PARTIE I. — LIVRE II
tentions personnelles, les vanités incurables, les discordes acharnées , les défections honteuses ne se retrouvent-elles pas en Occident dans les plus grandes manifestations nationales? Pourquoi les Hellènes en 1824 auraient-ils été plus heureux que les Anglais de 4688, les Français de 1789 et les Italiens de 4848? Mais Anthi, qui était douée d'un caractère supérieur, ne comprenait rien à ces funestes effets de la fragilité de noire espèce. Lorsqu'elle eut rejoint Stérios, elle ne tarda point à s'attrister profondément en voyant l'indépendance nationale compromise par les plus misérables divisions. Au début de l'insurrection^ quand chacun sentait la nécessité impérieuse de la concorde, les Turcs avaient été partout vaincus et repoussés. Tous les efforts d'Aboulouboul avaient échoué contre l'union des insurgés. Chacun contribuait, dans la mesure de ses forces , à la résistance contre l'ennemi commun. Non contents de donner de l'argent, les moines, pour fournir des balles aux chrétiens, enlevèrent le plomb qui couvrait plusieurs coupoles de leurs couvents. On se battit surtout avec acharnement pour défendre les portes de Cassandra, ainsi nommées à cause
d'une muraille destinée à fermer Tisthme de Pallène et percée de deux portes à ses extrémités. Un intrépide religieux, encore vivant, Agathanghélos, avec lequel j'ai eu occasion de m'entretenir de ces événements , amena du monastère de Simopetra deux canons, destinés à le protéger contre les Barbaresques , canons qu'un officier serbe , alors en pèlerinage au monl Athos, apprit aux chrétiens à manœuvrer. Tandis que sept cents caloyers de la Montagne-Sainte combattaient avec les- insurgés , les femmes , organisées en troupe , se précipitaient sur les bombes lancées par les Turcs , et les éteignaient avec des seaux d'eau. Anthi , qui avait repris les vêtements de son sexe , était à la tète de ce courageux bataillon.
Mais la discorde et les trahisons ne tardèrent pas à rendre toute résistance impossible. lanios et Manolachi Œconomos , qui commandaient les Hellènes, se détestaient tellement qu'ils ne surent pas immoler leur antipathie au salut général. Les portes de Gassandra furent ouvertes aux Turcs. Mais la révolution de la Ghalcidique leur avait coûté quarante mille morts. Aboulouboul se vengea de ces pertes énormes par des supplices