PARTIE I. — LIVRE I
fumés le nid des rossignols , harmonieux interprètes des douleurs de Philomèle. La bruyère arborescente devient éblouissante de fleurs. Avant de disparaître devant Tété , le printemps épanouit les lauriers-roses et les pétales argentés des myrtes dont les Hellènes avaient fait Temblême de Tamour heureux et dont on couronnait les images des ancêtres. Quant aux végétaux des champs, ce ne sont point quelques plantes isolées qui attirent l'attention , mais de véritables bancs de jacinthes , de violettes et de narcisses qui embaument les airs . D'innombrables anémones aux vives couleurs , nées du sang d'Adonis et des larmes de Vénus, entraînées par un irrésistible amour de la lumière, suivent de leur corolle penchée la marche du dieu du jour. Ailleurs , les cyclamens dont les feuilles sont peintes si agréablement de violet , dé vert tendre et de blanc lavé, les pervenches d'un bleu délicat s'attachent modestement au sol. Plus indopendantes de la terre , les orchidées ressemblent à des oiseaux qui vont rivaliser avec les hirondelles et les huppes ramenées par les beaux jours dans la patrie de Procné et de Térée. D'au- 1res végétaux élancent dans les airs leur tige
superbe, tels sont les chrysanthèmes et les malvacées gigantesques, parmi lesquels brille la magnifique rose trémière. Les asphodèles aux fleurs blanches rayées de pourpre qui , dans la Grèce antique, entouraient la tombe des morts, rivalisent de beauté avec la fritillaire impériale , aux feuilles épanses et lancéolées > à la belle couronne safranée.
La route carrossable , suivant les ondulations du terrain , monte , à travers des bouquets clairsemés d'oliviers, de Mandra à Vilari, village moderne, et de Vilari à Palaeo-Koundoura, qu'on laisse à gauche dans une vallée , puis , en suivant une ligne un peu tortueuse et en traversant plusieurs bras du Céphise éleusinien , elle arrive enfln à l'emplacement de l'ancienne Eleuthère , dont les ruines portent aujourd'hui le nom de GhyphtO'Castron. Cette région montueuse est couverte d'arbousiers des Alpes, aux feuilles de buis, dont le sombre feuillage fait contraste avec la verdure gaie du beau pin maritime, balançant au souffle de la brise sa couronne élégante. Au fond des ravins , on apercevait des saules touffus ombrageant quelques cabanes. De temps en temps, des paysannes albanaises, qui n'avaient