PARTIE I. — LIVRE II
ner, son attention n'était pas distraite de ses préoccupations patriotiques. Elle en entretenait sans cesse la jeune Malousso , avec laquelle elle vivait dans la plus étroite intimité.
11 existe dans les environs de Niaoussa des propriétés turques nommées tchifliks^ occupées par des agas. Le fils d'un de ces agas s'éprit de Malousso, qui ne répondit à son amour que par la haine. Anthi ayant appris que le Turc voulait enlever son amie pendant la nuit, décida son frère à voler à son secours. Au moment où le Musulman attaquait avec ses gens la maison de Malousso , où elle était seule avec une tante et un petit frère ; Stérios , Anthi , vêtue en pallicare , et quatre chrétiens de leurs amis se précipitèrent sur les ravisseurs , tuèrent le fils de l'aga et huit de ses hommes. Malousso atteinte par une balle était déjà mourante quand le combat finit.
Après ce combat, où Anthi eut la chevelure brûlée, elle dut avec Nicanor, frère de Malousso, fuir la colère du pacha. Après s'être réfugiés dans la montagne, les fugitifs gagnèrent Castoria qui dépendait du pacha de Bitolia, ennemi du pacha de Salonique. Stérios et Anthi, qui avaient adopté le jeune Nicanor ;, reçurent l'hos-
pitalité chez le vieux Nicodème, qui avait autrefois rempli les fonctions de professeur chez les Hellènes de Cosani , ville située entre Niaoussa et Castoria. Cet homme vénérable avait été plus d'une fois, lui-même, exposé aux persécutions des Turcs. Les maîtres de son infortuné pays ne lui pardonnaient pas d'enseigner ces belleslettres qui ont autrefois donné la première place aux Hellènes parmi les nations de l'Europe. Les barbares lui reprochaient de parler aux fils de la Grèce d'Homère, de Sophocle et de Platon! Leur fureur n'avait point de limites, lorsqu'il racontait avec un patriotique enthousiasme comment l'ancienne Hellade avait , de son glaive invincible, repoussé les hordes de l'Asie, à Marathon et à Salamine , et comment elle avait foulé aux pieds l'orgueil du roi des rois. Du reste, il ne se plaignait jamais des souffrances qu'il avait endurées. N'avait-il pas contribué, pour sa part, à réveiller des souvenirs qui ne périront plus ? Tous ceux qui partageaient ses convictions, travaillaient comme lui à ressusciter l'âme de la Grèce. Ardents, infatigables et désintéressés, ils s'étaient répandus partout comme autrefois I les messagers de l'Évangile. Sur les côtes de