‹ Excursions autour du monde (volume 2)Chapitre 8 sur 11 · LE YAXG-TZE-KIANG. LE LAC PO-YANG · texte numérisé non relu

LE YAXG-TZE-KIANG. LE LAC PO-YANG

qui appartenait au bas peuple, qu'un lettré ou un mandarin, dont le supplice pour une pareille cause aurait humilié l'orgueil chinois. Tuer un bonze étranger, c'est à peine une peccadille à leurs yeux.

Aprèsquelques jours passés à Han-kow, nous nous embarquâmes dans des barques chinoises sur lesquelles il nous fallut rester vingt-quatre jours employésà remonter le Han jusqu'à un marché appelé Fun-chen, qui se trouve sur la grande route de Pékin au Sse-tchuen. Le pays que nous traversions était beau ; mais c'était en février, et, comme toutes les contrées livrées à la culture, il perdait toute sa beauté à être vu s ans ses atours de verdure. La population était plutôt hostile, de sorte que nous sortions peu de nos barques.

De Fun-chen à Pékin nous employâmes vingt jours en charrettes. Jamais je n'ai fait de voyage plus fatigant. Ou nous mettait dans cet instrument de torture à deux heures du matin, on nous laissait reposer une heure ou deux à midi, et le soir, à huit heures, on nous lâchait jusqu'au lendemain. Il faisait froid, et nous devions nous ensevelir sous des couvertures de peur de geler. La terre ne donnait encore aucune espérance de végétation, etles villages succédaient aux villages dans de vastes plaines de cendre, sans qu'il y eût jamais une seule variation dans le paysage.

En arrivant à Kaë-foun-fou , capi taie de la province du

Honan, nous dûmes nous arrêter quarante-huit heures pour laisser reposer les animaux et préparer le passage du fleuve Jaune, ce qui est toujours une opération délicate. Nous profitâmes de ce répit pour nous faire présenter les quelques juifs qui habitent cette ville et qui furent découverts au siècle dernier par un missionnaire. D'où viennent-ils? quelle a été la cause de cette émigration ? C'est impossible à dire ; mais ce sont bien réellement des juifs; ils ont conservé leur Bible, et plusieurs d'entre eux peuvent lire le livre sacré et le traduire à peu près. Ils ne mangent pas de viande de porc, ne travaillent pas le samedi et se marient exclusivement entre eux ; tels sont les seuls traits distinctifs qu'ils aient gardés. J'oubliais : tous font les métiers d'orfèvre et de brocanteur, et tout le monde s'accorde à dire qu'ils sont loin d'être aussi misérables qu'ils le donnent à entendre.

Le fleuve Jaune est un torrent impétueux de cinq à six kilomètres de large, roulant ses eaux chargées de sable des sommets du Kou-kou-noor au golfe du Pe-tchi-li, à travers la Mongolie, le Kan-sou, le Chen-si et le Ho-nan. Celte dernière province n'était, à une époque déjà historique, qu'un immense lac marécageux. Les empereurs de la dynastie des Han entreprirent de conquérir ces terrains à l'agriculture et d'endiguer ce terrible torrent. L'œuvre fut menée à bien, et maintenant le fleuve Jaune, maintenu par des digues de sable colossales, traverse cette riche contrée

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