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Perrot, ibid

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mitive que les fouilles de Mycènes ont révélée. Les édifices et les monuments trouvés sur les deux acropoles datent en effet du même temps et appartiennent à une même période de grandeur et de gloire. On a signalé déjà les analogies frappantes qui existent entre les peintures de Tirynthe et le plafond sculpté d'Orchomène; la ressemblance n'est pas moindre entre ces fresques et celles qui décoraient le palais de Mycènes : là aussi on retrouve ces longues bandes parallèles aux couleurs différentes et ces timides essais où Tartiste s'efforce de représenter des figures d'hommes et d'animaux. Les poteries trouvées à Tirynthe sont en général du même style que les vases de Mycènes; la frise du palais offre une décoration toute pareille aux motils usitée à Mycènes et à Ménidi; enfin, ici comme là, l'influence orientale a laissé sa trace, et ce n'est pas un des moins curieux enseignements qu'offrent les découvertes de Tirynthe. Partout se rencontre la marque visible des Phéniciens, dans la manière de construire les édifices comme dans la façon de les décorer. Ces galeries souterraines ménagées dans l'épaisseur des murailles se retrouvent, avec les chambres voûtées qui les bordent, dans le système de fortification des villes phéniciennes d'Afrique, à Carthage et à Thapsus, à Hadrumète et à Utique : et si grande est la ressemblance entre les deux plans adoptés qu'il faut admettre comme une vérité certaine la présence à Tirynthe d'architectes phéniciens ou nourris tout au moins aux leçons de la Phénicie. C'est de là également que viennent les procédés techniques employés dans la construction des murailles du palais : les maîtres phéniciens qui bâtirent pour Salomon le temple de Jéru-

salem, entremêlaient les poutres de cèdre aux assises de maçonnerie ; et le même mélange du bois et de la pierre se retrouve à Tirynthe comme à Mycènes. Ënfia ces pâtes de verre bleu qui émaillent la frise d'albâtre du megaron sont un article dlmportation orientale : dès la plus haute antiquité, TEgypte a employé ce mode de décoration; mais c'est de la Phénicie qu'elle recevait la matière première, c'est des fabriques phéniciennes que sont venues en Grèce ces pâtes de verre colorées à l'aide de sels de cuivre, que l'on rencontre à Ménidi et à Spata, à Mycènes et à Tirynthe et qu'Homère connaît encore et montre, sous le nom de kyanoSy employées à décorer les frises du palais d'Alcinoùs.

On ne saurait donc méconnaître les influences orientales qui pénètrent profondément la civilisation tirynthienne. C'est qu'aussi bien le palais de Tirynthe est de date un peu plus récente que les tombes de Mycènes. Un seul jour n'a point fait naître la longue série de monuments qui marquent le développement de cette lointaine civilisation : les fosses creusées dans le roc de l'acropole mycénienne sont plus anciennes que les tombes à coupole bâties dans la ville basse et que la résidence royale élevée au sommet de la colline; les tombes à couloirs de Spata et de Nauplie sont plus jeunes encore que ces derniers monuments. Partout les traits généraux sont les mêmes, mais les détails diffèrent à l'infini : à mesure que les siècles marchent, Tart devient plus sûr de lui et l'influence orientale plus puissante, jusqu'au jour où une civilisation nouvelle, représentée par les vases athéniens du Dipylon, remplace la civilisation mycénienne. Le palais de Tirynthe est contemporain des tombes à coupole de Mycènes, mais il semble avoir duré plus longtemps que les

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édifices mycéniens. Où retrouve, parmi ses ruines, des fragments de vasies à décor géométrique, ornés de figures humaines toutes semblables à celles des pote^ ries du Dipylon; on y retrouve des fragments plus curieux encore, qui semblent former la transition entre les vases de Mycènes et ceux de Tépoqne postérieure : ainsi Tirynthe nous moiïtre, après la grandeur, les derniers efforts et la décadence de la civilisation mycénienne.

Quand l'invasion dorienne passa sur TArgolidû, tout ce qui restait de cette brillante culture fut balayé par la tourmente : une race plus rude remplaça les prinfces riches et amis du luxe qui régnaient à Mycènes et à Tirynthe; de longues années de guerres rendirent les mœurs plus sauvages et j^lus grossières. En même temps les Phéniciens, qui avaient été les éducateurs de la Grèce primitive, oubliaieAt peu à peu le chemin de rHellade. Successivement chassé&des îles de l'Archipel, dépossédés du monopole du commerce maritime, écartés par les guerres incessantes qui troublaient toute sécurité, ils entretinrent avec les rivages occidentaux de la mer Egée des rapports moins étroits qu'autrefois. La civilisation ne pouvait qu'y perdre, et en effet l'époque homérique est tout autrement rude et grossière que l'époque mycéniemae. Pourtant, alors même, toutes les conquêtes du passé n'avaient point disparu ; et le palais de Tirynthe est encore le modèle en pierre et en bois des palais héroïques. C'est par là que cet édifice intéresse puissamment l'histoire de l'habitation humaine : la maison grecque n'est que le développement du palais homérique, tel que nous Tonl rendu les fouilles de l'acropole tirynthienne.

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