‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 103 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE II

A quatre heures et demie du matin, je m'embarquai à Paléa-Scala sur le Panhellinion ^ bateau à vapeur de la compagnie hellénique. Le capitaine Kiossis était un de ces Hydriotes ^ui combattirent avec tant d'héroïsme pour leur pays dans la guerre de l'indépendance. Je trouvai sur le bateau des Hellènes appartenant à diverses classes de la nation. Les militaires avaient pour représentants MM. Marcos Botzaris, officier du génie et neveu du héros souliote ; Soutzos , du même corps , chargé de la direction des travaux publics dans la nomarchie d'Élide et Achaïe; Cyprien , de Gonstantinople , major de la garnison de Missolonghi , et deux chefs de pallicares qui allaient l'un en Thessalie et l'autre en Macédoine. La chambre des députés était représentée par M. Goulinis, un des députés de Missolonghi, et le barreau par un Macédonien, M. Pausanias Khoïdas, ancien procureur du roi et avocat trèsdistingué de Fatras. Le capitaine avait bien voulu me faire disposer un lit charmant sur la dunette, d'où je pouvais contempler le golfe à mon aise et examiner mes compagnons de voyage. Les deux pallicares avaient une attitude sérieuse et réservée, qui faisait assez comprendre qu'ils

n'allaient pas visiter en touristes la patrie d'Achille et d'Alexandre-le-Grand. M. Botzaris, élève de récole des Evelpides et petit-fils de Notis, semblait frêle et délicat, mais dans ses yeux brillants et résolus étincelait la flamme patriotique qui consumait le cœur des héros de Souli. M. Soutzos avait épousé une de mes amies d'enfance, que je fus heureuse de rencontrer si loin de la terre natale. 11 me fallut quelque temps avant d'apercevoir tout le monde. Une partie des voyageurs s'étant établie sur le pont pour y passer la nuit, dormait encore à mon arrivée. Le réveil eut quelque chose d'original. De la position élevée où m'avait placée le capitaine, je pus en examiner à mon aise les divers épisodes. L'aurore aux doigts de roses quittant la couche de Tithon est la comparaison obligée quand il s'agit d'une dame qui s'éveille. Sur cette terre classique, cette comparaison n'eût pas été trop déplacée, mais elle eût été peut-être trop poétique pour peindre la toilette improvisée des femmes. Les hommes faisaient aussi la leur, avec une précipitation comique, sur le matelas qui leur avait servi de lit.

Le golfe de Corinthe , sur lequel je voguais ,

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