PARTIE I. — LIVRE III
qui assista au premier siège de Missolonghi *. Il eût fallu joindre à la puissance de Tor Taction de la politique pour détacher les Albanais musulmans et catholiques de la cause du sultan. Ennemis de toute dépendance, ils méprisent trop les Turcs pour se passionner jamais en leur faveur ; mais la perspective de riches dépouilles à conquérir n'eût pas suffi à obtenir leur concours ; beaucoup d'adresse et de modestie eussent été nécessaires pour conquérir ces âmes orgueilleuses , riiobiles et vindicatives , que les Hellènes , trop préoccupés de la renommée de leurs pères, , n'ont pas su gagner jusqu'à présent , malgré des « rapports de mœurs et de liaisons* î si anciens qu'ils remontent à la conquête de l'Asie par Alexandre-le-Grand.
Lorsque MM. Mavrocordatos etNégris se furent partagé le gouvernement de la Grèce continentale j le premier, qui s'était réservé l'Étolie et l'Acarnanie, s'occupa avec une ardeur digne des plus grands éloges de préserver Missolonghi des invasions albanaises et turques. Ali-Pacha et les chefs albanais musulmans lui ayant envoyé des
* Mémoire sur la guerre des Grecs, •Voutier, ibid.
députés , il les engagea fortement à s'unir aux Hellènes pour délivrer du joug ottoman les populations pélasgiques de la péninsule orientale. Si ce plan avait réussi, il assurait à rinsurrection toute la chaîne du Pinde qui domine la Thessalie, la Macédoine, Tlllyrie macédonienne (Albanie du nord) et TÉpire (Albanie méridionale). Maîtres des deux versants de la péninsule , des côtes de la mer Ionienne et de la mer Egée, les Helléno-Chkipétars eussent pu aisément rejeter les Ottomans au delà du mont Hému5 '(Balkan), dans la Thrace (Roum-ily du nord) , et appeler aux arndes les Albanais et les Grecs répandus dans les îles. Ce vaste plan ne réussit que fort imparfaitement. Les Soulioles de TÉpire, qui appartenaient à l'Église orthodoxe , promirent de se dévouer à la cause de la révolution, dont Markos Botzaris devait être une des personnifications les plus pures. Mis à la tête du pouvoir exécutif (16/28 janvier 1822) parle congrès d'Épidaure , M. Mavrocordatos tenta d'arracher rÉpire aux Ottomans. Le malheureux combat de Pela ayant anéanti ses espérances, il s'attacha à défendre Missolonghi, à utiliser les défilés qui la couvrent du côté de la terre