PARTIE I. — LIVRE IIÏ
et les lagunes qui empêchaient les vaisseaux de guerre d'approcher pour en faire le boulevard de la Grèce continentale. Il était temps qu'on s'occupât de cette place, car une armée ottomane avait reçu ordre de soumettre la Grèce continentale et de venger sur ces provinces les troupes de Dram-Ali exterminées dans le Péloponèse. Malheureusement les moyens de défense étaient presque nuls. Quatre vieux canons et quelques pièces de campagne composaient toute l'artillerie. Le mur peu solide était d'une étendue telle qu'il eût fallu une petite armée pour le défendre. Or le gouvernement de la Grèce continentale n'avait à sa disposition que 300 pallicares, et il ne restait dans Missolonghi que quelques familles qui n'avaient pu se réfugier ailleurs. M. Mavrocordatos comprenait les dangers de sa situation : « C'est ici que nous devons périr ! » dit-il au colonel Voutier. Marcos Bolzaris et vingtdeux Souliotes qui vinrent s'enfermer avec lui dans la cité n'étaient pas disposés à de moindres sacrifices. Quand la ville fut, en 1822, bloquée par terre et par mer ; quand elle dut tenir tête à Omer-Vryonis , un des meilleurs généraux de la Turquie , ses défenseurs trouvèrent le moyen ,
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grâce à leur énergie, aux fausses manœuvres des Turcs et au peu d'accord qui régnait entre les Albanais et les Asiatiques , d'arrêter les Musulmans jusqu'à l'arrivée des Péloponésiens, qui n'épargnèrent rien pour les secourir. L'Arcadien Nikitas Stamalélopoulos, aussi brave et aussi pauvre que le vainqueur de Leuctres, déposa au milieu des chefs et des primats le sabre enrichi de diamants qui était devenu la terreur des Ottomans : « C'est tout mon bien , dit-il avec une gaîté martiale , je l'offre à mon pays. » D. Hypsilantis donna son argenterie. Tous suivirent ces patriotiques exemples , et les fonds nécessaires à l'équipement des vaisseaux furent bientôt prêts. Lorsque 4200 Péloponésiens, conduits par P. Mavromichahs et A. Londos , eurent débar* que à Missolonghi, l'impétuosité des Musulmans échoua constamment contre l'intrépidité des assiégés, qui eurent soin dans leurs défis de n'adresser aux Albanais aucune parole injurieuse; car, dit Voutier, «les Péloponésiens et les Albanais avaient appris à s'estimer réciproquement autant qu'ils méprisaient les lâches Asiatiques. » Orner- Vryonis, qui s'était vanté de célébrer dans la ville la nativité de Jésus, fut obligé de se dé-