‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 115 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE II

meilleurs ouvrages de la France et de Tltalie. Le commerce leur avait enseigné un esprit d'ordre et de travail qu'on constatait jusque dans les classes inférieures de la population. Celles-ci n'ayant point de capitaux préféraient à toute autre industrie la fabrication fructueuse, dans ces contrées, des ornements et des ustensiles d'or et d'argent. L'hiver, la neige les emprisonnant à leur foyer, chacun travaillait avec une nouvelle ardeur. On filait la laine ; on fabriquait les épais tissus employés à faire les capes des Albanais et des marins dalmates; on racontait des histoires où les sorcières de la Thessalie jouaient un rôle lugubre ; on chantait en chœur des hymnes à la Panaghia , on s'entretenait des pauvres pasteurs roumains qui , moins heureux , bravaient les intempéries de la saison dans leurs campements glacés.

Malgré la rigueur de leur vie , ces pâtres résolus avaient un air plus noble que les habitants de Calaritès. Quoiqu'ils portassent sur leur front bruni la trace des saisons , ils étaient forts et robustes. Leur tête avait conservé les proportions romaines , et le temps , qui altère si profondément les types nationaux, n'avait pu, mal-

gré les mariages qui ont modifié leurs habitudes et leur idiome , les confondre ni avec les Hellènes ni avec les Ghkipétars. L'extrême pauvreté de ces pasteurs ne les empêchait pas d'être hospitaliers et polis. On voyait qu'ils appartenaient à une race anciennement civilisée. Aussi portaient-ils encore , un peu avant la révolution française, le chapeau en feutre et le vêlement dos pâtres du Lalium. Par un miracle philologique, leur langue, quoique mélangée de mots empruntés à leurs voisins, avait conservé le fond , Tordre, le rhythme et la syntaxe du latin. Dans la Thessalie, on les appelait Cambises, Caragoulis ou Caragounis; en Acarnanie, Pistiki ; dans la Macédoine , Colbans ; mais eux se nommaient fièrement Roumains ; car ils savaient tous qu'ils descendaient d'une race restée latine dans ses éléments essentiels, laquelle compte au moins huit millions d'âmes, et qu'on pourrait nommer l'Italie orientale.

Les Dassarets , qui sont les Roumains-Macédoniens de Périvoli, d'Avdéla, de San-Marina, de Voschopolis et des villages qui en dépendent, formaient une population d'environ 15,000 âmes. Ce sont des Dassarets, partis de Voschopolis,

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