‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 102 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE II

Pour moi , je compte parmi les plus beaux moments de ma vie les instants passés à contempler son ciel étincelant d'étoiles et à jouir, dans un proiTond recueillement, de la beauté de ses nuits. Alors on ne s'étonne point que cette terre ait nourri une race privilégiée , race vraiment prodigieuse, parce qu'elle possédait des dons qui paraissent maintenant contradictoires , guerrière et artiste, savante et inspirée, habile à chanter la foi et l'ironie , réunissant 1% génie du poëte à celui du politique , l'amour du beau au culte du dévouement; une race qui a produit à la fois Miltiade et Phidias, Aristote et Platon, Homère et Périclès, Pindare et Aristophane, Alcibiade et Socrate ! Cette nation a été si extraordinaire , qu'en admirant ce qui reste de ses monuments et en lisant les chefs-d'œuvre qu'elle a laissés, on se prend involontairement à douter du progrès! Pour résister à cet éblouissement, on a besoin de se rappeler que l'œuvre du christianisme est à peine ébauchée. L'Évangile est resté jusqu'en 1789 un code de morale dont on n'apercevait guère les applications à l'ordre social. Sans doute la loi nouvelle, en proclamant que l'homme et la femme, le citoyen et l'esclave, le

Grec elle Barbare sont les fils d'un même Dieu, appelés aux mêmes destinées, la loi nouvelle avait , en théorie , accompli une réforme gigantesque. Mais il reste maintenantà faire passer dans les lois ces principes de justice et de fraternité, et à faire pénétrer dans toutes les manifestations de la vie moderne cet esprit évangélique aussi supérieur à la philosophie de Socrate et de Platon que la charité est supérieure à la pure équité.

A dix heure* et demie j'entrais à Itéa, baie située à quelque distance de Paléa-Scala, non loin de l'ancienne Kyra, dans le golfe de Crissa. L'établissement qu'on a fait à Itéa date de 1854. On a élevé une trentaine de maisons dans cette station de bateaux à vapeur, où s'arrêtent les bateaux du Lloyd autrichien et les bateaux-poste grecs. La société des bateaux est, ainsi que la banque nationale, une des entreprises que le gouvernement, — tenant compte de la rareté des capitaux et de la nécessité d'exciter cet esprit d'association qui, en Grèce comme partout, pourrait produire des merveilles , — a cru devoir encourager en y participant comme actionnaire. Il a même garanti aux autres actionnaires un minimum de 5 o/o d'intérêt.

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