TA-YUEN-FOU. HOKIEX-FOU. RETOUR
si je crois au Foun-choueï! j'ai vendu une maison Tannée dernière, parce que mon voisin avait élevé du côté du nord, une cheminée qui détruisait Je Foun-choueï de mon côlé. »
lYos rapports avec les hautes autorités du Chan-si ne furent pas faciles. Les missionnaires, mal conseillés par leurs chrétiens, avaient émis, au début de leur séjour dans cette province, des exigences d'étiquette qui empêchèrent les bonnes relations de s'établir, et les mandarins, s'élant persuadés que nous voulions imposer les concessions qu'ils ne voulaient pas faire, résolurent de nous dégoûter, par leur attitude, de toute immixtion dans leur querelle avec les franciscains.
La grande expérience que nous avions des Chinois fit avorter leur plan, en ce sens que, pour éviter toute complication, nos rapports avec les hautes autorités se bornèrent à des visites faites par des intermédiaires. L'interprète fit de ma part une visite au viceroi, qui me la "fit rendre par un des fonctionnaires de son état-major.
Cependant, au moment où nous quittions la ville, il se passa un détail des plus burlesques. Le vice-roi, mécontent de nous, avait donné Tordre de ne pas tirerles trois pétards réglementaires, au moment où nous passerions sous la porte de laville. Les chrétiens chinois, de leur côté, furieux de cette impertinence, me supplièrent de revenir sur mes pas; ils se pro-
curèrent à la hâte les pétards nécessaires, et ils les tirèrent au moment où je sortais de la ville; j'appris plus tard que, les rieurs s'étant mis du côté des chrétiens, l'incident n'eut aucune suite.
La province du Chan-si est de toutes les provinces de Chine la plus montagneuse, ainsi que son nom l'indique : Chan-si, montagne de l'ouest. Aussi la route que nous eûmes à suivre pour rentrer dans le Chi-li fut elle des plus pénibles pour les animaux de bat ou de selle.
Un seul incident vint troubler la monotonie de notre voyage : ce fut un orage des plus violents qui nous assaillit dans une vallée; il nous resla juste le temps de gagner un village et d'y prendre refuge. En un instant, les montagnes voisines servant d'entonnoir, un véritable déluge se produisit dans le torrent; la crue des eaux fut si subite qu'elle surprit en roule un régiment dont plusieurs hommes furent entraînés et noyés avant d'avoir pu se réfugier, soit dans une maison, soit sur un rocher.
Nous avions réglé notre temps de façon à arriver chez les Pères jésuites, qui habitent le sud de la province du Chi-li, le jour de la Saint-Ignace, fête patronale de l'ordre et pour laquelle tous les missionnaires s'efforcent de revenir à la maison mère.
Pendant les quelques jours que nous passâmes dans cette maison, ce fut une véritable procession ; non-seulement tous les chrétiens des environs, mais
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la plupart des mandarins vinrent nous voir et témoigner par leur présence de leurs bons rapports avec les missionnaires.
La résidence des jésuites est au milieu des champs, à huit lieues environ de la ville de Ho-kienfou, qui est la capitale de leur district. C'est dans cette ville que j'ai vu, pour la première fois, les musulmans astreints à porter un signe extérieur qui indique leur religion; ils ont adopté un petit bonnet en cotonnade bleue, que je n'ai vu que là.
De Ho-kien-fou à Pékin, il faut quatre jours par la grande route de Pékin à Nankin. Xous fîmes aisément ce trajet, après avoir toutefois noté qu'un pont dontlePèredu Halde, écrivain du siècle dernier, déplorait l'état de vétusté, n'a pas éfé réparé depuis, et qu'on est obligé de passer à gué le ruisseau qu'il devrait aidera traverser.
Ce ruisseau alimente un grand lac où se fait en grand la pisciculture ; c'est cet étang qui fournit le poisson à Pékin et l'on ne peut se figurer le nombre de carpes et de tanches que l'on y produit.
VïII
LE YAXG-TZE-KIAXG. LE LAC PO-YAXG. HAX-KOW
Après avoir traversé à cheval et à petites journées les provinces au nord du fleuve Jaune, je fus obligé, un peu plus tard, d'entreprendre une tourne'e analogue dans les provinces du sud, la barque devant toutefois remplacer les charrettes, et les canaux les routes.
La constitution de l'empire chinois est un mélange de fédéralisme et de centralisation. Les provinces s'administrent elles-mêmes , et les vice-rois n'ont besoin d'aucune autorisation de Pékin pour lever des impôts, construire des routes et même organiser des milices . Chaque province doit au gouvernement central un tribut, moitié en nature, moitié en numéraire, généralement assez faible, auquel viennent
se joindre, dans la pratique, un don soi-disant volontaire et les cadeaux personnels des autorités locales.
Seulement, la cour possède, contre les tendances séparatistes qu'un pareil état de choses ne saurait manquer d'engendrer, une arme terrible, le droit de nomination. Dès qu'un fonctionnaire cesse d'être agréable, on le casse et l'on donne de nouveaux sceaux à son successeur ; et tel est le respect du peuple pour les ordres de l'empereur que toute tentative de révolte serait puérile, sauf peut être au Yu-nan dont les habitants se considèrent plutôt comme tributaires que comme sujets de la Chine.
Les mandarins savent tirer vis-à-vis de nous un excellent parti de ce dualisme. Chaque fois qu'une réclamation un peu importante est soulevée, les autorités locales répondent aux consuls qu'en matière aussi délicate, elles ne sauraient prendre aucune décision sans en avoir référé à Pékin et connaître la jurisprudence adoptée par Leurs Excellences.
De leur côté, les membres du conseil des affaires étrangères répondent aux légations qu'il est trèsdifficile d'envoyer des ordres précis et clairs à des personnages aussi importants que des vice-rois, que la minorité de l'empereur les oblige à de grands ménagements pour éviter de diminuer le prestige de la couronne, et qu'en conséquence ils ne veulent pas donner des instructions qui pourraient être transgressées, mais qu'ils vont conseiller amicalement à tel
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ou tel gouverneur de régler l'affaire avec justice et célérité (c'est la phrase consacrée). Une fois posée de cette façon, la réclamation la plus fondée, la plus simple, dure des années avant de recevoir une solution, et Ton verse des torrents d'encre pour rien.
La seule manière de faire respecter les clauses des traités consentis par le gouvernement chinois et de parvenir à régler quelques-unes des affaires pendantes, c'est de s'adresser tour à tour, suivant les circonstances, soit au gouvernement central, soit aux autorités provinciales.
Après avoir pataugé plusieurs mois dans les méandres de la politique chinoise, on arrive un jour à dire à messieurs du Tzong-ly-yamen , comme on les appelle à Pékin : « Je comprends et déplore votre impuissance ; aussi , pour éviter de compliquer nos bons rapports, le gouvernement que je représente s'est-il décidé à envoyer M. l'amiral X*** faire la police que vous n'osez faire et prêter main-forte au vice-roi , dont les bonnes dispositions sont entravées par le mauvais esprit de la population. Je pars dans quelques jours pour aller à Chang-haï conférer sur ce sujet avec l'amiral. »
Il est rare , si le moment psychologique est bien choisi, c'est-à-dire, si la ville où doit avoir lieu cette démonstration, toute pacifique, mais à main armée, est facilement accessible, que l'affaire ne soit pas réglée en quelques heures ; mais, en général, le
gouvernement chinois ne prend cette décision qu'au dernier moment, et sur les lieux où se passe l'incident.
Une des choses les plus drôles en ce genre que j'aie vues, ce fut la querelle entre les Japonais et les Chinois , à propos d'un acte de piraterie exercé sur les côtes de l'île de Formose, aux dépens d'un équipage japonais. Ces derniers, tout fiers de leur récente transformation, voulurent traiter l'affaire à l'occidentale et remplirent des protocoles de mots et de phrases inintelligibles pour les deux parties : droit des gens, police internationale, extradition, exterritorialité, que sais-je? tous les mots scientifiques qui remplissent Vatel et Martens , et dont les faibles se servent inutilement pour tenter d'empêcher la force de primer le droit.
A la première conférence, au lieu de s'occuper de la question de Formose, la conversation s'engagea sur l'utilité de répudier le costume national ; les Japonais opinaient pour, les Chinois contre. On se sépara là-dessus.
Une année s'écoula sans arriver à aucune solution. Enfin , les Japonais débarquent des troupes à Formose , s'emparent d'un fort et menacent de bloquer Chang-hai. Les Chinois sourient, sachant que l'Europe ne consentira jamais au blocus de ce port, et, finalement, obtiennent contre le payement d'une somme insignifiante le retrait des Japonais de For"
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