PARTIE I^— LIVRE III
dans la Méditerranée et dans l'Adriatique. En outre, la lagune sur laquelle est assise la ville fournissait de très-bon poisson qu'on salait pour l'Italie à- peu de frais avec le sel qui effleurissait spontanément à l'extrémité les lagunes. On exportait aussi l'excellente vallonnée de l'Étolie pour l'Angleterre et le Portugal. Si la vue était offusquée par des marais croupissants , où prenaient leurs ébats les cygnes sauvages , les onocrotales et une multitude d'oiseaux aquatiques ; 011 le sphaigne balançait ses filaments verts et soyeux, on admirait bientôt la riche végétation de la contrée, d'ailleurs salubre, grâce aux vents du nord-ouest qui soufflent régulièrement l'après midi; où le coton, le maïs, l'anis, le tabac, le sésame réussissaient aussi bien que des légumes d'une grande beauté. La ville renfermait huit cents maisons, quelques petites églises et une mosquée. La population n'était point pauvre, on y voyait même des capitalistes. Les femmes aimaient les couleurs voyantes et portaient des tuniques rouges, bleues ou jaunes; un châle d'une nuance aussi tranchée entourait leur tête. Le développement de cette prospérité fut inten'orapu par la guerre. Déjà, au commence-
ment du siècle, l'Albanais Ali-Pacha, qui se proposait de réunir sous ses lois les populations du rameau pélasgique établies au sud de la péninsule orientale (Albanie et Grèce), avait envahi Missolonghi, qui fut^ ainsi que TÉtolie, séparée du sangiac de Négrépont. A peine la Grèce s'étailelle insurgée que les chefs des Hellènes comprirent la nécessité de mettre la ville à l'abri de la colère des Turcs et surtout des Albanais mahométans. La race belliqueuse des Chkipétars a fait , à cette époque , de grands biens et de grands maux à la Grèce. Tandis que l'Albanie orthodoxe fournissait à la Grèce des héros indomptables , l'Albanie mahométane et l'Albanie catholique donnaient au sultan ses meilleures troupes. En effet, il n'est pas d'Albanais qui ne naisse soldat. Les impétueux Chkipétars sont grands et agiles; leur taille est svelte, leur démarche aisée, leurs traits réguliers, etleur front rasé ajoute encore à la fierté de leur regard. Ils aiment passionnément les belles armes et se plaisent à étaler un grand luxe dans leurs nobles vêteraenls de guerre. Ce goût du luxe éveille naturellement la cupidité . a II ne nous manquait que de l'ar gent pour les gagner, » dit le philhellèneVoutier,