PARTIE I. — LIVRE I
est, sont les ruines dont j'ai parlé. Située sur les confins de TAtlique et de la Béotie , au pied du Cithéron, Eleuthère était considérée par plusieurs, — Strabon l'atteste, — comme une ville béotienne. Sa situation montre qu'elle gardait le passage du Cithéron , comme Bellinzona (Tessin) garde le passage des Alpes. Mais aujourd'hui, Béotiens et Athéniens ont heureusement oublié leurs anciennes querelles pour se préoccuper des intérêts de la commune patrie. La nature du pays qui entoure Casa étant très -favorable aux pins , les environs sont partagés en petites propriétés appartenant pour la plupart à des paysans. La contrée produit plus de 200,000 oques (l'oque équivaut à 1250 grammes) de résine , du goudron et de la poix. On obtient le goudron en coupant le bois de pin , déjà presque épuisé de résine , en pièces de 60 à 80 centimètres. On entasse ces pièces dans un four grossier, audessous duquel il y a un foyer et un conduit qui aboutit à une fosse servant de récipient. Après avoir accumulé le bois en un monceau de plus de deux mètres et l'avoir recouvert, en laissant un trou au milieu , on met le feu à la partie supérieure du bûcher. Le pin en brûlant lentement
laisse suinter , à travers la fumée , la substance noire, épaisse et collante dont on fait une si grande consommation dans la marine pour enduire les cordages et la carène des vaisseaux. Les tanneurs s'en servent aussi pour gonfler les peaux, et les médecins remploient contre diverses maladies. On obtient la poix en faisant bouillir le goudron. Ces détails ne donnent pas une idée suffisante des ressources que présente le pin maritime (pinus maritima). Cet arbre, réellement précieux , non-seulement brise Timpétuosité des vents et arrête les sables mobiles , mais il fertilise les terrains stériles et sablonneux des bords de la mer, en les disposant à recevoir d'autres plantations. En France, la cultm'e du pin maritime change la face du (iépartement des Landes, que les dunes envahissaient de plus en plus. L'homme ne peut exercer son empire sur le globe que par des intermédiaires. L'oiseau qui le délivre des insectes malfaisants ou des reptiles immondes, l'arbre qui purifie l'air en absorbant des miasmes délétères ou qui prépare le sol à l'agriculture , lui sont aussi utiles que le coursier rapide et le bœuf docile.