PARTIE I. — LIVRE III
— M. Taine Ta prouvé dans la Revue des Deux- Mondes^ pjjr une multitude de faits, — dans un siècle où le roi du Parc-aux-Cerfs souillait le trône de France ; où Paul I^r faisait du sceptre de Pierre-le-Grand le jouet d'un fou furieux; où George III, autre insensé, forçait les colonies de l'Amérique du Nord de s'insurger; où le prince de Galles (depuis George IV) se conduisait comme le dernier des misérables ; où les indignes successeurs de Soleïman-le-Magnifique plongeaient la Turquie dans l'abîme où elle se débat; dans un siècle où l'absolutisme en décadence ne connaissait plus de frein , quand les héritiers de Henri IV, Philippe d'Orléans comme Louis XV se livraient aux plus honteuses débauches et à toutes les fantaisies du despotisme, quand la guerre de Sept-Ans, caprice de despotes, coûtait la vie à un million d'hommes, il eût été fort étonnant que les domni de Moldavie et de Valaquie eussent été irréprochables. Ajoutons que les princes d'Occident ne dépendaient pas d'un pouvoir aussi insatiable et aussi corrupteur que la Sublime-Porte. Si le funeste esprit de l'Asie s'estglissé dans le cœur des Pha-
* 1" décembre 1861.
nariotes, quelle classe a-t-il épargnée dans l'Europe orientale? Des chefs militaires^ tels qu'Ulysse et Golocotronis , s'en étaient-ils, par hasard, mieux préservés qu'eux? Les primats qui tant de fois compromirent la Grèce par leurs prétentions, leur cupidité, leurs divisions et leurs querelles, en étaient-ils plus exempts? La multitude qui, au sac de Tripolis, se souilla de tant de meurtres et d'excès , était -elle animée de sentiments plus purs? Tous, au moment où éclata Tinsurrection de 1821 , avaient besoin d'être purifiés par une lutte terrible qui devait , non pas achever, mais commencer la régénération des caractères, régénération trop laborieuse^ hélas! pour être l'œuvre d'un jpur! Combien , parmi les hommes qui prirent part à la révolution française, étaient exempts des vices qu'ils reprochaient à l'ancien régime? Le constitutionnel Mirabeau et le terroriste Danton étaient-ils moins avides d'argent et de voluptés que les cardinaux de Rohan et de Brienne? Nul ne s'étonne qu'en Occident le despotisme laisse dans les âmes d'ineffaçables empreintes; mais toutes les fois qu'il s'agit de l'Orient, on voudrait que le monde moral eût d'autres lois , et