PARTIE I. — LIVRE II
répoque de la ûoraisou des plantes, sont, le reste de l'année, d'une admirable limpidité. Quand on explore sa rive orientale, on trouve pendant une demi-lieue une côte inaccessible qui lui donne un aspect imposant. Lorsque Nicodème voulait faire jouir ses botes de l'ensemble du paysage, il les menait^ de grand matin, sur un monticule où s'élevait la métropole et d'où ils avaient une vue fort étendue. Il profita d'une de ces visites pour les présenter à Néophyte , archevêque de Castoria , qui était à la fois le pasteur et le chef civil de la communauté chrétienne. Ce prélat, qui avait sous sa juridiction de riches négociants , dont plusieurs avaient des comptoirs à Leipzig, à Vienne, à Odessa, interrogea avec bonté les jeunes Hellènes sur les affaires du pachalik de Salonique. Il écouta avec un intérêt visible tout ce qu'ils racontèrent du caractère farouche d'Aboulouboul. Il parut surtout frappé de l'enthousiasme religieux d'Anthi , qui , depuis qu'elle vivait à Castoria , manifestait le dessein d'entrer dans un couvent.
En effet, la jeune fille se détachait de plus en plus des affections de la terre. Stérios n'avait profité du savoir qu'il avait acquis que pour lire et
relire l'histoire de la Grèce. Cette histoire était devenue pour lui comme un récit contemporain. Le mot de «barbare » ne s'appliquait-il pas aussi bien aux hordes du Turkestan qu'aux soldats du grand roi? Les sectateurs iconoclastes de Zoroastre n'avaienl-ils pas brûlé les sanctuaires helléniques avant que les Ottomans profanassent les églises? Si les Asiatiques avaient été refoulés par les Miltiade et par les Thémistocle , pourquoi ne seraient-ils pas encore une fois vaincus par les fils des Hellènes? Pourquoi la Grèce ne prendrait-elle pas, comme au siècle d'Alexandre, une revanche éclatante? Les pallicares n'étaientils pas prêts à descendre des montagnes? Les marins d'Hydra n'étaient-ils pas disposés à s'élancer sur leurs légers vaisseaux? Lorsque l'étendard de la croix flotterait dans les airs , il deviendrait, comme au temps de saint Constantin, le signal de la transformation du monde ! • Anthi , tout en entretenant l'ardeur patriotique de son frère par la lecture de la Vie d'Alexandre-le- Grand , roman d'un caractère essentiellement oriental, qui a exercé une assez grande influence, Anthi préférait personnellement les recueils légendaires destinés à célébrer les vies