‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 111 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE II

l'Asie-Mineure, dans les provinces de la péninsule orientale, même dans les cités de TOccîdent, ils annonçaient aux Hellènes que de grands jours approchaient. Aucun d'eux n'avait été effrayé du sort tragique de Rhigas-le-Libérateur, qui leur avait donné l'exemple , et que « l'ennemie du genre humain, la grande prêtresse de l'oppression , » — ce sont les expressions dont les comtes de Maistre et de Montalembert se servent en parlant de l'Autriche, — avait livré aux bourreaux. Il semblait, au contraire, que le sang du martyr eût été une bénédiction pour cette œuvre vraiment patriotique. La tâche que ses successeurs accomplissaient était obscure et souvent dédaignée. Le temps devait venir où les actions éclatantes des héros la feraient oublier. Mais ils préparaient des jours meilleurs; ils travaillaient pour la Grèce , pour la foi chrétienne et pour la civilisation du monde. C'en était assez pour leur satisfaction !

Le courageux savant, frappé de l'enthousiasme qui rayonnait sur le front d'Anthi, l'engagea, ainsi que son frère, à profiter de son séjour à Castoria pour apprendre à connaître Thistoire des Hellènes. La jeune fille accepta avec d'autant

PHTHÏOTIDE ET PHOCI0E.

plus de bonheur les offres de Nicodème que la prudence les obligeait à vivre dans une profonde retraite. Stérios se montra d'abord moins empressé ; les pallicares n'ayant jamais manifesté aucun goût pour l'étude; cependant il ne tarda point à s'attacher à ces nouvelles occupations et à comprendre quelles ressources immenses lui fournirait l'instruction.

La situation de Gastoria, qu'un col étroit unit seulement à la terre ferme, permettait de se promener aisément en bateau sans trop s'exposer aux regards des curieux. Tantôt les exilés longeaient la rive septentrionale et la rive orientale du lac Orestias, où les Turcs apeccevaient dé leur quartier un admirable paysage embelli par des bouquets d'arbres et par de blancs villages. Tantôt, voguant sous le revers occidental et méridional de la Spina, ils contemplaient les maisons des Hellènes, distribuées par îles, au-dessous desquelles apparaissait, au bord des ondes, VOvraïo-Machalé, rései^é aux Juifs. Dans d'autres excursions ils s'enfonçaient dans la caverne qui s'avance sous la péninsule, où ils allaient visiter les monastères de la Panaghia et de saint Anastase. Les eaux du lac Orestias , qui verdissent à

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