PARTIE I. — LIVRE III
cider à la retraite, qui s'exécuta en désordre. Suivis par Marcos Botzaris, attaqués par P. Mavromichalis , harcelés par les paysans du Valtos et du Xéroméros, les Turcs ne s'arrêtèrent que sous les murs d'Ambracie, où Omer ne ramena que la moitié de ses troupes.
Mais l'union des Hellènes , qui avait assuré la victoire, ne devait pas durer longtemps. Les dissensions obligèrent M. Mavrocordatos à quitter la Grèce occidentale, dont il confia la garde à Botzaris* Trop de causes donnaient naissance à de funestes divisions. Des pallicares tels que Colocotronis ne pouvaient souffrir l'autorité d'hommes d'État sortis du Phanar, comme M. A. Mavrocordatos. Colocotronis, qui aspirait à une dictature militaire , ne tarda pas à réclamer le pouvoir. Les antipathies provinciales ajoutaient au désordre. Arcadiens et Spaiyliates en venaient aux mains dans les rues de Tripolîs et renouvelaient les luttes des Pélasges et des Hellènes. Les marins d'Hydra, descendants des turbulents Albanais , avaient rompu avec un gouvernement donl l'autorité devenait de plus en plus illusoire. La Grèce, à peine émancipée, s'abandonnait imprudemment aux discordes qui
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l'avaient livrée aux Macédoniens, aux Romains, aux croisés et aux Turcs. Ce déplorable esprit est si ordinaire aux races méridionales, qu'en 1848-49 il a assuré en Italie le triomphe des Autrichiens. NVt-on pas vu, dans la révolution française, plusieurs grandes cités du Midi se soulever contre un gouvernement qui , malgré des violences provoquées par les complots do clei^é et d'une aristocratie sans patriotisme, défendait contre l'étranger l'unité et l'indépendance de la France? Le triste spectacle que présentait la Grèce n'est donc pas , comme j3n l'a dit tant de fois, un fait exceptionnel.
Moustapha, pacha de Skadar, profita des circonstances pour jeter en Étolie une armée dont les principaux éléments étaient tirés de l'Albanie. Avec une adresse digne d'Ali, qui unissait la ruse à l'énergie , il avait commencé par s'assurer la neutralité des capitaines de la Thessalie et de l'Acarnanie. Dans l'Étolie même plusieurs chefs s'étaient résolus à attendre la marche des événements. Karaïskakis , qui eût rougi de pareilles hésitations , était paralysé par une grave maladie.
Mais la terre d'Albanie, féconde en héros,