PARTIE I. — LIVRE II
dignes des cannibales. Salonique et Niaoussa eurent surtout à souffrir du triomphe des barbares. Ni Y âge ni le sexe ne furent respectés dans ces hécatombes qui laissèrent l'Europe chrétienne, — fort sensible aux maux des nègres, — profondément indifférente. Les Ottomans vendirent dans les bazars tous ceux qui avaient échappé aux massacres, et des femmes, habituées à être respectées au foyer domestique des chrétiens, de jeunes filles timides, de pauvres enfants , qui ignoraient encore tout ce que les mœurs musulmanes ont de dégradant, furent traînés comme un vil troupeau dans les harems de la Turquie.
Après la prise des portes des Cassandra, les moines du Mont-Âthos se soumirent au pacha. Celui-ci jugea prudent de ne pas pousser au désespoir les patriotes qui s'étaient réfugiés dans leurs monastères. Il autorisa ceux qui ne voulaient pas se soumettre au padishah à s'embarquer. Anthi et Stérios se retirèrent avec une troupe résolue dans l'île de Scopélos. Là s'établirent deux prêtres intrépides qui avaient pris une part active à l'insurrection, Coslandas et Gazis, ainsi que le moine Agathanghélos. Là
Mavromichalis , Anghélos , Tabacopoulos organisèrent avec eux le coup de main qui livra aux Hellènes la ville de Carystos dans File d'Eubée. Vaincue sur son terrain , la Macédoine donna à l'armée nationale plus d'un bras énergique. Il suffit de citer Caratassos , qui pcit un part si considérable à la guerre de l'indépendance. Quant à Stérios, comme son père il eut l'honneur de verser tout son sang pour la Grèce. Quoique le soulèvement macédonien n'ait pas atteint son but , il a pourtant laissé parmi les Hellènes d'impérissables et précieux souvenirs. Aucun d'eux ne saurait oublier que la patrie du vainqueur de l'Asie a, dans un moment suprême, combattu avec les descendants des Athéniens , les fils de laThessalie et les soldats de Lacédéraone. L'unité nationale, depuis si longtemps brisée, s'est reconstituée glorieusement sur les champs de bataille. La Macédoine et l'Epire n'ont -elles pas constaté de la manière la plus expressive qu'elles voulaient secouer le joug de la barbarie, et redevenir des provinces helléniques comme au temps d'Alexandre-le-Grand et de Pyrrhus?
Après la mort de Stérios, Anthi songea à tirer