PARTIE I. — LIVRE III
le bateau à vapeur pour aller à Missolonghi, chef-lieu de la nomarchie d'Acarnanie et Etolie. Le nom de Missolonghi est connu même de ceux qui étudient le moins l'histoire de la Grèce moderne. Pour moi , qui venais d'Athènes, où vit encore le héros du premier siège, M. Alexandre Mavrocordatos ; où j'avais connu M^^ H. Skousè élevée dans la maison de martyr Khristos Capsalis, une excursion à Missolonghi avait un intérêt particulier.
Missolonghi n'est point célèbre, comme Athènes ou Sparte , par la magie des traditions antiques. L'Étolie, — j'en dirai autant de l'Acarnanie, — n'a jamais beaucoup brillé par ses habitudes civilisées. L'arrogance, l'humeur inquiète , l'avidité des Etoliens les ont exposés aux critiques de Maxime de Tyr, et de Strabon, qui les traite de <[ pirates i^. Mais les écrivains les plus disposés à relever leurs défauts ne leur refusent pas un courage indomptable. Philippe de Macédoine et ses successeurs ne trouvèrent pas d'adversaires plus redoutables. Oaa dit que l'Étolie et l'Acarnanie étaient, — ainsi que la Phthiotide et la Maïna , — en arrière du mouvement de la civilisation. Il eût suffi d'étudier l'ancienne his-
toire des Éloliens et des Acarnanes pour s'épargner des doléances fastidieuses sur « l'étrange décadence de ce pays. » Thucydide raconte qu'il ne comprenait pas la langue des Étoliens , et il affirme que cette nation était restée fidèle aux habitudes farouches des temps héroïques. Au siècle d'Aratus, la puissante ligue étolienne se signalait encore par le brigandage et la piraterie. Les. Acarnanes, qui devaient leur nom à leur longue chevelure, et quel'Achéloûs séparait des Étoliens, n'étaient guère moins rudes. L^Élolie et l'Acarnanie, solide bouclier de la Grèce septentrionale du côté de l'Albanie , sont une vaste forteresse , défendue de tous côtés par les flots et par la chaîne du Pinde. La race est brave, hardie, façonnée au maniement des armes. Le goût des expéditions maritimes n'est pas plus affaibli en Étolie que les tendances belliqueuses. Missolonghi, ville essentiellement moderne, doit son origine à des pêcheurs. Le peuple hellénique a un goût si prononcé pour la mer, que ces pêcheurs parvinrent, à force d'économies et d'activité, à créer une marine que la situation ne tarda pas à rendre florissante. Les habitants de Missolonghi faisaient un cabotage três-étendu