‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 12 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE ï · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE ï

pas dégénéré de la beauté de leur race, passaient avec des ânes chargés de buissons et de branches d'arbres. La Turquie ayant gardé la Thessalie qui fournissait à la Grèce ancienne presque tous ses chevaux, Tâne, sobre, laborieux , et dont le pied est si sûr , remplace le cheval avec succès. L'âne oriental a été beaucoup moins dégradé par les mauvais traitements que Tâne de l'Occident. A l'état sauvage , où il vit dans les déserts de l'Asie centrale , il est presque aussi grand qu'un cheval de moyenne grandeur, il se montre actif, vigilant et sociable avec ses pareils. En Egypte , on trouve des ânes domestiques d'une beauté et d'une force remarquables. En Judée , cet animal était la monture des gens de condition et il servit à Jésus-Christ lors de son entrée triomphale à Jérusalem. Les anciens Hellènes, surtout les Aixadiens, en faisaient le plus grand cas , et Homère ne croit pas rabaisser le brave Ajax en le comparant à un âne.

Je rencontrais aussi , outre les paysans et les paysannes , montés sur des baudets , des pâtres à pied qui descendaient la montagne en portant sur leur épaule un vase de bois rempli de ré-

sine. Leur manteau blanc contrastait avec le ton foncé de la verdure. A mesure qu'on avançait, le ciel changeait de physionomie. Ce n'était plus déjà l'azur immuable d'Athènes, mais de légers flocons de nuages voilaient le firmament et en tempéraient l'éclat. J'aspirais avec délices cet air que l'approche du soir rendait de plus en plus vivifiant. Il n'est pas de ville un peu grande où l'on n'étouffe en été. Pétersbourg même ressemble à une étuve. Le mois de juillet est si brûlant à Paris que les Français du nord deviennent aussi pétulants que les méridionaux. N'est-ce pas le ii juillet qu'ils ont pris la Bastille , et n'est-ce pas à la fin du même mois qu'ils ont, en 1830, renversé le roi des Jésuites? On s'imagine ce que peut être alors l'atmosphère d'Athènes , malgré les vents étésiens qui y soufflent tous les jours à une heure fixe. Il est vrai que, par compensation, l'hiver est si agréable dans la capitale de la Grèce, que depuis dix ans le thermomètre n'est jamais descendu au-dessous de zéro, sauf dans la nuit du 31 janvier 1858, dans un hiver d'une rigueur exceptionnelle.

Je fis halte au khani de Casa pour y prendre le thé. A peu de distance de ce khani , au sud-

Page 1