‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 130 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE III

que la postérité d'Adam échappât miraculeusement aux influences qui sont partout si redoutables.

Les événements se chargèrent de prouver que les Hellènes du Phanar étaient restés gens de cœur. Plusieurs Phanariotes prirent une part active au soulèvement national. Michel XV Soutzos, prince de Moldavie, n'a-t-il pas expié par quatre ans de captivité dans les cachots de l'Autriche son affiliation à Thétairie? Il ne semble pas le moins du monde repentant du rôle qu'il a joué à cette époque mémorable. Un autre Soutzos n'est-il pas tombé* au combat de Dragachani? Les frères Hypsilantis et M. A. Mavrocordatos n'ont-ils pas donné, pendant la guerre de Tindépendance, des preuves non équivoques de patriotisme et d'une probité à toute épreuve? Cette conduite fait un éclatant contraste avec la félonie de la noblesse française , qui pendant la révolution s'efforçait, sous le drapeau de l'étranger, d'envahir le sol de la patrie.

Aujourd'hui, le mot de Phanariote , — si souvent et si ridiculement prodigué , — n'a plus de

* C'est à lui que M. A. Soutzos a dédié son Histoire de la révolution grecque. Paris 1829.

sens. LesSoutzos, lesHypsilantis, lesMavrocordatos , les Caradja etc. sont citoyens de la Grèce indépendante ; ils s'en font gloire et n'ont rien de commun avec le Phanar. Ils ne se distinguent du reste de la nation ni par les titres ni par les privilèges, puisque la constitution n'en reconnaît point. Ils savent trop l'histoire de leur, pays pour s'étonner de ces lois démocratiques. Dans l'empire grec, les titres conférés par les fonctions civiles ou militaires n'ont jamais été héréditaires, le génie hellénique différant profondément de l'esprit aristocratique de Rome et de la Germanie. Cependant les souvenirs ne peuvent pas s'effacer. Ces souvenirs constituent ce qu'on nomme en France «l'illustration», illustration qui n'est incompatible ni avec l'égalité devant la loi ni avec aucune des exigences du régime démocratique; cependant les familles originaires du Phanar ont eu le bon sens de comprendre que cette illustration ne tarderait pas à disparaître si elles ne travaillaient à l'entretenir. Elles se sont rappelé qu'elles devaient primitivement leur élévation à une culture intellectuelle exceptionnelle et que la «vie noble î>, c'est-à-dire oisive, des gentilshommes français du dernier siècle n'au-

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