‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 117 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE II

aussi aisé de donner aux multitudes l'intelligence d'une politique à la fois élevée et pratique. Les vérités les plus simples font très-lentement leur chemin dans une foule aveuglée par les préjugés et dominée par la routine. Le jour n'était pas encore arrivé où des rêves généreux pourraient se réaliser. Mais une idée , qui passe à bon droit , quand on l'émet pour la première fois, pour une véritable utopie, paraît , quarante ans plus lard, tellement évidente , que l'on comprend à peine les obstacles qu'elle a rencontrés. Qui se fût jamais imaginé, en 1848, que les nations du Bas-Danube, Roumains , Serbes et Magyars parleraient de s'entendre pour la défense de leur indépendance et de leurs libertés I

Anthi avait montré tant de zèle et d'intelligence dans l'excursion à Vlacho-Cléissoura qu'on crut pouvoir, lorsque les voyageurs furent revenus à Castoria, lui donner le diplôme de membre de Fhétairie et l'employer à une correspondance très-active et d'autant plus efficace que les Turcs, comme tous les barbares, n'ont jamais compris les services que peut rendre l'écriture. U^^ la princesse de Belgiojoso, qui les a si bien étudiés, affirme qu'ils aiment mieux envoyer un

messager à de longues distances que de recourir aux lettres. Cependant les événements ne tardèrent pas à jeter dans l'action les membres de rhétairie. Ali-Pacha, pressé en Épire par les troupes du sultan, s'était tourné vers les Hellènes. L'archevêque dePatras, Ghermanos, avait arboré à Haghia-Lavra l'étendard de l'indépendance. La Chalcidique s'était soulevée. Les moines du Mont-Athos fournirent à l'insurrection macédonienne de l'argent, des armes et une troupe de caloyers. Stérios, on le comprend, s'empressa de prendre les armes. Il eut beaucoup de peine à empêcher sa sœur de partir avec lui. Malgré les larmes du petit Nicanor et les conseils de Nicodème, elle voulait accompagner son frère. Celui-ci fut obligé de lui jurer qu'il la ferait venir lorsqu'une des trois péninsules de la Chalcidique serait libre.

Aboulouboul-Pacha , loin de s'effrayer de ce redoutable soulèvement, crut qu'il parviendrait facilement à le comprimer. Aboulouboul étant entré au Mont-Athos, une partie des insurgés s'enfuirent dans les montagnes ou se concentrèrent dans la presqu'île de Cassandra , l'ancien isthme de Pallène , où Stérios fît des prodiges de

Page 1