PARTIE I. — LIVRE III
térochthone qui eût montré quelque sentiment patriotique, et imiter le roi Victor-Emmanuel qui faisait de ses petits États une asile pour tous les Italiens proscrits par le pape, le roi de Naples et les ducs autrichiens de Modène et de Toscane.
Pour passer du golfe de Corinthe d^ns le golfe de Patras, il faut franchir le détroit fameux qu'on nomme Petites-Dardanelles. Le vieux château de Roumélie, situé surTAnti-Rhium, et le château de Morée , bâti sur le cap Rhium , qui le dominent et que 2000 mètres seulement séparent, peuvent croiser leurs feux. Dans les murs du Kastdi ou château de Morée, on retrouve des débris du temple de Poséidon (Neptune), protecteur de cette rive. Dans un de ces châteaux sont renfermés les forçats et les condamnés à mort. Les Turcs gardèrent le château de Morée Jusqu'au mois d'octobre 4828. Alors le canon français en ouvrit les portes.
Je passai la nuit à Patras, où je reçus de la famille de M. Pausanias Khoïdas une hospitalité propre à donner la meilleure idée des habitudes civilisées de la cité achéenne. Le même soir, je soupai chez les Souizos.
Les Soutzos sont une famille bulgare helléni-
sée qui a donné plusieurs princes aux Principautés roumaines. Michel IV Soutzos (4783) , Alexandre IX Soutzos (1802) ont régné en Valaquie, et Michel XII Soutzos (1793), Alexandre XIII Soutzos (1801) et Michel XV Soutzos (1819) ont gouverné la Moldavie*. Les Soutzos appartenaient à cette classe nommée Phanariotes sur sur laquelle certains écrivains zélés pour la cause des primats ont raconté tant de choses effrayantes*. Quant à moi, je n'ai jamais passé pour être fort enthousiaste du principe aristocratique, qui me semble avoir fait son temps. Cependant je crois devoir, pour donner une idée de l'histoire et de l'état des classes en Grèce, résumer l'apologie que les Phanariotes les plus intelligents opposent à leurs nombreux adversaires. Ce nom mystérieux de Phanariote, disent-ils, vient simplement du quartier duPhanar ou du Fanal , qui renferme l'église , la maison, et l'école patriarcales. Là vivaient au dixseptième siècle les Hellènes les plus importants
* Il ne faut pas oublier que le même personnage figure parfois sur deux listes. Ainsi Nicolas Mavrocordatos est Nicolas I«r de Moldavie et Nicolas II de Valaquie.
* Zallony, Essai sur les Phanariotes , in-S», 1824 , est le type de cette classe d'écrivains.