‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 116 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE II

qui fondèrent , au quinzième siècle , sur les hauteurs du mont Sarakina la ville de Vlacho-Cléissoura. Les Roumains cherchent volontiers les régions élevées, pareilles aux pentes de T Apennin , voisines des forêts , des pâturages et des eaux glacées dont ils font leurs délices.

N'est-ce pas une destinée étrange que celle de cette race qui se trouve, aux frontières de rOrient , séparée des peuples qui ont avec elle une commune origine? Sans doute le lien si fort d'une foi commune les rattache irrévocablement aux destinées des nalions de la péninsule orientale. Ils éprouvent, comme elles, le besoin de rendre ces belles contrées à leur primitive indépendance, et de travailler énergiquement, dans la mesure de leurs forces, à l'œuvre commune de la Ubération de l'Orient chrétien. Mais n'estil pas naturel que leurs regards se portent souvent vers les pays où des nations illustres , telles que les Français , les Italiens et les Espagnols , les colons même du Mexique et de l'Amérique méridionale, parlent des langues sœurs de la leur, et ont reçu, comme eux, de la ville éternelle, les bienfaits d'une antique et puissante civilisation? Cependant, comme les Latins de

rOccident oublient parfois leurs frères orientaux, il est d'une extrême importance pour ceux-ci de s'habiluer à compter principalement sur leurs propres efforts. II faut surtout qu'ils contractent lé goût de la concorde, sans laquelle ils périront en foule sans obtenir aucun résultat durable, e( qu'ils ne dédaignent jamais la sympathie de leurs voisins. Que les Hellènes et les Roumains , que les Chkipétars et les Slaves du Sud oublient pour un moment leurs ressentiments et leurs antipathies. S'ils ne parviennent pas à s'aimer, — quoiqu'ils appartiennent en grande majorité à la même Église, — qu'ils tâchent du moins de s'entendre. Ils ont plus d'intérêls communs, quoi qu'on en dise, que d'intérêts différents. Soldats du christianisme, qu'ils ne s'exposent pas à entendre les Musulmans répéter que le royaume de Jésus est le royaume de la discorde , et que les chrétiens se haïssent encore plus qu'ils ne détestent les ennemis de la croix !

Tels sont les sentiments et les résolutions qu'inspirerait un esprit véritablement évangélique et patriotique. Malheureusement, si des chefs peuvent , à la rigueur , se mettre d'accord pour la défense de la cause générale , il n'est pas

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