‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 132 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE III

termes vers le foyer de la civilisation contemporaine. Les esprits les plus enclins à la satire constatent « que les Phanariotes parlent on grec épuré, — savent le français — et souvent plusieurs autres langues, — et que leurs femmes sont des darnes. » On dit, je le sais, qu'ils sont moins vertueux que le reste de la nation; mais ce reproche est maintenant prodigué à tout ce qui n'est pas ouvrier ou paysan. Combien de fois déjà n'a-t-on pas déclamé contre «la corruption de la bourgeoisie ! » Il faudrait une dissertation pour apprécier la portée d'accusations pareilles. Il serait d'abord essentiel de définir ce mot d'un sens fort élastique, — la vertu. Pour les anciens philosophes grecs , la première des vertus était la justice. Pour les mystiques, comme les sectateurs du Bouddhisme et du Brahmanisme, la vertu suprême est tantôt le célibat, tantôt le suicide volontaire. Pour certains visionnaires, l'essentiel est la foi. Si, comme le croient les gens qui préfèrent le sens commun à l'esprit de secte, les sages de la Grèce avaient raison , il me paraîtrait difficile de prouver que les Hellènes originaires du Phanar sont moins vertueux que les descendants des primats ou des pallicares.

270 ACARNANIE ET ÉTOLIfi.

Se bornera-t-on à dire que « la haute société > , vivant dans le bien-être , a , plus que les autres classes , des occasions de succomber aux suggestions de la volupté, de Tégoïsme et de la paresse? Cette vérité, aussi vieille que le monde, ne sera qu'un commentaire du proverbe «l'occasion fait le larron» , et je ne suppose pas qu'il existe un descendant des domni de Valaquie ou de Moldavie qui s'avise de protester contre cla sagesse des nations, d Seulement tel fils de pay< san , enrichi par ces intérêts prodigieux que l'argent rapporte dans l'Europe orientale, aura , la plupart du temps, beaucoup plus d'occasions de redouter ce genre de périls que les héritiers du dernier domnu de Moldavie , Alexandre-Grégoire Ghika, — qu'il ne faut pas confondre avec Alexandre -Dimitri Ghika, prince de Valaquie, lequel n'avait point les mêmes qualités , — Grégoire IV Ghika, qui est descendu du trône d'Alexandre-le-Bon et d'Étienne-le-Grand après avoir sacrifié une partie de sa fortune à la cause de son pays*.

Le lendemain de mon arrivée, je remontai sur

* Voy. Vapereau, Dictionnaire des contemporains , art. Ghika (Grégoire). Paris 1858.

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