il lui sembla que le dieu coupait la tête de sa fille, et suspendait son corps le cou en bas; l'eau s'en échappait en abondance, et le dieu, détachant le corps, rajustait la tête sur le cou. Après avoir eu cette vision, la mère retourna à Lacédémone : elle y trouva sa fille guérie. »

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S'agit-il de soigner le cancer, voici comme procède Esculape. Un homme avait un cancer à Testomac : il vint à Épidaiire, s*endormit et eut une vision. « Il lui sembla que le dieu ordonnait aux serviteurs qui raccompagnaient de le saisir et de le tenir fortement pendant qu'il lui ouvrait le ventre. L'homme commença par s'enfuir, mais les serviteurs le rattrapèrent et l'attachèrent; alors Esculape lui ouvrit le ventre, pratiqua l'excision du cancer, recousit le ventre et délivra l'homme de ses liens. Aussitôt il sortit guéri. » Le dieu a des remèdes tout aussi efficaces contre la goutte et contre la migraine; il rend la voix aux muets, la santé à ceux qui sont atteints de blesbures incurables, la tranquillité à ceux que tourmente la lèpre ou la vermine ; il exauce les vœux des femmes stériles et délivre celles qui souffrent d'une grossesse trop prolongée ; il connaît des recettes pour toutes les infirmités, il a des ordonnances pour toutes les maladies et il est regrettable que la crudité des détails empêche de décrire par le menu quelques-uns des traitements qu'il emploie. A coup sûr il aime les médications violentes : il guérit un bancal en le faisant étendre devant le sanctuaire, et montant sur son char, il le foule aux pieds de ses chevaux jusqu'à ce que les jambes du patient soient redressées. Il adore les opérations chirurgicales. Un de ses malades avait avalé des sangsues : que fit le dieu? <( Il sembla à cet homme, dit l'inscription, que le dieu lui ouvrait la poitrine avec un couteau, en retirait les sangsues, les lui remettait entre les mains et recourait sa poitrine. Quand le jour parut, il sortit, ayant les sangsues dans les mains, et depuis ce moment il fut guéri. » La cause de la maladie n'est guère moins remarquable que le traitement lui-même : « Elle était

due, dit le texte, à une ruse perfide de sa belle-mère, qui avait jeté les sangsues dans un mélange de vin et de miel qu'il avala. » On voit à quelles cruelles épreuves étaient exposés les gendres de l'antiquité 1

L*un des cas les plus merveilleux, l'un des plus célèbres aussi dans l'antiquité, est la miraculeuse guérison de la femme qui souffrait d'un ver intestinal. Gomme les médecins désespéraient de la guérir, elle alla s'endormir dans l'Asclépieion de Trézène, et il lui sembla que les fils du dieu — Esculape n'avait pas eu lo loisir de venir en personne — lui coupaient la tête, et plongeant ensuite la main dans le corps, en retiraient le ténia. Mais cela fait, ils ne purent parvenir à rajuster la tête sur le buste de la pauvre femme. Il fallut «i toute hâte dépêcher à Épidaure, et prier Esculape de venir réparer la maladresse de ses fils. Le dieu accourt, gronde ses enfants imprudents, qui ont voulu faire plus que ne comportait leur science; puis avec son art irrésistible, il remet en place la tête décapitée : et la femme se trouva guérie.

A la vérité Esculape ne rend point gratuitement ses services : il tient à ses honoraires, et parfois il en demande d'assez considérables ; on cite telle cure merveilleuse qu'il fit payer environ 60 000 francs. Sur ce chapitre le dieu n'entend point plaisanterie : et comme en sa qualité de dieu, il a entre les mains d'irrésistibles moyens de contrainte, il les emploie sans hésiter. Un aveugle guéri refusait de payer le prix de sa guérison ; aussitôt le dieu le refait aveugle; mais commel'homme vient en suppliant promettre pour l'avenir une plus exacte reconnaissance, Esculape se montre bon prince et de nouveau lui rend la vue. C'est d'ailleurs un dieu bon enfant, qui ne dédaigne point de rire et aime la

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plaisanterie. Un enfant malade lui promet dix osselets pour honoraires; et l'offre divertit si fort Esculape qu'aussitôt il rend la santé à son jeune client. Il s'égaye fort irrévcrencicusement aux dépens d'une bonne femme qui a maladroitement formulé les demandes qu'elle adresse au dieu; il n'en veut pas même aux sceptiques qui doutent de sa puissance ; il tâche seulement de les convaincre de Tinjustice de leurs doutes. Un homme qui avait les doigts paralysés vint un jour à Épidaure, et voyant les ex-voto qui rappelaient les guérisons miraculeuses, il se mit à railler toutes ces merveilleuses inscriptions. Que fit le dieu? il apparut en songe à rincrédule, et lui étendant successivement les doigts, hii rendit l'usage de sa main; et comme l'homme tout surpris, ne pouvant croire au miracîe, pliait et rouvrait tour à tour ses doigts, Esculape revenant à lui, lui demanda s'il avait des doutes, et l'homme répondit que non. Alors le dieu : « Parce que tu n'as pas cru tout à l'heure à des choses qui ne sont pas incroyables, je t'accorde maintenant le bénéfice d'une incroyable guérison. » Et ce fut toute sa vengeance. Même aventure arriva à une femme d'Athènes. « Se promenant dans l'enceinte sacrée, eUe se moqua de quelques-unes des guérisons, prétendant qu'il était invraisemblable et impossible que des boiteux marchassent, et que des aveugles vissent simplement pour avoir eu un songe. S'étant endormie, elle eut une vision. Il lui sembla que le dieu lui apparut et lui dit qu'il la guérirait, mais qu'il exigeait d'elle, à titre de salaire, qu'elle plaçât dans le temple un cochon d'argent en souvenir de la stupidité dont elle avait fait preuve. Et quand le jour parut, elle sortit guérie. » En somme, c'est un bonhomme que ce dieu, complaisant, serviable, toujours

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prêt à faire un miracle, même le plus étranger à son ministère, et se piquant d*honneur à réussir les cas difficiles. Voyez plutôt l'histoire de ce porteur de bagages qui laisse tomber son sac et brise la coupe où sou mailre avait coutume de boire. Gomme notre homme, fort ennuyé, essayait en vain de rajuster les morceaux, passe un voyageur qui lui dit en riant : « Pourquoi, malheureux, perds-tu ta peine à vouloir raccommoder ta coupe? Esculape lui-même, le dieu d'Épidaure, ne pourrait pas la guérir. » Il n'en faut pas davantage; le dieu mis au défi se pique au jeu ; et quand Tesclave arrivé au temple ouvre son sac, il trouve la coupe miraculeusement raccommodée. Rien n étonne le savoirfaire d'Esculape : il répare les porcelaines brisées avec la même facilité que les membres cassés; il fait aussi volontiers des miracles pour sauver Lacédémone des attaques de Philippe de Macédoine que pour rendre la santé aux malades qui viennent l'implorer*.

On voit à merveille par ces curieuses stèles d'Épidaure quels étaient les procédés ordinaires de la médecine sacrée. Dans la plupart des cas rapportés, il n'est point question de remèdes pharmaceutiques; les inscriptions ne parlent que de visions et de songes '. Ce n'est point par un traitement régulier, c'est par une intervention toute surnaturelle que le dieu tire d'embarras les fidèles qui ont sollicité sa bienveillance. Aussi bien les maladies que soigne Esculape sont-elles du ressort du merveilleux, bien plus que de celui de

1. J'emprunte les passages cités & la traduction de M. S. Reinach. (Rev, archéoL, 1884, l. II, 78-81.)

2. 11 faut noter pourtant, dans la seconde stèle, un cas curieux qui semble prouver que parfois les prêtres, après avoir endormi le malade, pratiquaient de véritables opérations chirurgicales (Cf. S. Reinach, Chroniques d'Orient^ Paris, 1891, p. 93.)

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la science, et la médecine savante serait en général aussi embarrassée de les traiter que de les guérir. Ce n*est point là, à coup sûr, la moindre curiosité de ces récits, qui ouvrent un jour si piquant sur la thérapeutique des sanctuaires antiques.

On conçoit aisément que ces guérisons miraculeuses, dont la renommée se répandait à travers tout le monde grec, attiraient au temple d'Ësculape une nombreuse clientèle ; et comme on y pouvait venir non seulement pour soi-même, mais aussi pour autrui, lorsque le malade était trop gravement atteint pour entreprendre en personne le pieux pèlerinage, le sanctuaire ne désemplisi'ait pas. Toutes les classes de la société fournissaient leur contingent de fidèles; riches et pauvres, grands seigneurs et petites gens se rencontraient au pied des autels; mais la catégorie la plus nombreuse était celle des femmes. Le culte d'Asclépios en efTet était bien fait pour les séduire : ces songes, ces révélations nocturnes, ces miracles, cette mise en scène, tout en leur inspirant une sainte terreur, plaisaient à leur imagination et les attiraient vers le dieu. Des corporations religieuses se plaçaient sous la protection d'Ësculape ; des dévots fanatiques passaient leur vie entière à l'ombre du sanctuaire, enflammés d'une sorte d'amour mystique pour le dieu qui leur avait fait quelque grâce ; enfin la médecine laïque même, quoiqu'elle fût en concurrence directe avec les praticiens peu expérimentés des Asclépieia qui lui volaient de nombreux clients, baissait pavillon, sinon devant les prêtres guérisseurs dont elle suspectait le charlatanisme, du moins devant le dieu dont elle reconnaissait la toute-puissance. Les médecins publics se plaçaient volontiers sous le patronage du dieu guérisseur et le remerciaient des cures heureuses qu'ils avaient faites. Les inscriptions attestent

cette subordination de la science à la religion, les écrits hippoeratiques en portent fréquemment la trace : contre Tépilepsie, l'auteur de ces traités ne connaît guère d'autre secours que les sacrifices, les voeux et les supplications ; comme remède à la mélancolie, il recommande d'adorer les dieux. Enfin on lit ailleurs ce passage remarquable : « Pour l'ensemble des maladies et des symptômes, la médecine est, dans la plupart des cas, pleine de révérence à l'égard des dieux. Devant eux, les médecins s'inclinent; car la puissance de la médecine est limitée. » Ainsi, même chez les bommes de science, subsistait la foi au surnaturel ; bien souvent la médecine s'avouait impuissante devant la religion, et l'appel à l'assistance divine restait toujours, dit M. Girard, pour les savants comme pour les ignorants, la dernière ressource et le suprême espoir.

Une curieuse scène du Plutm d' Aristophane, où il est facile, à travers l'exagération de. la comédie, de faire la part de la vérité, nous décrit assez exactement la journée d'un de ces fidèles, qui venaient en foule à Épidaure implorer leur guérison. Quand on apportait un malade au sanctuaire du dieu, l'usage était d'abord de le purifier, en le plongeant tout entier dans la source sacrée. Il fallait se présenter pur devant la divinité, et pour les anciens comme pour les Orientaux de notre siècle, la pureté est avant toute chose la propreté physique*; d'ailleurs, dans un hôpital tel qu'était le sanctuaire, une semblable précaution était une utile mesure d'hygiène, et sans doute les prêtres tenaient la main à ce que nul ne prît place sous les portiques sans s'être auparavant lavé avec soin. Puis, après avoir consacré sur Tautel d'Esculape quelques gâteaux et d'autres menues friandises, après avoir offert au dieu, quand 1. Girard, loe. laud,, p. 7t.

on était plus riche, le sacrifice plus important d'un porc ou d*un bélier, on s'installait pour la nuit dans le dortoir sacré. Les malades y devaient apporter avec eux tous les objets qui leur étaient nécessaires, leurs provisions de bouche et les couvertures dont ils s'enveloppaient; l'administration du temple se contentait de mettre à leur disposition de modestes lits de feuillage. A la tombée de la nuit, on allumait les lampes sacrées, et le prêtre célébrait une sorte d'office du soir, pour appeler sur les suppliants la protection divine. Puis tout le monde se couchait ; et le zacore, traversant les portiques, éteignait les lumières et invitait les malades à dormir. La nuit sacrée commençait.

«c Les fidèles une fois endormis, l'imagination surexcitée par l'attente de l'apparition du dieu, l'esprit échauflTé par latmosphëre du sanctuaire et la solennelle mise en scène de la prière du soir, Ësculape se montrait à eux en songe et leur indiquait soit le traitement à suivre, soit les actes rdligieux à accomplir en échange d'une soudaine et merveilleuse guérison. On a vu quelques exemples des miracles dont le dieu marquait son passage; les prescriptions médicales qu'il ordonnait ne sont pas moins curieuses. Tantôt il conseillait des bains; aux uns il recommandait de boire de l'eau de chaux ou du jus de ciguë; aux autres, il prescrivait la gymnastique et les lotions froides. Une de ses ordonnances consistait à manger une perdrix à l'encens; une autre, souveraine contre la pleurésie, à appliquer sur le côté malade un cataplasme de cendre humectée de vin. Contre le crachement de sang, un remède infaillible était de manger pendant trois jours de suite des pépins de pommes de pin accommodés au miel; pour recouvrer la vue, rien n'était meilleur que certain col-

lyre fabriqué avec le sang d'un coq blanc; enfin l'eau surtout jouait un grand rôle dans ces traitements, soit qu'elle fût prise eni)ain ou administrée en boisson ^ » Toutes ces prescriptions, on le voit, étaient fort élémentaires; s'il pratiquait volontiers de ses mains des médications un peu brutales, Esculape ne prescrivait guère à ses fidèles que des règles de simple hygiène; le reste était affaire de foi, et l'action miraculeuse du dieu devait toujours garder le principal rôle.

Au matin, chacun venait conter aux prêtres les ordonnances qu'Asclépios lui avait apportées en songe et s'occupait d'exécuter les prescriptions divines. On s'empressait autour de la source, on attendait impatiemment le miracle promis. Quand des guérisons immédiates se produisaient, c'étaient des cris de joie, des félicitations sans fin adressées aux privilégiés ; bien souvent en effet la révélation se faisait attendre durant plusieurs nuits ; le dieu mettait à l'épreuve la patience de ses adorateurs et tardait à paraître ; aussi chaque guérison nouvelle apportait avec elle une espérance, et donnait à ceux qui suppliaient en vain la force d'attendre le jour où eux-mêmes seraient pris en pitié par le dieu.

A l'époque des grandes fêtes célébrées en l'honneur d'Esculape, au moment des Épidauria et des Asclépieia, l'affiuence des visiteurs augmentait encore. Alors le temple était pompeusement décoré, les statues parées de leurs plus beaux ornements, les tables chargées du repas sacré offert à la divinité; alors avaient lieu ces veillées saintes où, à la clarté des flambeaux, les suppliants, pleins d'une religieuse attente, adressaient durant toute la nuit leurs prières et leurs invocations au dieu; alors sans doute aussi, se produisaient, parmi ce grand concours de peuple, dans cette atmosphère i. Girard, loc. laud., p. 71-74-

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surchauffée, les miracles les plus remarquables, qui frappaient puissamment Tlmagination des fidèles. Alors surtout le sanctuaire se remplissait de mouvement et de bruit ; à côté de la multitude des dévots qui apportaient au dieu leurs hommages, des malades escortés de toute leur famille qui venaient lui demander la santé, une foule de curieux, une armée de marchands se pressaient autour du péribole. Les vendeurs d'ex-voto et de curiosités dressaient leurs boutiques dans la plaine ; et à cette grande foire qui se tenait à Tombre du temple, les plaisirs et les besoins profanes n^attiraient pas moins de visiteurs que le zèle pieux n'amenait de fidèles au pied des saints autels.

Une fois la grâce obtenue, il restait à s'acquitter envers le. dieu. La piété antique en cette matière était de nature fort pratique : elle passait avec la divinité un marché véritable, un contrat bilatéral qui ne donnait rien pour rien. Les offrandes propitiatoires destinées à rendre le dieu favorable étaient fort rares et toujours très modestes ; ce n'est qu'après la prière exaucée que Thomme s'acquittait de sa dette. Si Asclépios demeure sourd aux supplications de son adorateur, il perd de ce fait tout droit à l'offrande promise; en revanche, s'il observe les conventions, le dévot est exact à payer; et comme Esculape était de parole, la piété populaire ne lui ménageait point les cadeaux et les ex-voto. Quelquefois le dieu, dans le songe où il se révélait au suppliant, indiquait luimême l'offrande qu'il réclamait; et les inscriptions montrent que dans ce cas Asclépios, avec une courtoisie remarquable, adressait d'ordinaire les fidèles aux autels des autres divinités; Apollon Maleatas et Athéna Polias, Hygie et les fils d'Esculape, Hélios et

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les Dîoscures, Télesphore sauveur et la mère des dieux, et parfois même le Panthéon hellénique tout entier, reçoivent ainsi les politesses que le dieu d'Épidaure faisait aux frais de ses adorateurs. D'autres fois il laissait aux dévots le soin de s'acquitter à leur guise , et alors la variété des offrandes devenait infinie. Tantôt c'étaient des bas-reliefs peints, qui représentaient des scènes d'adoration ou de prière, qui montraient le dieu au chevet du malade ou figuraient l'instant précis de la miraculeuse guérison, à peu près comme ces tableaux naïfs suspendus au cou des aveugles, et qui mettent sous les yeux la catastrophe où ils ont perdu la vue. Tantôt c'étaient des statues ou des portraits des malades guéris; c'était surtout une multitude de petits objets de marbre ou de métal, dont la liste, conservée dans les inventaires du temple, est extrêmement curieuse. Les uns offraient au dieu sauveur une reproduction réduite du corps de la personne guérie; d'autres consacraient une représentation de la partie malade en souvenir de la grâce obtenue . Il y a des visages tout entiers, des bouches et des yeux, des nez et des oreilles, des mains et des pieds, des jambes et des torses, des cœurs et des poitrines, exécutés en or ou en argent, ou simplement en métal doré, à l'usage des bourses plus modestes; aujourd'hui encore, en Italie, on rencontre des offrandes de cette sorte suspendues aux murs des sanctuaires fameux. Puis ce sont des instrumwits de chinirgie, des sondes, des boites à drogue, dons des médecins à Esculape ; ce sont des vases, des objets de toilette, des vêtements, des chaussures, des bijoux, tous ces mille objets que la reconnaissance des fidèles consacrait dans tous les sanctuaires de l'antiquité. Enfin ce sont des inscrip-

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lions métriques, des hymnes, des paeans, parfois composés par les malades eux-mêmes et gravés dans le sanctuaire en l'honneur du dieu. On a trouvé à Épidaure un de ces poèmes, où un certain Isyllos, sur rinvitation de Toracle de Delphes, a chanté la généalogie et les miracles d'Asclépios ; ailleurs ce sont des remerciements où éclate une touchante et naïve piété. « Écoute, dit un de ces poètes, ce que veut dire ton fidèle Zacore : Asclépios, comment pourrai-je aller dans ta demeure dorée, dieu bienheureux, dieu souhaité, tête chérie, comment le pourrai-je, privé de ces pieds qui me servaient autrefois à gagner ton sanctuaire, si toi-même, par un effet de ta bienveillance, tu ne m*y conduis après m'avoir guéri, afin que je te contemple, 6 mon dieu, toi dont Féclat surpasse celui de la terre au printemps I — Voici la prière que te fait Diophantos. Sauve-moi, dieu bienheureux, dieu fort; guéris cette méchante goutte, au nom de ton père, à qui j^adresse mille vœux . Personne, parmi les mortels qui habitent la teire, ne peut apporter de remède à de pareilles souffrances : toi seul, dieu bienheureux, tu en as le pouvoir; ee sont les dieux tout-puissants qui t'ont donné aux hommes, présent inappréciable! po«r prendre jen pitié leurs maux et les soulager. — bienheureux Asclépios, dieu guéri^eur, c'est grâce à ton art que IMophantos, débarrassé de son incurable et horrible mal, n'aura plus désormais l'allure d'une écrevisse ; il ne m^irchera plus sur des épines, mais il aura bon pied, comme tn l'as voulu *. »

i. J'emprunte la traduction de M. Girard, loc, laud,^ p. 121-122.

C'est vers la fin du v* siècle que le sanctuaire d'Épîdaure parait avoir atteint le plus haut point de splendeur. C'est à ce moment, à peu près vers le temps où s'élevaient dans le reste de la Grèce les temples de Sunium, de Rhamnuse, de Phigalie, que l'enceinte sacrée d'Esculape se couvre de monuments somptueux ; c'est de cette époque que datent la Tholos et le théâtre, et les portiques de VAbaton, et le temple du dieu ; et les fouilles ont montré avec quelle magnificence ont été entreprises toutes ces constructions. Pour le temple en particulier on n'avait point épargné la dépense ; une longue et curieuse inscription découverte à Épidaure nous fait connaître tout le détail des travaux de bâtisse et, par l'importance des sommes employées, fait pressentir déjà toute la magnificence de l'édifice : les œuvres d'art retrouvées dans les fouilles confirment ce témoignage et donnent la plus remarquable idée de la décoration sculpturale du sanctuaire.

En avant des deux façades du temple, on a retrouvé en effet un grand nombre de statues en marbre pentélique, qui appartenaient assurément aux sculptures des frontons ; et quoique la plupart d'entre elles soient fort endommagées, pourtant il n'est point impossible de reconstituer l'ensemble dont elles faisaient partie. Au fronton oriental, on voyait le combat des Centaures et des Lapithes, dont quelques fragments seuls nous ont été conservés, entre autres une belle tête de centaure ; au fronton occidental figurait un sujet que l'on ren-

contre au temple de Phigalie et au mausolée d'Halicarnasse ; c'est la lutte des Grecs contre les Amazones. Plusieurs des figures du fronton nous sont parvenues presque intactes; et Ton n'y saurait assez louer la grâce de l'attitude, la variété de l'expression, la finesse du modelé et l'élégance des draperies ; leur style exquis rappelle les marbres du temple de la Victoire Aptère, et sans nul doute elles sont Tœuvre d'un maître de l'école attique. Parmi elles il faut citer une belle statue équestre, une remarquable tête d'amazone mourante, un admirable torse de Victoire et deux figures de Néréides à cheval qui probablement étaient placées aux angles du fronton. Enfin trois statues de Victoires ailées, en marbre de Paros, couronnaient le sommet de l'édifice; et par leur attitude hardie, leur élégance exquise, le mouvement fougueux des draperies qui les enveloppent, elles rappellent d'une manière frappante la Victoire de Paeonios trouvée à Olympie, et les Néréides qui décorent le monument de Xanthos. Peutêtre faut-il les attribuer à quelque sculpteur de l'école de Paros, dont l'un des maîtres, Thrasymède, travailla à Épidaure, et dont le chef, Scopas, semble s'être plus d'une fois inspiré des traditions et de la manière de Paeonios.

On a trouvé à Épidaure bien d'autres statues encore, qui attestent la longue durée de la prospérité du sanctuaire : les plus nombreuses représentent Esculape, et quelques-unes semblent reproduire une image célèbre du dieu, peut-être la statue assise qu'on montrait dans le temple; d'autres figurent les divinités associées au culte d'Asclèpios, Hécate au triple visage, Hygie, Aphrodite et surtout Athéna. Mais la plupart de ces œuvres datent d'une époque assez basse et méri-

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tent peu d'attirer Tattention ; seule une Aphrodite du i^' siècle avant notre ère offre une intéressante et belle réplique de la Vénus Génitrix,

On peut se demander en terminant quelle utilité avaient ces temples et ce qu'il faut penser du rôle qu'ils ont joué dans l'antiquité. On a dit de notre temps beaucoup de mal des Asclépieia ; on a considéré les prêtres du dieu comme d'insignes charlatans, qui exploitaient impudemment la crédulité des naïfs et des ignorants ; on a cru découvrir chez les anciens euxmêmes une répugnance profonde pour ces supercheries. Assurément, et les inscriptions d'Épidaure le prouvent, de bonne heure les miraculeuses guérisons d'Esculape provoquèrent quelque scepticisme; mais cela même ne fut point inutile au sanctuaire. Quand la foi diminua et que la clientèle commença à douter du pouvoir merveilleux d'Asclépios, les prêtres, pour sauvegarder la réputation du temple, sentirent la nécessité d'appliquer aux malades les ressources de la médecine scientifique. C'est ce que prouve une curieuse inscription d'Épidaure, où se trouve défini tout au long le traitement de la dyspepsie. L'ordonnance est fort compliquée, et je n'en voudrais point garantir l'efïicace ; en voici pourtant les prescriptions principales : ne jamais se mettre en colère, se soumettre à un régime spécial, composé de fromage et de pain, de persil et de laitue, de morceaux de citron bouillis dans de l'eau, de lait mélangé avec du miel; courir dans le gymnase, se balancer sur les terrasses supérieures du sanctuaire, se frotter le corps de poussière, se promener pieds nus avant de se rendre au bain, prendre un bain chaud, dans lequel on versera du vin, se laver et se frictionner soi-même et, ajoute Tinscriplion, donner

pour la peine une drachme au baigneur; se frotter de sel et de moutarde, se gargariser avec de Teau froide la luette et les amygdales; et enfin, ceci est capital, sacrifier à Esculape, et ne pas oublier en partant de régler les honoraires. Appliquez le traitement pendant neuf jours, et l'effet sera excellent*.

On ne saurait donc nier Futilité de l'institution. « L'Asclépieion était, à vrai dire, un vaste établissement de bienfaisance, un hôpital fonctionnant sous le regard du dieu, avec le concours et Tencouragement de la cité; les riches y trouvaient d'utiles conseils, les pauvres un asile, les médecins eux-mêmes y cherchaient de salutaires inspirations '. » Sans doute avec le temps Tinstitution dégénéra; le temple de la médecine devint souvent Tasile de toutes les superstitions : il n'en est pas moins vrai que la médecine a trouvé là son premier berceau, et que, pendant longtemps, le culte du dieu-médecin est demeuré Tun des plus populaires de la Grèce.

1. On trouvera la traduction de ce texte dans S. Reinach, Chroniques d'Orient, p. 96-97.

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