‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 118 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE II

valeur. On s'est étonné en Occident du peu de durée de Tinsurrection de la Chalcidique. Mais on ne sait pas combien il est diilicile à une population depuis longtemps désarmée, privée de munitions et de chefs expérimentés, dénuée d'habitudes militaires , de tenir tête à des troupes organisées. Les armes que les moines avaient pu introduire dans le pays par la voie de mer étaient en petit nombre. Anthi, qui ne se rendait pas compte de ces diflScullés, accueillit avec trop d'empressement des renseignements inexacts sur la situation des chrétiens. Trompée par ces fausses nouvelles, elle s'empressa de quitter Castoria après avoir confié Nicanor au vieux Nicodème. Elle partit avec trois pallicares. Anthi, comme Jeanne Darc, avait pris le costume militaire. Son attitude martiale, le feu qui brillait dans ses regards , le ton décidé de ses paroles firent' une telle impression dans le village de Sélitza, que plusieurs paysans lui proposèrent de la suivre. Un détachement turc, qu'on rencontra et qu'on battit, fournit à ces soldats in. provisés des munitions et des armes. Enhardie par ce succès , l'héroïne engagea ses compagnons à attendre de pied ferme au détroit de Kérassia

Faga de Niaoussa qui était envoyé comme chef militaire à Liarigova (Chalcidique). Cet aga était le père du ravisseur qui avait causé la mort de Malousso. Anthi et ses amis se disposèrent à l'attaquer. Les Musulmans ne résistèrent pas à l'impétuosité des Hellènes , et leur chef, sur lequel Anthi déchargea son pistolet, tomba à ses pieds percé d'une balle.

Lorsque la petite troupe parvint à gagner la Chalcidique à travers mille dangers, Anthi s'aperçut avec chagrin que des passions acharnées avaient compromis le succès de la noble cause à laquelle elle avait voué sa vie. Quand un peuple sort d'une servitude séculaire, il est absolument impossible qu'il se dégage par un seul élan de la fange dans laquelle il a si longtemps rampé. Il ressemble à ce lion de Milton qui, aux premiers jours de la création, fait d'énergiques efforts pour se dégager de la terre qui enlace ses flancs souillés. Combien de temps les vices des esclaves survivent à l'esclavage! Demander, comme on l'a fait tant de fois aux Orientaux , d'échapper à la loi des transitions , n'est-ce pas exiger d'eux qu'ils se montrent supérieurs aux défaillances et aux infirmités de la nature humaine? Les pré-

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